Etica Profana Negativa

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Nom du groupe Empty (ESP)
Nom de l'album Etica Profana Negativa
Type Album
Date de parution 25 Avril 2014
Style MusicalBlack Metal
Membres possèdant cet album14

Tracklist

1.
 ...And Also Misery
Ecouter02:49
2.
 Terrifying Lucidity of the Wakefulness
Ecouter07:01
3.
 The Funeral Song Be Sung
Ecouter05:09
4.
 Born Under the Sign of a Moribund Star
Ecouter06:27
5.
 Kind Solace in a Dying Hour
Ecouter06:50
6.
 The Deepest Void
Ecouter07:19
7.
 The Tree of Dying Fruit
Ecouter07:20

Durée totale : 42:55

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Empty (ESP)



Chronique @ Icare

14 Mai 2014

Etica Profana Negativa est l’incarnation musicale du malaise, de la souffrance du non-être et du désespoir.

Empty est un groupe de black espagnol assez discret qui évolue dans un genre particulièrement sombre et mélancolique. Forts de trois albums depuis leur formation en 1995, les Ibériques sont parvenus à se faire un nom sur la scène underground, mais leur dernier méfait, The House of Funerary Hymns, datant tout de même de 2009, les amateurs du combo étaient en droit de se poser des questions quant à l'avenir du groupe.
C’est donc à point nommé qu’Empty sort Etica Profana Negativa en cette fin d’avril 2014, désormais sous le giron de l’influent Season of Mist, une galette explorant l’univers noir du groupe plus en profondeur que jamais, et que beaucoup qualifieront de meilleur album de la formation, plus dépressif, plus malsain, plus intense et plus habité que jamais.

And Also Misery, titre de moins de 3 minutes qui fait office d’introduction au monde cauchemardesque d’Empty, impose d’entrée des guitares lancinantes aux riffs orthodoxes moribonds qui tissent une ambiance solennelle et presque religieuse, aidées par ce rythme lent et mortifère et ces vocaux émanant comme d’un au-delà depuis longtemps oublié, empreinte vocale maudite d’un spectre évanescent dont les hurlements tourmentés nous vrillent les tympans avec une indicible souffrance.
Arrive alors Terrifying Lucidity of the Weakfulness, qui n’évolue pas dans le DSBM, comme le premier titre aurait pu nous le faire croire, même s’il en épouse certaines grandes lignes dont les riffs hypnotiques et les arpèges maladifs : le rythme est ici assez soutenu, sans pour autant aller jusqu’aux blasts (vous savez, ce martèlement continu et binaire présent dans tout album de true black qui se respecte, et qui finit fatalement par vous lobotomiser sous les coups sourds de la grosse caisse), et des riffs sinueux et louvoyants, assez complexes pour le genre, s’impriment dans un coin reculé de votre cortex avec une rapidité sournoise pour ne plus en sortir. De même, les changements de rythme et d’ambiance fréquents donnent une réelle dynamique au morceau, qui alterne entre passages DSBM, true black et black à tendances orthodoxe et ésotérique, loin de ces morceaux de black dépressif lambda s’appuyant sur un unique riff aux infimes variations.
Dès 3,50 minutes, un passage aérien presque postrock à la Alcest vient illuminer l’ensemble, même si les chœurs moribonds et désincarnés qui résonnent sur ce riff salvateur donnent une impression persistante de malaise et de dépression. Dès ce premier titre, on réalise qu’Empty nous offre un black intelligent, aux multiples influences habilement digérées et au niveau technique plus qu’honorable (on a même un solo plutôt bien chiadé sur ce premier titre), emmené par les sanglots graves d’une basse particulièrement mise en avant.

The Funeral Song Be Sung s’ouvre sur un riff très mélancolique d’une beauté solennelle vraiment touchante qui rappelle une version black de Dolorian (ou Funeral Tomb si vous préférez, c'est pareil, le deuxième ayant allègrement pompé sur le premier…). Les cris de Drizzt nous entraînent au fond de l’abîme, hurlant une humanité dérangée et une insanité vraiment palpables, chaque raclement de gorge suintant la souffrance et la dépression, et ces notes de guitare qui nous enserrent l’âme nous feraient presque verser des larmes glacées. Le rythme est plus lent pour un titre plus désespéré, lancinant de tristesse et de résignation, ces guitares d’une beauté maladive anesthésiant de leurs plaintes nos derniers sentiments que quelques voix claires, désolées et déjà animées du souffle de la démence, viennent ensevelir de leur linceul. Les mêmes riffs, graves et bourdonnants, se répercutent à l’infini dans la vacuité du deuil, relevés par la guitare soliste qui pleure les blessures de l’âme meurtrie d’Empty, avec ces arpèges funèbres et ces notes à la mélancolie funéraire, douce et enivrante, nous emmenant aux confins de la folie.

