Qui n’a pas parcouru avec avidité les pages jaunies d’un opus, format poche, de la saga d’Elric de Melniboné obtenu pour une poignée de francs sur l’étal d’un bouquiniste de marché ou déniché avec bonheur et chance dans les travées sombres, aux rayonnages couverts de poussière, d’une obscure échoppe de centre-ville ?
Saga emblématique de la dark-fantasy, réaction viscérale d’un auteur à la plume aiguisée par des années de publication dans les pulps US, à l’héroic-Fantasy dite classique et ses poncifs comme le
Conan d’Howard et le Seigneur des Anneaux du maître Tolkien. Ici point de barbare musculeux au code d’honneur inflexible, dont le caractère ombrageux mais humain et la jovialité circonstancielle permettent au lecteur une identification aisée car jouant sur nos fantasmes d’héroïsme et d’aventure tout en se conformant à notre système de valeurs. En totale opposition avec notre ami cimmérien, Elric de Melniboné le dernier empereur d’une lignée puissante mais dégénérée, est malingre, albinos et faible, en proie aux doutes les plus complexes. Si la vie de
Conan « fut une tragédie », que dire de l’existence du seigneur des dragons ? Ce personnage est si éloigné de l’archétype du héros, qu’il tire sa force de prises de drogues massives et par l’entremise d’une épée runique buveuse d’âmes à la volonté propre, dans un rapport de totale dépendance qui inverse les rôles de maître et esclave. Un antihéros qui se positionne en serviteur du chaos, homme-lige d’Arioch, démon qui rit de sa misère et nourrit sa mélancolie. Et comme une tragédie n’en serait pas une sans une histoire d’amour incestueuse au destin funeste, il convient d’évoquer la perte de l’être aimé, Cymoril sa cousine, tuée par
Stormbringer, sa propre épée.
Il était inévitable que le Heavy-metal s’approprie un tel personnage.
Domine, combo transalpin fondé en 1986, fier artisan d’un heavy-metal épique et racé, puise majoritairement son inspiration conceptuelle dans l’oeuvre référence de Moorcock, le
Cycle d’Elric, afin de mettre en images son propos musical comme l’atteste leur seconde offrande «
Dragonlord » et l’essentiel de sa discographie. Enregistré aux New
Sin Audio Studio (
Eldritch,
Labyrinth,
White Skull) en mai 1999 ce second album est composé de 10 pièces forgées dans le plus pur des
Metal, fines et ouvragées mais d’un tranchant mortel, frappées du sceau du Heavy-metal Italien.
Evidemment la guitare de Enrico Paoli est à l’honneur, essentiellement rythmique, elle constitue l’ossature principale des titres, sur un rythme souvent enlevé («
Thunderstorm ») elle s’appuie sur la basse de Ricardo Paoli contrepoint discret mais néanmoins indispensable (« The Ship of the
Lost Souls ») comme c’est le cas sur bon nombre de productions heavy. Les fréquentes cassures rythmiques et les chorus maitrisés rendent compte du sens de la composition de
Domine et permettent d’aérer le propos du groupe qui ne verse donc pas dans la rapidité pour la rapidité. D’ailleurs le mid-tempo est utilisé à bon escient comme tout amateur éclairé de true-metal le remarquera et permet d’instaurer ce fameux climat guerrier et épique à l’instar de « Last of the
Dragonlord – Elric’s
Imperial March » et ses nappes de claviers sobres et à propos, mais également sur «
Blood Brothers
Fight » composition à la tragique atmosphère et au propos fratricide.
La force du collectif transalpin réside dans son habileté à susciter l’atmosphère, tant dramatique qu'épique, parfois enjouée et pleine d’espoir preuve en est sur «
Defender » et son alternance de riffs purement
True Metal et passages plus théâtraux survolés par le chant aux multiples variations d’Adolfo « Morby » Morbiducci capable de passer d’un registre suraigu et agressif à un registre lyrique où sa tessiture de ténor sied à merveille à l’identité prégnante de l’album. Des titre comme « Uriel, the
Flame of
God » ou «
Dragonlord-the Grand
Master of the
Mightiest Beasts » sont les illustrations parfaites de la synthèse réussie des nombreux aspects que développe
Domine : ambiances créées intelligemment par les claviers de Riccardo Paoli , riffing guerrier tour à tour up and mid-tempo, batterie simple et efficace (parfois trop simple) chant de haute-volée passant d’un champ vocal à un autre sans efforts apparents.
Néanmoins le contenu n’est pas exempt de tous reproches…
Tout d’abord si la section rythmique est parfaitement mise en place, la batterie est convenue et très formatée même si l’on considère le peu de marge de manœuvre que laisse l’exercice Heavy/
True metal. Là ou les compositions épurées de
Manowar nécessitent une batterie aux patterns simplifiés, la musique de
Domine, plus complexe, aurait mérité un percussionniste à la palette technique plus étendue. Considérant que le frappeur de fûts Carlo "Funa" Funaioli a quitté le groupe peu après l’enregistrement, pour être remplacé par un ex-
Necromass, ce détail est négligeable. On peut également s’interroger sur la présence de l’interlude « Mars, the Bringer of
War » qui n’apporte rien ni en termes conceptuels ni en termes de qualité musicale. J’avouerai, uniquement sous la contrainte, que je n’accroche que moyennement aux interludes et introductions de toutes sortes.
Dernière réserve, rectifier le mixage de la guitare aurait été judicieux afin d’apporter plus d’ampleur aux rythmiques et doter
Domine d’une puissance sonore qui lui fait parfois défaut malgré le bon travail d’écriture et de mise en place. Ce manque de « corps » est flagrant et handicape le combo sur la pièce maîtresse de l’album « The Battle for the Great
Silver Sword », épopée sanglante de 13 minutes passées aux multiples facettes, furieuse et martiale (où « Morby « démontre qu’il n’a rien à envier à ses confrères Fabio Lione ou Rob
Tyrant) dont l’effet est amoindri par le manque de profondeur de la six-cordes.
Mais que ces réserves n’effraient pas l’auditoire car
Domine est une entité pétrie de talent et mérite l’attention. Considérant qu’il s’agit d’un second album l’indulgence est de mise et tout comme Elric de Melniboné,
Domine sait se montrer agressif, pugnace et retors malgré des faiblesses évidentes.
"For I am the Bringer of
War
I am The Bearer Of
The Black Sword
and my name will be known to all
Lord Elric of the Bright
Empire of Melnibone
The
Dragonlord "
13/20
marrant ça hé éh ton pote a du se sentir à l'étroit dans la rame du tram.En Février de l'année dernière je suis allé voir Raphsody en live sur Paname.1) ce fut un des meilleurs live que j'ai vu à l'élysée montmartre,Fabio Lione est une bête de chanteur.2) Ce même Lione répondait à une interview dans le mac do à proximité situé avenue Rochechouart où je bouffais avec mme Mike Slave.T'imagines le décalage.Odeurs de graillon, faune hétéroclite du quartier Barbès se délectant de bigs macs et ce petit italien aux cheveux bouclés qui m'évoque invariablement la caverne de la rose de d'or de Lamberto Bava.
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