Vendredi 26 mai 2006, Paseo Bajo de la Virgen del Puerto; Madrid, Espagne. Au vu du nombre de Harley Davidson jonchant le petit parking de la discothèque La Riviera, nul doute que cette dernière n’est pas l’énième théâtre pathétique d’une vulgaire soirée de nightclubbing complice de la débauche d’une jeunesse culturellement émasculée dont la superficialité et la stérilité intellectuelle seraient à même de faire vomir le bouc de la cover du cultissime premier
Bathory. Non, ce soir et pour le plus grand bonheur des amateurs de hard rock/heavy metal d’obédience old school ; le légendaire Michael Schenker Group se produit à partir de 22h sur la scène de la discothèque qui borde la rivière Manzanares devant 200 à 300 fans dont une majorité d’assimilés Hells Angels ibériques et de groupies quadragénaires rescapées tant bien que mal de la décennie 80 et de ses excès pluridimensionnels désormais légendaires et objets d’un culte inconsidéré de la part des amateurs de contre-culture rock n’ roll que nous sommes tous, ou presque. Alors que ce concert s’annonçait sous les meilleures auspices, un guitar hero statique et visiblement très peu enthousiaste à l’exercice de la représentation scénique s’avère être l’illustration vivante de toutes ces légendes de jadis qui continuent de tourner et de donner à leur public l’illusion d’un pseudo élan de créativité à travers la sortie d’albums sans âme et peu inspirés dans le seul but d’assurer leurs arrières et de rembourser leurs dettes dans le cas précis de l’ex guitariste soliste des immuables
Scorpions et
UFO. Ce soir là, seuls le bassiste Rev Jones avec son look iconoclaste et sa basse jonchée d’images pornographiques autocollées ainsi que le vocaliste Jari Tiura ; ex chanteur d’un tribute band finlandais de
Whitesnake et de
Dio ; doué quant à lui d’un talent vocal et d’un charisme indéniables ; parviennent à sauver ce qui peut encore l’être et méritent dès lors que l’on suive avec intérêt leur carrière respective…
Automne 2005 ; Oulu, Finlande. Pete Ahonen, chanteur/guitariste des groupes de power metal
Burning Point et
Ghost Machinery s’avère être touché par l’inspiration divine en composant un certain morceau qu’il intitule « How Many Miles » et qu’il ne souhaite alors associer à aucun de ses deux combos. Seule solution ; créer pour l’occasion une nouvelle entité et commencer une nouvelle aventure de groupe en compagnie de ses collègues de
Burning Point et de
Ghost Machinery Juka Jokikokko (basse) et Jussi Ontero (batterie), du claviériste Marco Sneck (
Kalmah,
Poisonblack) et d’un certain Jari Tiura au microphone.
Stargazer, rapidement rebaptisé
Stargazery fait alors quelques apparences live et après la parution en 2007 d’un single autoproduit intitulé «
Dying », signe un record deal avec le label allemand
Pure Legend Records qui sort le 25 avril 2011 le premier full length du quintette finlandais répondant au doux patronyme de «
Eye on the Sky ».
Au vu de la pochette relativement réussie mais on ne peut moins originale illustrant ce premier effort du combo d’Oulu, une appréhension certaine vient tarauder l’acquéreur de ce disque alors en phase solennelle de réflexion existentielle : aura-t-on affaire à un énième disque de power metal scandinave certes très efficace et dotée d’une excellente production, mais qui s’avèrerait manquer cruellement d’originalité de par une personnalité hyper formatée qui au final l’empêcherait de se distinguer d’innombrables confrères ? Tout porterait à le croire quant à l’identité visuelle et au background de ce
Stargazery, et pourtant les riffs très rock introduisant le très bon premier morceau «
Dying » indiquent implicitement que l’écoute de ce debut album sera sans doute synonyme d’une découverte musicale des plus agréables. Effectivement et à mesure que la chaîne hi-fi Pioneer de salon crache avec un plaisir quasi orgasmique les décibels de ce «
Eye on the Sky » très bien produit ; impossible de ne pas apprécier le heavy mélodique légèrement teinté de rock de Pete Ahonen et de ses quatre acolytes et de considérer à juste titre que
Stargazery ne constitue nullement un ersatz du unique et irremplaçable compatriote
Stratovarius, malgré cependant un feeling que n’aurait pas renié un
Timo Tolkki sur le morceau éponyme de l’album, notamment au niveau de son introduction de claviers et de son refrain catchy que l’auditeur n’hésitera pas à fredonner sous la douche en se massant langoureusement les pectoraux avec du Zest Fraîcheur Extrême. A l’image des excellents « Everytime I
Dream of You », “
I Am the
Night”, «
Jester of
Kings » et autres “Judah (The
Lion)”, le mélodisme et la puissance s’avèrent être les deux composantes indéniables de la musique de
Stargazery ; inspirée, belle et en définitive on ne peut plus efficace. Bien qu’original et respirant une authenticité des plus criantes ; l’essence de
Stargazery semble être à juste titre l’archétype du groupe scandinave par excellence ; dégageant de fait contre vents et marées une force naturelle et humble ainsi qu’une sérénité communicatives qui ont forgé la légende de toutes ces entités d’Europe du Nord et ont fait de cette dernière une place forte du metal et du rock en général.
