Parmi les rares combos polonais à s'être illustrés dans un registre metal symphonique à chant féminin aujourd'hui pléthorique en formations de tous poils,
Time Of The Sinners vient crânement tenter sa chance. Et ce, à l'heure où
Epica,
Nightwish,
Within Temptation et autres
Delain et
Xandria font headbanguer et émotionner un nombre sans cesse croissant d'aficionados du genre aux quatre coins de la planète. Un challenge difficile à relever donc, mais qui n'a nullement refroidi la dynamique compositionnelle de ce jeune sextet créé à Zamosc (Voïvodie de Lublin) en 2013. Bien au contraire... Dans ce contexte concurrentiel, le groupe s'est précisément laissé le temps d'accoucher sereinement son premier bébé à l'instar de cette menue démo 4 titres, celle-ci ne sortant que deux ans suite à la fondation de la troupe et témoignant d'un travail plutôt minutieux en studio.
Ainsi, Kinga Szewczuk (frontwoman au chant non lyrique), Rafał Michałuszko (guitare), Jacek Palak (guitare), Michał Małecki (basse), Jakub Wróblewski (batterie) et Mateusz Sobon (claviers) nous livrent 20 minutes d'un message musical aussi énergisant qu'émouvant, mis en relief par une ingénierie du son soignée, faisant oublier la jeunesse de ses auteurs. Influencée par les travaux de
Nightwish,
Dream Theater (premières périodes) et
Lacuna Coil, la bande des six affiche certes une identité artistique en construction. Mais évoluant dans un metal symphonique gothique et progressif accolé à une touche rock classique, brassage de styles encore peu couru par ses pairs, voire ses modèles identificatoires, elle s'en distingue déjà...
A la différence de nombre de ses homologues, et non sans un bel élan d'inspiration, le collectif nous plonge dans les entrelacs d'une pièce instrumentale n'ayant nullement pour vocation de servir, comme trop souvent, de brève introduction de rigueur. Et ce, même si son positionnement dans la tracklist pourrait laisser penser le contraire. De ses 4:30 minutes, elle marque plutôt fièrement et significativement de son empreinte ce qui va s'ensuivre. Ainsi, non sans rappeler un
Dream Theater de la première heure, l'instrumental « Intro », d'obédience sympho prog, nous offre une savante alchimie entre de délectables ondulations synthétiques et de sculpturaux et plaisants gimmicks à la lead guitare. Intercalé entre une intro et une outro infiltrées de délicats arpèges au piano, le convoi orchestral, lorsqu'il prend l'ascendant sur fond de pilonnage graduel de caisse claire, impactera sans mal le chaland, jusqu'à en oublier la patte de leurs maîtres inspirateurs.
Là où on l'attend davantage, à savoir dans un registre metal sympho gothique et progressif à chant féminin, le combo ne s'est pas montré malhabile, réservant même quelques surprises dont pourra se délecter l'amateur coutumier du genre. Up tempi sympho gothique au riffing mordant et aux gimmicks guitaristiques fringants et aisément mémorisables, dans la veine d'un
Nightwish typé « Angels
Fall first » doublés d'une touche de
Lacuna Coil de la trempe de « Shallow
Life », « In the Sinners Time » tout comme «
Power of
Eternity » imposent à la fois leur cadence infernale, leurs couplets bien ciselés relayés par d'immersifs refrains et de fines nuances mélodiques. Entonné avec puissance et justesse par une sirène bien inspirée et calée dans les médiums et doté d'un saisissant solo de guitare, le suave et premier méfait prend même une saveur exquise ; le second effort misant davantage ses espoirs sur sa grisante énergie rythmique et une pimpante rampe au synthé pour tenter de rafler la mise. Combinaison gagnante, in fine.
Enfin, sans complexes, la jeune troupe s'est essayée au redoutable exercice de construction d'une fresque. Si l'art semble moins naturel qu'au regard des pistes sus-citées, les qualités techniques et mélodiques de nos acolytes permettent néanmoins d'éviter l'écueil de la déroute. Mieux, la généreuse offrande a maintenu constante l'attention de votre humble serviteur. A mi-chemin entre
Lacuna Coil et
The Gathering, sous-tendu par d'enchanteresses gammes au maître instrument à touches le mid tempo progressif à la touche rock atmosphérique « Elusive
Dream » se pose comme la pièce en actes de l'opus. Sur ses 7 minutes d'un spectacle fort en contrastes rythmiques, on ne lâche pas d'un pouce les voluptueuses et rockeuses inflexions de la déesse. Quant aux sensibles variations à la basse et au subtil legato à la lead guitare surplombant d'amples nappes synthétiques aux sonorités d'orgue suranné, ils ne se révèlent pas moins captateurs d'émotions.
Si le message musical ne laisse transparaître de réelle originalité ni dans son concept, ni dans ses exercices de style, de par sa créativité mélodique et un potentiel technique bien exploité, il autorisera toutefois une écoute prolongée, voire renouvelée de la galette auprès d'un public sensibilisé par les sources d'influence de la bande. A condition toutefois de ne pas succomber à la tentation de la comparaison, le sextet polonais n'en étant encore qu'à son galop d'essai. En effet, pour espérer faire partie des valeurs montantes de ce registre, il lui faudra diversifier ses atmosphères, étoffer son offre oratoire, accentuer les effets de contraste et peaufiner ses arrangements. Par ailleurs, si la production ne souffre ni de son enregistrement, ni de son mixage, ses enchaînements comme ses finitions, en revanche, restent à parfaire. On comprend que le groupe en a sous le pied et qu'un album full length lui autoriserait une marge de manœuvre susceptible de valoriser davantage son œuvre. Wait and see...
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