A la publication de son dernier opus Director’s Cuts, un très bon disque de deathcore à la fois moderne, brut de décoffrage mais dont quelques esquisses mélodiques faisaient parfois surface, nous avions de quoi être excités quant à l’avenir de la formation australienne To The Grave. De plus, avec des débuts plutôt timorés, notamment sur ses deux premières œuvres, le quintet avait fait forte impression à partir de sa troisième offrande
Epilogue. Certes, sur un long-métrage de dix-neufs titres (dont onze qui étaient des anciennes productions), un certain remplissage se faisait sentir. Mais dans sa globalité, le groupe montrait enfin ce que l’on attendait de lui à savoir une sévérité, une constance et une intrépidité épanouies. Nous avions de quoi être convaincus que le futur tableau des Australiens n’allait être qu’une simple formalité, une réussite clinquante.
Et pourtant, malgré une pochette absolument somptueuse pour les amateurs de gore et de carnages, le cinquième essai de nos artistes intitulé Everyone’s A Murderer ne reflète aucunement le résultat escompté et témoigne d’une trop grande précipitation. Publié un peu plus d’un an après son Director’s Cuts, on ne recèle ni l’imprudence, ni la destruction dont nous avait habitués le collectif. Nos musiciens déroulent dix compositions de durées plutôt modérées avec une écoute totale qui peine à dépasser les trente minutes. Bien que le deathcore ne soit pas spécialement réputé pour ses mélodies développées, on n’en reste pas moins dépités devant un recueil écrit clairement en pilotage automatique, une conventionnalité qui ne marque pas vraiment les esprits (ou alors négativement).
Ce qui est d’autant plus désolant sur cet album, c’est que notre quintet fait encore grâce de ravissantes parures qui maintiennent un intérêt minime.
Sur
Burn Your Local Butcher, le groupe fait preuve d’un peu d’expérimentation avec un riffing d’ouverture groovy et féroce qui donne envie d’en savoir plus, une inspiration slam bien senti et une prestation vocale pas forcément surprenante mais qui demeure dans cette appétence d’extinction. Mais c’est surtout le second acte du morceau qui nous scotche avec un breakdown très minimaliste mais d’une animosité à tout épreuve et un vocal goregrind pestilentiel, crasseux inédit, une variété sonore que l’on espère plus en vue à l’avenir.
Le morceau Vegan Day Of Violence poursuit les influences slam de son prédécesseur avec davantage de dynamisme et d’hâtiveté, le tout sous une palette vocale très diversifiée. Entre grognements et harsh vocals, le chant nous fait à nouveau l’honneur d’un passage goregrind toujours aussi putride et obscène.
Outre ces deux titres, les autres compositions ne suivent pas ces coups d’éclat et nous ensevelit d’un deathcore générique, peu créatif qui pourrait s’apparenter à
Thy Art Is Murder ou
A Night In Texas (spoiler : une chronique arrive bientôt), le tout sous testostérone. Un Made In Aus, un des trois morceaux qui a été choisi pour présenter cet ouvrage, nous ennuiera rapidement par ces mêmes accords répétés jusqu’à la lie. Les percussions ne sont guères plus étincelantes et misent soit sur la double pédale, soit sur leurs impacts industrielles. Si l’on prend au hasard une autre composition comme DxE Or
Die, on constate ces mêmes insuffisances, ce riffing démodé, cette batterie sans âme. Le petit optimisme découle d’une proposition vocale étoffée, une des rares lueurs de cet opus.
Everyone’s A Murderer se présente comme une œuvre mitigée qui, en dépit de quelques tentatives prometteuses, n’atteint pas les sommets espérés. Alors que l’on s’impatientait d’un deathcore riche en brutalité et en créativité, le rendu général s’avère convenu et manque cruellement d’audace ainsi que de mordant. Les rares illuminations de To The Grave ne parviennent pas à compenser l’impression globale de superficialité de ce cinquième album. Pour un groupe qui avait toujours su se renouveler et afficher d’intéressantes promesses, cette sortie en demi-teinte laisse un goût fortement amer. A moins que vous soyez un afficionados ou un amoureux de la nostalgie, vous pouvez passer votre chemin devant un quintet qui a sans doute voulu trop précipiter les événements.
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