Que dire d’ « How Many Miles », véritable perle de nacre de l’opus qui rappelons-le, fut à l’origine de la création du combo finlandais par Pete Ahonen un soir d’automne 2005 ? Genèse de
Stargazery, ce titre possède l’inexplicable capacité à transporter un auditeur dès lors transi vers un univers marqué d’une beauté pure, magnanime et salvatrice. En effet, il est on ne peut plus facile pour qui jette un coup d’œil aux lyrics de cette hymne mystique au courage et à la détermination de se reconnaitre et d’associer sa propre existence dans le voyage initiatique entrepris par le personnage incarné vocalement par le talentueux et charismatique Jari Tiura. Posséder en son sein un vocaliste de talent n’est-elle pas la première des priorités pour un groupe de heavy metal dont l’esthétisme musical semble s’avérer être la marque de fabrique la plus apparente ? Dans le cas de
Stargazery et à mesure que s’enchaînent les très bons titres de ce premier effort surprenant autant d’un point de vue qualitatif que charismatique, impossible de ne pas admettre que le timbre vocal de l’ex
MSG convient à merveille au heavy mélodique du quintette finlandais. Humble mais chaleureuse ; l’identité vocale de Tiura n’est pas sans rappeler ses propres idoles qui l’ont poussé dès le milieu des années 80 à tenir un microphone dans des groupes de heavy metal locaux, parmi lesquels les dénommés Crommer et Bourbon. Effectivement et sans pour autant être synonyme d’un manque de personnalité ; des intonations à la Ronnie James
Dio et à la
David Coverdale s’avèrent être palpables dans sa remarquable et magnifiante prestation vocale qui irrémédiablement tire la démarche de
Stargazery vers le haut et marque ce «
Eye on the Sky » du sceau de la classe et de l’élégance. Ultime offrande du disque ; la très bonne reprise de «
Headless Cross » du
Black Sabbath période
Tony Martin qui au-delà de confirmer encore un peu plus les influences du combo, gratifiera l’auditeur d’une interprétation presque aussi mystique que celle introduisant l’album de 1989 du cultissime groupe de heavy metal de Birmingham.
Sans révolutionner le genre ni faire preuve d’une grande originalité avouons-le,
Stargazery signe avec ce premier album intitulé «
Eye on the Sky » une petite perle de heavy metal mélodique des plus plaisantes à écouter et à apprécier dans un cadre intimiste et personnel si possible. Bien produit, écrit et interprété par des musiciens d’expérience ; ce premier effort frappant de maturité et d’efficacité du combo d’Oulu dégage cet indescriptible et délicieux petit quelque chose en plus qui rend certains disques à part dans la discothèque de l’amateur de hard rock/heavy metal. Un album qui prouve qu’il est encore possible en 2011 et à l’heure infâme du metal business et de ses dérives nauséabondes, de mettre la main sur des productions de grande qualité signées d’artistes véritablement passionnés et désintéressés pour qui les émotions véhiculées et l'authenticité de la démarche artistique priment sur tout autre chose. A découvrir dès que possible.
Pour avoir fait l'acquisition de cet album, je partage ton avis ;)
Le genre d'album qui te donne envie de le remettre sitôt la dernière note entendue!
Un régal pour les tympans.
@Greatradio:si tu aimes Altaria et Eden's Curse, ce qui est également mon cas,tu peux y aller les yeux fermés!
Allez, je vais me le remettre.
J'ajouterai, pour conclure, que "Pupett on a String" merite attention.
En fait, tous les titres le méritent.
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