Êtes vous prêts à entrer un monde sombre, occulte et mystérieux ? Vous sentez vous capable de pénétrer dans des contrées obscures et lointaines, envahies par de terribles sentiments de désespoir mais surtout prises par une démence sans égale, une paranoïa suraigue que personne ne semble pouvoir (ou même vouloir) soigner ?
Les blackeux de
Cruentus, polonais de surcroit, tentent donc d’aborder ces thèmes si noirs et particuliers à travers cet album nommé «
Event Horizon ». Officiant dans un black teinté d’éléments industriels, l’opus en question s’annonce bien moderne mais surtout empreint d’ambiances bien atypiques.
Le mélange des deux genres n’est pas si facile à appréhender étant donné qu’on peut peiner à retrouver ces éléments industriels. Certains trouveront que les claviers ne sont pas assez indus, d’autres penseront qu’ils agrémentent l’album afin de donner un rendu assez black mélodique, certains ajouteront que l’ensemble se veut plus dans une optique black atmosphérique voire symphonique…parce que même si les vocaux sont tranchants, sombres et rocailleux, même si les riffs sont black, agressifs mais un poil minimalistes, même si la batterie ne rechigne pas en blast beat et double pédale, les claviers, eux, sont de réels points d’interrogation et il est clair que j’ai parfois du mal à leur donner une « étiquette ». Pour tout vous dire, j’affirmerais donc qu’ils sont diversifiés et qu’ils ne se cantonnent donc pas de faire dans la linéarité, d’où les différents genres que j’ai pu évoquer plus haut.
Ainsi l’album s’ouvre avec une intro instru nommé « Industrial Beat
Machinery ». Alors d’emblée, on peut directement se croire dans un monde futuriste régit par des machines, pourquoi pas, d’où ces samples mécaniques et cette impression de se balader dans une usine. C’est bien indus…Mais ce n’est qu’un faux départ étant donné que le véritable démarrage se nomme «
Absolute Dominium » et là on peut dire que tout part sur les chapeaux de roues. Un rythme rapide, un véritable rouleau compresseur, guitares et batterie, accompagnées de claviers obscurs. Le chant est à la limite du malsain mais tient la route, malgré quelques faiblesses. Toutefois, quelques passages atmosphériques, beaucoup plus calmes donc, viennent pointer le bout de leur nez : quelques notes de piano, quelques riffs et solos bien placés et le tour est joué. Les claviers me font limite penser au
Spiritual Black
Dimension de
Dimmu Borgir…de quoi pénétrer pour de bon le monde de folie de
Cruentus, tout en restant cloitré dans cette ambiance sombre, et entraînante malgré tout.
Car des titres comme « Universal
Dementia » sont totalement fantasmagoriques. Là, on nage véritablement en pleine paranoïa. Les claviers sont beaucoup plus puissants et possèdent des sonorités qui leur sont propres. Des sonorités pour le moins inquiétantes mais très captivantes, à mesure que les vocaux ne cessent d’être torturés et perturbés…quelques harmonies à la gratte permettent de superposer les mélodies aux claviers et renforcent cet élan de folie et de mystère. Des murmures, incorporés de ci de là, ne peuvent qu’accroitre cette démence permanente…et la double pédale omniprésente arrive d’autant plus à enfoncer l’auditeur dans ces terribles atmosphères…
«
Pale Textures of Reality » mise sur les ambiances et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est bien foutu ! Les claviers et les vocaux font réellement tout. Puissants à souhait, ils sont les fondateurs de ce titre envoutant et mystérieux. Les mélodies sont profondes, le chant terrible, comme sortant d’abîmes sans fin. Les guitares, au second plan, gratifient pourtant ce morceau d’harmonie bien mélancoliques, jusqu’à la deuxième partie du titre…un solo sombre et assez black, soutenu par des claviers plus riches qu’à l’accoutumer. Tantôt indus, tantôt sympho, c’est une véritable descente dans un univers où les sons sont d’autant plus inquiétants, sortant de nos rêves les plus terribles.
Mais malgré ces points positifs, je ne peux qu’évoquer le fait que cet album reste tout de même inégal. L’originalité est là certes, mais la seconde partie de l’opus me semble un peu en perte de souffle. Alors que les six premiers morceaux sont totalement géniaux et emplis de démence, d’inquiétude et de mystères, les cinq derniers sont peu inspirés et beaucoup plus indus que black, notamment au niveau du rythme, mais aussi des riffs et des samples. Les atmosphères restent à peu près les mêmes mais ce changement ci est assez notable et fait donc du mal aux compos, si bien qu’on a l’impression de se retrouver ailleurs, dans un autre opus, ou dans une nouvelle dimension…Expérimentation ? Oui sans doute, mais le rendu est quelque peu faible et mal appréhendé, et c’est dommage ! Car ça gâche un peu le plaisir qu’on aurait pu ressentir au début, ça nous coupe dans cet élan de totale appréciation de l’opus, d’autant plus que les titres sont en général d’une longueur plus que moyenne et que bien évidemment, on finit par s’ennuyer…
Ce «
Event Horizon » est donc correct et plutôt intéressant au final malgré la linéarité et le changement d’orientation en fin d’album.
Cruentus nous montre alors une face bien inquiétante de leur musique à travers ce type de black/indus, une face réduite à cet album-ci, étant donné que le reste de la disco de ces polonais se veut pour le moins bien différente et loin d’être à la hauteur de ce «
Event Horizon »…
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