Encore un énième entrant dans l'espace metal gothique à chant féminin, sans doute voué comme tant de ses pairs à une disparition prématurée des tabloïds, me direz-vous, et vous auriez probablement raison... A quelques nuances près toutefois ! Bien inspiré et impulsé par une indéfectible envie d'en découdre, ce jeune combo originaire du Guipuscoa – l'une des trois provinces du Pays Basque espagnol – ne saurait rester terré dans l'ombre bien longtemps...
Ce qu'il prouve en nous gratifiant d'entrée de jeu d'un album full length, «
Dream and Fly », fort d'une ingénierie du son plutôt soignée, et ce, moins de deux ans suite à sa fondation, en 2021 ; produites, mixées et mastérisées aux Chromaticity Studios par Pedro J. Monge (pluri-instrumentiste (Southern Skies, Vhäldemar) et producteur (Blackhearth, Dormanth,
Evil Seeds,
Rise To Fall,
Valkyria...) de son état), les 39 minutes du ruban auditif de la rondelle jouissent dores et déjà d'une qualité d'enregistrement difficile à prendre en défaut et de finitions passées au peigne fin. Ce faisant, cette première pierre à l'édifice constituerait-elle une argument suffisant pour espérer voir l'opiniâtre collectif tenir en respect la féroce concurrence dont ce registre metal continue de faire l'objet ?
Mais avant d'entamer cette première aventure, faisons connaissance avec nos hôtes. A bord du navire nous accueillent Matías Kamelman aux guitares, Jorge Banobre à la basse et Ruben Conejo derrière les fûts. Avec la participation, pour l'occasion, de la chanteuse Leire Tejada (guest chez
Incursed, Mercury Rex...), dont les angéliques inflexions pourront rappeler celles d' Andrea Dätwyler (
Lunatica). De cette fructueuse collaboration émane un set de 10 compositions d'obédience metal gothique aux coloratures symphonique, atmosphérique et électro, dans la veine coalisée de
Lunatica,
Lacuna Coil, Phantom
Elite et
Nemesea, la petite griffe personnelle en prime. Une œuvre à la fois volontiers pulsionnelle, souvent fringante, un brin enivrante, bénéficiant d'une technicité instrumentale maîtrisée mais nullement ostentatoire doublée de lignes mélodiques finement sculptées, fleurant bon la féconde inspiration de leurs auteurs. De quoi nous intimer d'aller explorer plus en profondeur les arcanes de l'embarcation...
La troupe ibérique interpelle tout d'abord par cette rare faculté qu'elle a à disséminer de sémillantes séries de notes, aptes à laisser quelques traces indélébiles dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le tympan. A commencer par leurs pistes les plus magmatiques, parmi lesquelles « A New World », ''lacunacoilesque'' mid/up tempo aux riffs acérés ; calé sur une sente mélodique des plus enveloppantes qu'empruntent les ensorcelantes oscillations de la déesse et recelant un éblouissant solo de guitare ainsi qu'un insoupçonné et grisant final en crescendo, le pimpant effort ne se quittera qu'à regret. Le tympan pourra non moins se voir aimanté par l'inaliénable énergie percussive déployée par le pulsionnel « My
Energy » comme par le cadencé « My Passion » ; deux efforts aussi seyants que vitaminés, instillés par les puissantes attaques d'une interprète bien habitée, qui, dans le sillage de Phantom
Elite, pousseront à un headbang bien senti et quasi ininterrompu. Enfin, octroyant un refrain immersif à souhait souligné par les fluides patines de la princesse et générant une énergie aisément communicative, le rayonnant et ''lunaticien'' « In Our Hearts » ne relâchera pas sa proie d'un iota.
Dans une énergie plus contenue, d'autres plages sauront à leur tour se jouer de toute tentative de résistance à leur assimilation. Ce à quoi nous sensibilisent, tout d'abord, «
Eternal Night » comme «
Dream and Fly », invitants mid tempi aux riffs crochetés, au carrefour entre
Lunatica et
Nemesea ; dotés de couplets enivrants relayés chacun d'un refrain catchy mis en exergue par les cristallines impulsions de la sirène, et enorgueillis d'un vibrant solo de guitare, ces deux hits en puissance pousseront assurément à une remise en selle sitôt la chute finale amorcée. Dans cette dynamique, on ne saurait davantage éluder ni le ''lacunacoilesque'' « Storm », tant pour son atmosphère aux orientalisants alizés et empreinte de sensualité que pour ses enchaînements intra piste des plus sécurisés, ni le félin « False Words » qui, non sans rappeler Phantom
Elite, essaime ses enivrants harmoniques comme ses grisants gimmicks guitaristiques. Difficile également de passer outre l'enivrant et ''nemesien'' mid tempo « You're Not Alone ». eu égard à l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'il nous invite à suivre.
A l'issue du parcours d'un message musical aussi truculent qu'enivrant, n'accusant pas l'once d'un bémol harmonique susceptible d'affadir l'attention du chaland, une irrépressible envie de remettre le couvert dès son ultime mesure soufflée nous gagne. D'aucuns, pour se sustenter, auraient sans doute souhaité davantage de variété en matière d'exercices de style – ballades, fresque et autres joutes oratoires manquant ici à l'appel – et un zeste d'originalité supplémentaire à un propos ne manquant nullement d'allant. Témoignant cependant non seulement d'une heureuse fusion de styles, d'une production d'ensemble ne souffrant que de rares irrégularités et de mélodies, certes, parfois empruntées mais des plus efficaces, mais également d'une empreinte vocale aisément identifiable et des plus liantes, ce premier élan permettrait dès lors à nos acolytes de venir grossir les rangs des sérieux espoirs de l'espace metal gothique à chant féminin. Bref, une proposition volontiers chatoyante mais un tantinet convenue en guise de message de bienvenue...
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