La Terre du milieu, on y retourne? C’est finalement au bout de trois longues années que la troupe de magiciens elfes de «
Battlelore », porte-flambeaux du epic-symphonique, refait parler d’elle.
Toujours dubitatif quant aux sorties de la formation. Il y a de quoi. Depuis leurs trois derniers opus, en commençant par «
Third Age of the Sun », les avis n’ont eu de cesse de se partager. Soit on criait abusivement au génie, soit au total manque d’inspiration. «
The Last Alliance », leur dernier en date avait également fait les frais de violentes critiques, toujours aussi nombreuses. Si bien que le groupe a décidé de prendre le temps cette fois-ci à la composition du nouvel opus, intitulé «
Doombound ».
Quelle fabuleuse aventure épique nous raconteront-ils cette fois? Encore une histoire inspirée de l’œuvre de Tolkien. Et oui, ils tiennent assurément à se montrer fidèles à l’auteur. C’est une position vénérable et louable dans un sens. Petite nouveauté et élément d’actualité en supplément. Le groupe s’est enfin décidé pour un concept album, basé bien entendu autour d’une histoire de leur auteur fétiche. Mais pas n’importe laquelle ; celle de Turin Turambar issue de l’œuvre posthume de Tolkien, publiée en avril 2007, « Les Enfants de Hurin ». L’actualité n’est pas des plus fraiches. Il faut l’accorder. Mais 2007, ça ne remonte pas à aussi loin. « Les Enfants de Hurin » n’est pas un banal conte fantasy, c’est une affreuse tragédie, autant assimilable aux tragédies grecques qu’à la légende des Nibelungen.
Petit élément visible de l’œuvre écrite, l’affrontement entre Turin Turambar et le dragon Glaurung. Episode à double revers : A la fois le triomphe et le scellement funeste du destin. Une couverture qui incitera à la découverte de ce nouveau volume composé par «
Battlelore ». Exploit ou tragédie? Nous n’allons pas tarder à le découvrir.
En fait, l’auditeur ne va pas tarder à croire que le destin de «
Battlelore » est scellé. «
Bloodstained » pouvait nous faire croire un temps à la magie, grâce aux tintements de l’entame, et le charme symphonique des claviers. Mais le chant, bien que captivant au premier abord, est devenu amorphe, sans réelle conviction. Cela vaut aussi bien pour celui de Kaisa Jouhki que pour celui de Tomi Mykkänen. Un manque de perspective qui sonnera le glas du très pâle « Iron of Death » et du somnolant «
Fate of the
Betrayed », n’assurant qu’un modeste jeu de guitare étriqué, tant que ce n‘est pas noyé sous les claviers. Les guitares tenteront bien une sortie énergique aux 2/3 de piste de «
Fate of the
Betrayed ». Mais les tirs grippés finiront par se perdre, ne parvenant à peine à transcender la fin de piste.
« Enchanted » aurait pu être un bon titre. Les claviers nous font preuve d‘une générosité scintillante. Mais cela ne semblerait pas réjouir pour autant Kaisa, à en juger son chant devenu livide et sans âme. Elle ne laissera pas une grande impression, non plus, sur le beau refrain d’ « Olden Gods ».
Seul vrai moment remarquable du titre d‘ailleurs. Même manque de perspective, lié à un sentiment persistant de répétition d'un passage à un autre, devenant tout ce qu’il y a de plus téléphoné et lassant.
Sinon, on pourra retrouver ce découpage en deux parties, coutumier chez «
Battlelore ». Un côté brut, sauvage, représenté par le growl bestial de Tomi, qui sera appuyé par des guitares devenues agressives; un autre enchanteur, représenté lui par la voix fluette de Kaisa et des sonorités douces, harmonieuses. Le résultat est décevant avec « Men as Wolves », sans conviction, mais deviendra par contre assez spectaculaire sur l‘orageux et dramatique titre éponyme «
Doombound ». Kaisa accompagnée au son du cello nous ferait pratiquement pleurer. Elle parviendra même à faire vivre de trop rares instants de volupté et de délice.
Son chant est également salutairement inspiré sur le refrain du très épique « Last of the Lords », bien que le titre soit lui-même emporté dans un certain élan de brutalité. Une brutalité liée à l’influence du growl fastidieux et rampant de Timo. Un aspect brutal et barbare qui signera la réussite des titres « Bow and Helm », percutant et impulsif à souhait, puis de « Kärmessurma ». Des morceaux, tous deux d’inspiration pagan. Les claviers n’auront d’ailleurs qu’une faible influence sur ces titres.
L’instrumental « Kielo » clôturera ce nouveau chapitre de «
Battlelore », dans une grande et imposante sobriété. Comme la fin d’un combat, ponctué par l’enterrement d’un courageux combattant.
Pour ceux qui iront jusqu’à s’acheter le double CD, la partie DVD inclura deux lives à Helsinki, dans la salle du Nosturi. Un en 2008, l’autre en 2009. Si celui de 2008 n’offre que peu d’intérêt, celui de 2009 offre en revanche une bien meilleure prestation, même si les filles de «
Battlelore » ne paraissent faire ici que de la figuration. Il y aura aussi 4 clips déjà bien connus de leurs précédents, ainsi qu’une galerie photo qui ne devrait plaire qu’à ceux qui aiment les grimaces.
Alors, exploit ou tragédie? Bien plus proche de la tragédie que de l’exploit, j’en ai bien peur. Le disque en lui-même est assez difficile à appréhender. De nombreuses écoutes sont malheureusement nécessaires pour en cerner les titres, et faire ressortir ce qu’il y a de meilleur. Des titres maussades, sans féérie pour la plupart. Quoique l’on puisse retenir les dynamiques « Bow and Helm » et « Kärmessurma », ainsi que toute la gravité émotive du titre éponyme. Rien de plus frustrant quand on voit émerger des compatriotes concurrents comme « Kivimetsän Druidi » et «
Crimfall ». Le destin, qu'elle tentait de fuir jusque là, rattrape à grands pas la formation «
Battlelore ». On pourrait ainsi faire un douteux, mais possible parallèle avec le roman d’où est puisé le fameux concept.
Ainsi les exploits de Turin, le héros du roman « Les Enfants de Hurin », ne seront jamais récompensés. Ayant appris que sa bien aimée qui venait tout juste de se suicider, n’était autre que sa propre sœur, pris de folie, accablé par la honte et la peine, il décida à son tour de rejoindre les limbes par sa propre épée
Gurthang « acier de mort ».
Ce couple détruit fut réuni une toute dernière fois à l’abri d’un dernier foyer. La pierre tombale adossée rappela le nom de chacun. Faudra-t-il inscrire en plus celui de «
Battlelore »? Par pitié, non! Rien n’est vraiment perdu. Le dragon est certes blessé, mais ne perd aucunement de sa puissance.
12/20
Si vous voulez entrer dans le décorticage que la seule note ce serait plus plaisant, et on pourrait rentrer dans les faits.
Mais je suis d'accord avec marcus on dirait bien qu'ils font pas leur sauce, qu'ils essaient de "contenter" les fans ou autres, déboire principale de notre société actuelle "contenter les autres". La preuve en est la création de Mortemia, qui n'est qu'exactement Sirenia avec un peu plus de braille... s'ils faisaient simplement tous leur sauce en mettant chacun son épice ça serait pas fade.
Merci pour la chronique
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