Elegy

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18/20
Nom du groupe Gorgon (FRA-2)
Nom de l'album Elegy
Type Album
Date de parution 18 Janvier 2019
Labels Dusktone
Style MusicalDeath Symphonique
Membres possèdant cet album26

Tracklist

1.
 Origins
 04:27
2.
 Under a Bleeding Moon
 05:59
3.
 Nemesis
 05:43
4.
 The Plagues
 06:44
5.
 ...Into the Abyss
 06:09
6.
 Ishassara
 04:57
7.
 Of Divinity and Fless
 06:09
8.
 Elegy
 02:56

Durée totale : 43:04

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Gorgon (FRA-2)


Chronique @ Formetal

24 Avril 2020

« La musique d'Elegy est à la mesure de cette couverture sang et noir : majestueuse, sombre, subtile

En ces temps si particuliers de confinement, que nous traversons tous au moment où je suis en train d'écrire ces quelques lignes, chacun d'entre nous vit des expériences très différentes : pour certains, ils sont synonymes d'inquiétude, de souffrance ou même de deuil, alors que pour d'autres au contraire, ils représentent une occasion inattendue de se distraire ou de passer de bons moments en famille. De gros contrastes dans notre société sont mis à jour et nous constatons certainement des situations ou des comportements pré-existants qui sont exacerbés. Parmi ceux-ci, nous pouvons aisément imaginer, par exemple, que des femmes font l'objet de maltraitance par des hommes incapables de maîtriser leurs pulsions primaires et leurs frustrations... Vous ne voyez pas bien le lien avec l'album chroniqué ci-après?
Lisez donc jusqu'au bout et je suis certain que vous comprendrez.
Alors, oui, ce printemps 2020 est étrange, déstabilisant, angoissant, mais il offre également l'opportunité de pouvoir s'adonner à des choses simples et personnelles qui nous tiennent à cœur et que nous ne prenons pas toujours le temps de faire en temps normal. Comme écrire une chronique pour SOM par exemple, qui est une modeste façon pour moi de donner à la musique metal, et à SOM en particulier, tout ce qu'il m'a apporté depuis de nombreuses années en me faisant découvrir une multitude d'excellents groupes. Et c'est avec le fantastique Elegy de Gorgon, groupe parisien malheureusement trop prématurément séparé, officiant dans un metal extrême orchestral, que je m'adonne à cet exercice exigeant. 

Mais pourquoi donc m'attaquer à cet album de Gorgon?

D'abord parce qu'il traite de manière originale et audacieuse de la femme et, qu'en ces temps troublés, cela peut faire écho à des situations bien réelles que je décrivais en préambule. Là, ça y est, vous venez de comprendre...Parce que ce sujet est plutôt rarement abordé dans le monde de la musique extrême. Et enfin, parce que, s'il est désormais de notoriété publique que la France est très bien représentée sur la scène internationale en matière de metal agressif et brutal, notamment à travers le death/trash ou le black, elle l'est beaucoup moins en ce qui concerne le death symphonique, laissant souvent le soin à nos cousins transalpins de Fleshgod Apocalypse ou aux grecs de Septicflesh de trôner sur le toit du monde death symphonique. Alors, voilà pourquoi je souhaite rendre hommage à Elegy. Parce que quelque chose me dit que si les membres de Gorgon ne s'étaient pas séparés, ce groupe aurait bien pu se faire une belle place au milieu de ces monstres, notamment avec un album aussi colossal qu'Elegy... Place à l'argumentaire :

Après un premier Titanomachy d'excellente facture qui avait fortement impressioné à sa sortie en 2016, mais dont les vocaux éraillés, très proches d'un Ensiferum, m'avaient quelque peu gêné, voici qu'ils remettent le couvert en 2019 avec Elegy et sa pochette classieuse. La Gorgone, femme monstrueuse antique, qui y est représentée sur fond d'astre rouge sang, est à la fois envoutânte et inquiétante et semble nous indiquer que cet album sera lui aussi dédié à la mythologie antique, comme son prédécesseur, mais cette fois-ci tout à la gloire de la féminité.
Elegy se déploie donc autour d'un concept album mettant en corrélation la métaphore du développement embryonnaire du fœtus humain dans l'utérus féminin avec les mythes fondateurs de la création universelle du monde. Tout un programme. En tous les cas, un projet ambitieux au niveau de l'écriture des textes qui se devait d'offrir un contenu musical à la hauteur du concept. Annonçons-le d'emblée : le pari est gagné et, croyez-moi, la musique d'Elegy est à la mesure de cette couverture sang et noir : majestueuse, sombre, subtile.

