Deception Ignored

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17/20
Nom du groupe Deathrow (GER)
Nom de l'album Deception Ignored
Type Album
Date de parution Juin 1989
Style MusicalThrash Technique
Membres possèdant cet album60

Tracklist

Re-Issue in 2018
1.
 Events in Concealment
 05:30
2.
 The Deathwish
 04:26
3.
 Triocton
 08:09
4.
 N.L.Y.H.
 03:10
5.
 Watching the World
 04:49
6.
 Narcotic
 09:19
7.
 Machinery
 07:01

Bonus
8.
 Bureaucrazy
 04:19

Durée totale : 46:43


Chronique @ da_sway

24 Août 2011

Un opus assurément en avance sur son temps, peut-être même encore de nos jours...

Auparavant nommé Samhain, le groupe teuton Deathrow fait son entrée dans la scène thrash en l'année bénite 1986 avec l'album "Satan's Gift" qui, pour l'anecdote, sera plus tard renommé "Riders Of Doom" pour ne pas offusquer les bonnes mœurs américaines. Sans bouleverser la hiérarchie germanique et l'hégémonie du "Big Three", le début de carrière du groupe de Düsseldorf, proposant un speed/thrash en furie, leur permet d'apposer sa griffe et de se faire un nom sur le paysage thrash, encore reconnu aujourd'hui.

Toutefois, en 1988, un virage s'opère dans l'orientation musicale de Deathrow, ce qui va leur permettre de prendre une toute autre dimension. Le déclencheur n'est autre que l'arrivée à la guitare d'Uwe Osterlehner en lieu et place de Thomas Priebe. Dès lors, sa virtuosité s'impose et le quatuor se construit autour de lui. Un style de thrash complètement atypique se met en place d'où découlera ce qui est considéré par les fans du genre comme l'un des chefs d'œuvre de thrash technique: "Deception Ignored".

Sa complexité lui vaut d'être rangé sans ménagement aux côtés de ses contemporains de chez Mekong Delta ou Watchtower comme pourraient le justifier la séquence introductive au piano de "Triocton" pour les premiers ou les riffings inattendus de "The Deathwish" pour les seconds. Or ce n'est pas si simple. "Deception Ignored", c'est avant tout l'art de mettre l'auditeur le cul entre deux chaises. Ce malaise inhérent sera la source des foudres qu'il subira, mais c'est également ce qui en fait un album unique en son genre.

Les titres sont techniques, parfois en triolet, mais ils n'en oublient pas d'être puissants comme dans "Bureaucrazy". Les enchaînements sont complexes, mais les variations sont abruptes, voire violentes à l'instar de "Machinery". Osterlehner nous sort des solis alambiqués, d'influence classique, tandis que Flugge nous assène de gros riffs issus de la bonne vieille école. Ces paradoxes fleurissent dès le premières notes d'"Events in Concleament".

Alors quand le batteur Hahn développe ses patterns en mesures impaires dans le tempo rapide du thrash, on assiste à un joli bordel organisé. Pourtant, dans ce labyrinthe, la précision y est chirurgicale et ne perd pas le souffle. Sorte d'apogée monumentale à la gloire du non-respect des codes établies, "Narcotic" assène près de dix minutes de renouvellement d'idées et en soit plus d'innovations que ne pourra jamais contenir le revival thrash dans son ensemble...

N'osant jamais faire le choix entre pur thrash technique et speed traditionnel, particulièrement évident sur un "Watching the World", l'album perturbe et intrigue. L'esprit un peu trop cartésien n'y verra que les élucubrations de vieux fous. En perpétuel mouvement, l'auditeur n'a guère le temps de savourer un riff qu'il a déjà disparu, le laissant dans un mélange de frustration et de surprise. Pas question de savourer jusqu'à l'orgie les mêmes structures, le bonheur musical ne saurait être si naïf. Tout est dans le plaisir de l'instant, décuplé par la déception de sa soudaineté. Toutefois, Deathrow sait titiller constamment notre curiosité pour ne jamais rester sur cette amertume.

De ce désappointement volontaire, qui fait partie intégrante du charme de l'œuvre, il est vrai que personne ne peut sortir de cette écoute pleinement satisfait, d'autant qu'il faut avouer que le chant de Milo Gesang y est un peu mi-figue mi-raisin. Il faut jouer selon les règles, accepter l'absence "d'happy ending" au risque de trouver l'album dans son intégralité un peu fade. Pour ceux-là, je ne vous garantie pas un plaisir total, mais une expérience ô combien enrichissante.

Fait étonnant: bien qu'il s'agisse là du point d'orgue de leur carrière, en termes de ventes tout du moins, le batteur Markus Hahn et le guitariste Sven Flugge considèrent "Deception Ignored" comme leur pire album, jugé trop loin des racines de Deathrow en raison de la main-mise trop importante du virtuose Uwe Osterlehner sur le groupe. A croire que les musiciens furent tout aussi touchés par le malaise qu'ils avaient eux-même posé en musique...

C'est pourquoi le groupe prit alors près de trois ans avant de lui pondre un successeur: "Life Beyond". Certes plus mature, plus équilibré avec une technicité plus contrôlée et un son plus proche de celui des premières heures du groupe, son conformisme et donc son accessibilité en font un album moins intéressant face aux lubies uniques mais innovantes que l'overdose technique de "Deception Ignored" représentait.

Au final, que l'on aime ou non, force est de reconnaître que cet album dévoilait un thrash inexploré, même encore aujourd'hui bien que des jeunes groupes comme Vektor semblent désireux de reprendre le flambeaux. Un opus assurément en avance sur son temps, peut-être même encore de nos jours...

6 Commentaires

10 J'aime

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da_sway - 26 Août 2011: Un pari osé, c'est clair, d'ailleurs ils en ont plus ou moins payé le prix...
Mais je considère que c'est ce genre d'albums qui font avancer le thrash
Nevets - 18 Novembre 2014: Sans doute la meilleur chronique que j'ai pu lire sur SOM. Très bon album,mon préféré dans le genre
LeMoustre - 16 Novembre 2015: Très beau papier pour un album qui ne l'est pas moins, figurant tout en haut de la micro-scène du techno-thrash. J'avais adoré Raging Steel, un thrashmetal allemand terriblement efficace. Légèrement désappointé à sa sortie, comme beaucoup, force est de constater que Deathrow a changé sur cet album touffu, mais prenant de bout en bout. On se régale au gré des interventions de tous les instruments, et des titres comme "Events In Concealment", "Triocton" (avec quelques notes qu'on retrouvera dans le magnifique "Empire Of The Clouds" de Maiden en intro) ou "Machinery" présent sur la compile Noise de l'époque, figurent parmi les meilleurs de la scène de cette année là. Je suis plus mitigé sur l'album suivant qui ne développe ni l'agression thrash des deux premiers disques, ni la technicité de ce superbe Deception Ignored.
samolice - 15 Octobre 2019:

Merci pour la chro hyper intéressante.

N'ayant plus ma copie k7 depuis de longues années, j'avais presque oublié à quel point ce disque est monumental. Il était temps qu'un cd arrive sur mon étagère. Je le mets en boucle depuis 4 jours. Que les titres durent 4 ou 9 minutes, je ne les vois pas passer. Parvenir à placer autant de plans rythmiques différents dans un même morceau sans jamais m'emmerder et en conservant de longue la patte mélodique, je dis bravo.

Un petit classique du métal à mes oreilles.

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