Nous ayant laissés sur le souvenir ému d'un magistral album, «
Celestial Vision », en guise de message de bienvenue, mais conscient des enjeux et des risques courus à vouloir essaimer ses riffs coûte que coûte, l'exigeant combo hellénique ne reviendra finalement que trois longues années plus tard dans la course. Le temps pour lui de peaufiner ses gammes et ses arpèges comme sa production d'ensemble – si besoin était – et de concocter un second opus de longue durée, in fine, répondant au nom de «
Embers of a Dying World », signé, à son tour, chez le puissant label italien Scarlet Records. Ce faisant, les dix compositions affichées au compteur de la rondelle permettront-elles à nos belligérants de tenir la dragée haute à leurs homologues stylistiques, toujours plus nombreux à affluer ?
Plus encore, les 38 minutes du ruban auditif de ce nouvel arrivage seront-elles à même de porter la formation athénienne parmi les valeurs montantes du si couru registre metal symphonique à chant féminin, quatre ans seulement après sa sortie de terre ?
Dans ce dessein, un remaniement de fond de l'équipage de la dernière traversée s'est opéré, le sextet d'hier se muant aujourd'hui en un modeste trio, avec la mezzo-soprano au poignant vibrato Marialena Trikoglou (Marialena, ex-Horrorgraphy ) en cheffe de file ; à cet effet, la belle sollicitera les talents d' Aris Baris (ex-Gone
Vertigo) à la guitare et de Dimitris Miglis (
Order Of The Ebon Hand, ex-
Blessed By
Perversion...) à la batterie ; avec le concours, pour l'occasion, de Stelios Varotsakis (membre live de Mystfall, ex-Caelestia, ex-
Memorain, ex-Tidal Dreams...) à la basse et aux growls. A l'instar de son premier effort, le groupe ainsi constitué nous plonge dans un environnement metal mélodico-symphonique classique à chant mixte en voix de contraste à dominante féminine, là encore, dans le sillage de
Nightwish,
Epica,
Xandria,
Imperia,
Amberian Dawn (première mouture) et
Dark Sarah, la patte personnelle en sus.
Aussi rayonnant et épique que romanesque, instillé d'une signature oratoire féminine aisément identifiable et des plus envoûtantes, surmonté de puissantes orchestrations et de choeurs en liesse lui conférant, de fait, une frissonnante fibre opératique, cet élan jouit parallèlement d'une ingénierie du son coulée dans le bronze : produit, mixé et mastérisé, à son tour, aux CFN Recordings Studios, par leur propriétaire Dionisis Christodoulatos (pluri-instrumentiste et vocaliste (
Sorrowful Angels, ex-
Chaostar...) et producteur (
Floating Worlds, Lightfold,
Secret Illusion,
Fallen Arise, Rhodium...) de son état)), ce second mouvement fait montre d'une saisissante profondeur de champ acoustique, d'un mixage parfaitement ajusté entre lignes de chant et instrumentations et de finitions passées au crible. Pour mettre les petits plats dans les grands, l'artwork d'inspiration fantastique et au trait affiné relève du fusain de Giannis Nakos (vocaliste expérimenté (
Mortal Torment, Codedecoded, ex-
Dark Vision) et graphiste chevronné (
Evergrey,
Kamelot,
Oceans Of Slumber,
Pyramaze...)). Autant de raisons nous intimant d'aller explorer plus en profondeur la cale du navire...
Comme son introductif élan nous y avait sensibilisés, l'inspiré combo grec démontre une fois encore son habileté à sculpter ces séquences d'accords tout en délicatesse et des plus invitantes, aptes à nous retenir plus que de raison.
Ce qu'attestent, tout d'abord, ses pistes les plus enfiévrées, à l'aune du sensuel et ''nightwishien'' mid/up tempo « Whispers in the Tempest » ; eu égard aux grisantes montées en régime de son corps orchestral et à sa ligne mélodique toute de fines nuances cousue, mise en exergue par les angéliques oscillations de la déesse, le ''tubesque'' effort se jouera de toute tentative de résistance à son assimilation. Dans cette énergie, on ne saurait davantage éluder l'entraînant et ''xandrien'' «
Guardians of the
Earth », au regard de ses enchaînements intra piste ultra sécurisés et de son refrain immersif à souhait mis en habits de soie par les pénétrantes ondulations de la sirène, alors escortée d'une muraille de choeurs que rien ni personne ne songerait à enrayer la marche en avant. Difficile également d'esquiver « Crimson
Dawn », rayonnant mid tempo progressif dans l'ombre d'un
Epica de la première heure, tant pour ses insoupçonnées et galvanisantes accélérations que pour son pont technico-mélodique d'obédience cinématique – instillé d'un seyant solo de guitare – et son soufflant final en crescendo. Et comment ne pas se sentir porté à la fois par le refrain catchy et la petite touche orientale exhalant des entrailles du truculent et ''xandrien'' «
Echoes of Archadia » ? Mais là n'est pas l'argument ultime de nos acolytes pour tenter de nous rallier à leur cause...