Plutôt que de développer cette chronique selon un modèle « track by track », j'ai fait le choix de plutôt faire ressortir les principaux éléments qui, à mon sens, témoignent du travail titanesque effectué par les Parisiens.  La principale raison de ce choix provient de ce qui est la grande force de cet album : sa cohérence d'ensemble.
Grâce à une musique extrêmement bien produite et organisée selon un tout particulièrement homogène dans lequel chaque titre s'enchaîne avec fluidité à son prédécesseur, Elegy diffuse un parfum d'ambiance oriental véritablement prenant et hypnotisant. Pour mettre le tout en boîte, nos Français ont d'ailleurs eu le nez creux en faisant appel au très polyvalent finlandais Jussi Kulomaa, ayant déjà officié dans la production de groupes aux horizons musicaux différents comme le death mélodique (Crystalic), le folk death, (Whispered), le heavy (Masterstroke), et j'en passe... C'est cette expérience accumulée qui lui aura sûrement permis de bien capter la subtilité des émotions dégagées par la musique du groupe, tout en assurant la puissance nécessaire à un grand album de death symphonique, pour un rendu tout simplement dantesque.

Ainsi, au premier chef des éléments forts de ce disque, ce qui frappe l'auditeur qui a écouté leur premier album, c'est tout d'abord l'évolution dans la manière de chanter de Paul Thureau : son growl se montre beaucoup plus grave et profond que sur le premier album. Le chant guttural est désormais abyssal et puissant, ce qui, au-delà de me plaire au plus haut point, confère à cet album un côté death testostéroné particulièrement « evil », dont la brutalité des vocaux équilibre parfaitement les mélodies subtiles des guitares. Ces dernières usent d'ailleurs très souvent d'un riffing blackisant, soutenu avec justesse par la batterie de Charles Phily qui sait accélérer avec parcimonie la cadence avec une double pédale survoltée, ou en flirtant carrément avec le blast (écoutez donc les débuts de « Nemesis » ou « Ishassara » pour vous en convaincre ), ce qui permet de créer un mélange black/death très équilibré.
Et si, pour les plus sceptiques d'entre vous, l'aspect métissé de cet album peut éventuellement s'avérer déstabilisant, car impossible de savoir si l'on a affaire à un album de death ou de black, qu'ils se rassurent : l'amalgame des ingrédients qui le composent fait mouche dès la première écoute. Et à chaque nouvel appui sur la touche play, la beauté des titres d'Elegy se révèle telle une évidence, bien au-delà des étiquettes. Avec cet album délicieusement composé et interprété, nul doute que Gorgon saura se faire apprécier de tout deatheux ou blackeux en quête d'émotion forte, tout autant qu'à l'amateur de power symphonique.

Notons aussi que le concept de l'album, emprunt d'une dualité toute féminine, oscillant entre violence et douceur, provocation et intimité, est magnifié par des orchestrations symphoniques et des choeurs, mais surtout le chant féminin oriental en narration, complainte mélancolique ou backing vocal, en la personne de la belle tunisienne Safa Heraghi, dont la voix se retrouve également sur d'autres grands projets metalliques (Dark Fortress, Devin Townsend Project, Tryptikon, …). Tous ces éléments, omniprésents tout au long de l'album, lui confèrent une atmosphère arabo-héllénique particulière, si bien que les senteurs qui s'en dégagent vous évoqueront tour à tour un Dimmu Borgir (« Origins », 2'56), les grecs de Rotting Christ (« Under a bleeding Moon », 3'46 ou « The Plagues ») ou même les italocanadiens d'Ex-Deo (« ...Into the Abyss » et son refrain à en verser un torrent de larmes...). Excusez du peu... Mais malgré les références sus-citées, Gorgon réussit la prouesse de garder son âme en présentant un œuvre authentique et personnelle.

Ainsi, pour succéder au déjà superbe Titanomachy, Gorgon a choisi de mettre à l'honneur la femme, toutes les femmes, dans ce qu'elles ont de plus sublime, de fort et fondamental à travers les âges, mais aussi d'inévitablement fragile et cruel, parce que malheureusement trop souvent violentées dans un monde dominé par les hommes, à travers la dimension orchestrale d'un death résolument symphonique, violent et accrocheur. Pourvu que le split de ce groupe de talent ne soit qu'éphémère...

5 Commentaires

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Formetal - 24 Avril 2020:

Merci beaucoup. Oui, quelle tristesse. Ces deux premiers albums méritent clairement une suite.

witchfucker - 24 Avril 2020:

Ouais, bien dommage cette séparation. Ce groupe avait un gros potentiel même si j'ai toujours trouvé que les guitares étaient beaucoup trop en retrait par rapport aux explosions symphoniques.

David_Bordg - 26 Avril 2020:

Ils ont splitté très récemment. Un peu notre SEPTICFLESH à nous.

Fyrnael - 02 Décembre 2020:

Punaise tu as bien fait de me dire d'aller l'écouter, c'est une tuerie. Ils ont changé leur fusil d'épaule depuis Titanomachy, c'est beaucoup plus dark, moins cinématographique et plus théatral, et cette voix est terrible, bien mieux qu'auparavant! On dirait du Septicflesh en plus brutal. Un grand dommage pour le split...

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