Born Under the Sign of A Moribund Star se déchire entre ces humeurs contradictoires, lenteur morbide et nauséeuse et explosions de fureur sporadiques, s’ouvrant sur un arpège sombre et dissonant et quelques chuchotements mystérieux avant d’exploser sur un blast fracassant, et ce hurlement possédé littéralement glaçant rappelant étrangement la démence de Nattramn. Néanmoins, même dans cet ouragan de brutalité, la musique d’Empty est toujours portée par ces notes mélancoliques au bord du malaise qui surnagent dans cette bourrasque rythmique, instaurant même dans les moments les plus violent une tristesse au doux parfum suranné d’abattement, qui guide littéralement la musique : qu’on se le dise, Etica Profana Negativa est l’incarnation musicale du malaise, de la souffrance du non-être et du désespoir.

Kind Solace In A Dying Hour en remet d’ailleurs une couche, avec cette longue introduction aux arpèges lancinants et ces hurlements glaciaux et déments de Vnath (ce mec a vraiment dû être marqué par Death - Pierce Me !), profondément dérangeants. Le titre sort enfin de sa torpeur dépressive au bout de 3,18 minutes, soit la moitié de la durée du morceau, et embraye sur une rythmique lourde, sombre et grondante, rappelant beaucoup les meilleures heures de Shining.
L’album s’achève sur The Tree of Dying Fruit, arpèges à la magie triste et envoûtante, blasts déshumanisés accompagnés de ces hurlements haineux et de cette basse entêtante, riffs simples mais enivrants, changements de rythmes et d’humeur, qui viennent expirer sur ce long passage central à la lenteur doom où la guitare vient vomir son dégoût de la vie en notes lasses et agonisantes traversées par d’ultimes sursauts d’une beauté fulgurante, et où le chant clair disharmonieux et poussif achève de nous noyer dans cet océan de négativité. Le titre s’achève sur un clavier funéraire et des sanglots à la tristesse indicible, et c’est la fin d’une douloureuse épopée de 44 minutes dans le vaste monde dérangé de la dépression.

Le voyage est terminé et on est presque soulagé de pouvoir retourner à notre vie normale après une immersion aussi suffocante. On retrouve les vicissitudes du quotidien avec une sorte de reconnaissance joviale, on accueille presque avec soulagement les affres de la routine et notre existence reprend son morne cours, terne et insignifiante. Mais, parfois la nuit, lorsque l’on ne parvient pas à dormir, se tournant et se retournant dans un lit froid et désespérément vide à la recherche d’une paix intérieure qu’on ne parvient pas à trouver, on ne peut empêcher les voix sournoises et tentatrices d’Etica Profana Negativa de résonner dans notre tête… Alors, on se lève machinalement, on met un pied devant l’autre, comme un automate, et, en un rituel impie, on insère avec une délectation coupable le disque dans la platine, et on va se perdre une nouvelle fois dans ces ténèbres sans fin qui nous grignotent l’âme jour après jour…


8 Commentaires

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Silent_Flight - 16 Mai 2014: Non seulement je me reconnais mais le pire, c'est que l'album commence tout juste à m'attraper par le col contrairement au premier com' qui date d'il y a une heure environ. On verra cette nuit ce qu'il en est...
Anouk - 16 Mai 2014: Grâce à ta chronique, j'ai eu l'énorme envie d'écouter cet album, Waouh quel groupe, c'est assez monstrueux je sens que je vais aller l'acheter. Heureusement je ne suis pas en période dépressive (en tout cas pas pour l'instant), car quant je suis déprimée, la musique à tendance à m'achever... Cet album est véritablement envoutant...
Icare - 17 Mai 2014: Heureux qu'il vous plaise! Anouk: pense à l'enfermer à double tour dans un coffre le jour où tu te sens glisser vers la dépression!Ce sera le moment de sortir tes vieux Korpiklaani et DragonForce!
Anouk - 17 Mai 2014: Peut être que pour rester dans un cadre black metal, mais ayant une tendance joyeuse j'écouterai plutôt Equilibrium ou Finntroll, le jour où je serais dépressive...
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