Un poil plus incisifs, d'autres espaces d'expression pourront non moins aspirer le tympan du chaland. Ce que révèle, en premier lieu, «
Embers of a Dying World » qui, non sans renvoyer à
Epica, se pose tel un échevelant méfait opératico-symphonique aux relents death et empreint d'un émouvant lyrisme, où les claires inflexions de la belle font écho aux serpes oratoires de son acolyte de growler. Et ce n'est pas son flamboyant solo de guitare à mi-morceau décoché qui nous déboutera davantage de ce hit en puissance, loin s'en faut. Tout aussi étourdissant et un brin ténébreux, c'est au cœur d'un étrange ballet des vampires que nous plonge « Fading Memories », trépidant mid/up syncopé aux riffs crochetés, dans le sillage de
Dark Sarah ; inoculé de sémillants arpèges d'accords et d'un entêtant refrain magnifié par les poignantes modulations de la princesse, relayées là encore de growls anxiogènes, l'opératique et tortueux manifeste ne saurait davantage être éludé. Dans cette dynamique, on retiendra encore « Cosmic Legends », entraînant mouvement à mi-chemin entre
Nightwish et
Imperia, pour son onde mélodique des plus engageantes comme pour la finesse de ses arrangements instrumentaux.
Au moment où elle desserre plus franchement la bride, la troupe trouve une fois encore les clés pour nous assigner à résidence. Ce à quoi nous sensibilise « Sleeper in the
Abyss », mid tempo épique et romanesque, à mi-chemin entre
Xandria et
Amberian Dawn ; à la lumière de ses couplets finement ciselés, relayés chacun d'un fondant refrain encensé par les envolées lyriques de la diva, et de ses growls ombrageux aussi frémissants qu'inattendus pour fermer la marche, l'enivrante offrande n'aura pas tari d'armes efficaces pour asseoir sa défense et se jouer des nôtres.
Quand ils en viennent à tamiser leur ambiance, nos compères parviendront, et d'un battement de cils, à faire plier l'échine à plus d'une âme rétive. Ce qu'illustre « Remnants of Tomorrow », somptueuse et ''nightwishienne'' ballade symphonico-progressive, à la lueur de l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'elle nous invite à suivre ; glissant le long d'une radieuse rivière mélodique où semblent danser à l'envi les limpides patines d'une interprète bien habitée, investi d'un vibrant solo de guitare, et se chargeant graduellement en émotion au fil de notre traversée, l'instant privilégié n'ira pas sans engendrer la petite larme au coin de l'oeil chez celui qui y aura plongé le pavillon. Sans doute le masterpiece de la rondelle.
Si, contrairement à son devancier, cet opus se voit avorté d'une quelconque fresque symphonico-progressive, la formation égéenne a néanmoins veillé à diversifier ses exercices de style. Aussi nous livre-t-elle un instrumental cinématique et progressif ayant toute sa raison d'être. Ainsi, « The Nectar and the
Pain » s'offre tel un mouvement aux forts contrastes rythmiques et à l'opportun positionnement dans la tracklist ; témoignant d'une confondante fluidité mélodique, nourrie d'arrangements orchestraux aux petits oignons, investie en prime d'une larme violoneuse et parsemée de puissants coups de tambour à la cadence métronomique auxquels répondent des choeurs en liesse, cette pièce prend des allures d'un générique d'une grande production hollywoodienne, susceptible de nous prendre, et sans ambages, dans ses filets.
En définitive, le collectif nous octroie une œuvre à la fois volontiers solaire, souvent fougueuse, empreinte de délicatesse et d'une redoutable efficacité. A l'aune de son aîné, ce second élan varie judicieusement ses phases rythmiques, ses atmosphères et ses lignes de chant comme ses exercices de style, et ce, en dépit de l'absence de l'une ou l'autre fresque et/ou duo en voix claire. Si d'aucuns pouvaient espérer davantage d'allonge en termes de durée sur certaines pistes, de plus substantiels soli de guitare ainsi qu'un brin d'originalité supplémentaire, l'opus ne concède pas l'once d'un bémol harmonique susceptible d'affadir l'attention du chaland. Transpirant, lui aussi, la fertile inspiration mélodique de ses auteurs, ayant pour corolaire une technicité instrumentale et oratoire affermie, et bénéficiant d'une production difficile à prendre en défaut, ce set de compositions des plus singuliers disposerait de l'arsenal requis pour propulser dès lors la formation grecque parmi les valeurs montantes de cet espace metal. Bref, une seconde secousse synonyme de second coup de maître insufflé par la formation hellénique...
Note : 16,5/20
C'est ce qu'on appelle une belle compilation d'influences du passé! On retrouve beaucoup de sons un peu oubliés aujourd'hui comme le Nightwish de l'époque Tarja et le Xandria de l'époque de Dianne!
Bref, un très bon disque qui amène de la nostalgie en nous replongeant dans une époque lointaine!
Merci pour chronique toujours aussi bien écrite!
Merci pour ton élogieux retour comme pour ton commentaire qui, comme à l'habitude, s'avère aussi judicieux que complémentairement informatif !
Bien qu'un petit poil en-deçà de son prédécesseur, ce second opus dévoile toute l'étendue du savoir-faire d'un groupe qui a déjà toutes les cartes en main pour s'imposer, à terme, parmi les valeurs confirmées de ce registre metal. Chapeau bas pour la pénétrante empreinte vocale de Marialena Trikoglou, bien sûr, mais aussi pour ses musiciens, aussi talentueux que bien inspirés. Bref, un groupe qui a le vent en poupe!
Tout à fait! Je te rejoins à 100%!
Ce groupe m'a mis un gros coup de vieux mais m'a rappelé tellement de souvenir du début des années 2000!
Bref, un brin de nostalgie pas piqué des vers!
Encore merci pour toutes tes découvertes que je partage avec mon papa qui est un grand fan de Metal Symphonique!
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