Amorcer une carrière n’a jamais été chose facile. Il faut se démarquer dès les premiers pas, en livrant une production originale, qui plus est tout en respectant des critères de qualité de plus en plus élevés. Il faut séduire immédiatement un public qui croule sous les offrandes, qui ne sait où donner de l’oreille. Il faut convaincre des labels qui prennent de moins en moins de risques, qui préfèrent les valeurs sures aux nouveaux venus. Indéniablement, ces derniers sont les plus pénalisés dans cette course folle. Si parmi eux, certains comme
Imperial Gates sont parvenus à décrocher le
Graal, d’autre comme A prison Called
Earth ou Möbius se voient relayés vers la voie de l’auto production. Tout cela pose d’évidents problème de budget, de distribution, et si l’on ajoute à cela une couverture médiatique quasi nulle, vous comprendrez qu’il faut bien du courage et de la volonté pour se lancer sur la scène du métal progressif.
Après toutes ces considérations, revenons, si vous le voulez bien, au groupe qui fait l’objet de cet article. Le nom de Möbius ne vous dit peut-être rien. C’est normal, ce jeune quintette Lyonnais vient tout juste de sortir une première démo éponyme. Sur le plan visuel, l’ensemble est assez… épuré. En effet, la pochette est sobre, réduite à l’essentielle. A l’heure où l’aspect esthétique joue un rôle important, où bon nombre de groupes mettent un point d’honneur à livrer des pochettes très travaillées, « Möbius » lui ne paye pas de mine. Manque d’inspiration, de moyens ou parti pris ? Qu’importe ce petit détail, venons en à la musique. Les lyonnais proposent ici trois titres, pour un peu plus de vingt minutes d’écoute. Voilà de quoi donner un bon aperçu de ce que sont capables de réaliser ces musiciens.
D’emblée, l’album prend une véritable personnalité avec «
Heretic disaster ». Le titre débute de manière assez singulière avec une nappe de chœurs, qui laisse place à un sombre riff de claviers, lequel est repris de manière plus dynamique à la guitare. La musique perd ensuite en densité pour permettre l’entrée du chant, très pur mais puissant, qui contraste avec les sonorités plus rudes et épaisses de la guitare. On note les qualités de vocaliste d’Héloïse, qui exploite toute sa tessiture en alternant le chant traditionnel et les envolées lyriques dont la qualité est loin d’être à des années lumières de celles de
Tarja Turunen, avec des intervalles impressionnants qui nécessitent beaucoup de maîtrise. Le groupe ne néglige pas non plus les passages instrumentaux, qui mettent à l’honneur les claviers puis la guitare, la transition étant réalisée par une très belle ligne montante de chant lyrique.
Les morceaux suivants gardent un caractère symphonique sans toutefois étouffer l’aspect progressif. L’ensemble est cohérent, et ponctué de changements dans les atmosphères. «
Bursting chaos » débute de manière plus menaçante et incisive. La tension atteint son paroxysme lors du refrain, qui brusquement laisse place à une musique lumineuse et à des rythmiques plus douces avant que le thème originel ne reprenne le dessus pour clore le morceau. Cette logique de contrastes reste effective dans «
Dark Fates », avec des passages plus magistraux, des sonorités très pleines et des harmoniques complexes, proches de ce qu’a pu faire To Mera dans «
Exile ». A d’autres moments, la musique est plus dépouillée. Une ligne de chant revient régulièrement, avant de disparaître et de laisser le champ libre à un intermède purement instrumental, dans lequel Möbius flirte avec l’expérimentation. Le quintette épure sa musique jusqu’à ne laisser que des nappes sonores cristallines, sur lesquelles se greffe un air de violon solennel, avant un retour du chant pour clore le morceau.
Sur le plan individuel, la performance est tout à fait à la hauteur. Chaque musicien dispose d’un potentiel technique intéressant, bien exploité et mis en valeur par les passages instrumentaux. La production, dont la qualité laisse parfois à désirer pour les jeunes groupes, est tout à fait correcte. On note quand même quelques défauts mineurs, tels que le soin apporté aux transitions, parfois un peu trop simplistes comme dans «
Bursting chaos », ou encore la répétition un peu trop fréquente de mêmes lignes mélodiques dans «
Heretic Disater ».
« Möbius » s’achève, et déjà l’on se surprend à penser au prochain album, au devenir de ce jeune groupe qui, pour son premier essai, livre l’esquisse d’une œuvre de grande qualité. Il est difficile d’évaluer concrètement la performance avec si peu d’éléments, d’où l’absence de note. Quoiqu’il en soit, c’est une très bonne prestation pour mettre le pied à l’étrier. Il ne fait aucun doute que Möbius dispose d’un véritable potentiel.
Voilà qui laisse présager de belles choses pour l’avenir…
C'est voulu qu'il n'y ait pas de note ?
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