Nous ayant laissés sur le souvenir ému de «
The Dead Don't Smile », son tout premier et troublant album full length, on pouvait subodorer que le trio finlandais n'allait pas s'arrêter en si bon chemin. Pari réussi ! Le voici donc de retour, un an plus tard à peine, muni d'un second opus de même acabit, répondant au nom de «
Dead by the Dawn ». Aussi, effeuille-t-on une galette déroulant un ruban auditif de 40 optimales minutes sur lequel s'enchaînent sereinement dix pistes, dont les singles «
The Tide », «
The Sea of Apathy » et «
Dead by the Dawn », réalisés tous trois quelques mois avant la sortie, chez Inverse Records, de ce deuxième mouvement. Cette nouvelle offrande serait-elle en mesure de porter aujourd'hui nos trois compères parmi les valeurs montantes du si concurrentiel registre metal symphonique à chant féminin ?
Conformément à leurs aspirations premières, Ville Skön (claviers) et Santtu Rosén (guitare/basse), les deux maîtres d'oeuvre du projet, avec Noora Virtanen (chanteuse au chatoyant grain de voix, proche de celui de Sini Seppälä (
Crimson Sun)), nous plongent une nouvelle fois au cœur d'un environnement rock'n'metal mélodico-symphonique gothique, dont les influences d'
Imperia,
Crimson Sun,
Darkwell,
The Gathering et
Atargatis ne sauraient là encore être éludées. Cette œuvre à la fois rayonnante, enjouée, énigmatique, élégante et romantique repose, tout comme sa devancière, sur une production d'ensemble de bonne facture, dont un mixage équilibrant lignes de chant et instrumentation à parités égales. Mais songeons plutôt à lever l'ancre, pour une croisière sur une mer limpide à la profonde agitation intérieure...
A l'instar de son prédécesseur, cet opus fait la part belle aux pistes à la cadence refrénée, non sans quelques pépites disséminées dans son sillage. A commencer par «
The Tide », tubesque et organique mid tempo à mi-chemin entre
Imperia et
Crimson Sun. S'il révèle de délicats couplets, relayés chacun d'un refrain convenu mais des plus enveloppants, le poignant effort dévoile parallèlement de soudaines et grisantes accélérations. Dans une même énergie, «
The Sea of Apathy » se pose, lui, tel un énigmatique mid tempo aux riffs épais, à la confluence entre
Darkwell et
Crimson Sun ; investi d'un refrain entêtant mis en exergue par les enivrantes oscillations de la sirène, ce hit en puissance ne saurait davantage être éludé. Difficile également de se soustraire à l'envoûtant paysage de notes dont se pare le félin et ''darkwellien'' « They Talk to Me ». Enfin, un tantinet plus éthéré et agrémenté d'un fin picking à la guitare acoustique, nous menant alors en de sereines contrées, le ''gatherien'' « There Was a Light » happera le tympan du chaland sans avoir à forcer le trait.
Lorsque les lumières se font plus tamisées et l'atmosphère plus feutrée, toute tension s'évanouira d'un coup d'un seul. Ce qu'illustre, en premier lieu, « Hanging in Midair », ballade atmosphérique gothique d'une sensibilité à fleur de peau que n'aurait nullement reniée
Lyriel ; éperonnée des larmes d'un violon mélancolique et mis en habits de soie par les troublantes volutes de la maîtresse de cérémonie, la tendre sérénade se fait des plus enivrantes. En dépit d'une mélodie un peu palote et en l'absence d'une quelconque montée en régime, l'instant privilégié ne se quittera qu'à regret. Et comment ne pas se sentir transporté loin, très loin au-dessus du plancher des vaches sous le joug des vents ascendants inscrits dans l'adn de «
Dead by the Dawn » ? Prenant des airs d'un slow qui emballe, calée sur un filet mélodique des plus invitants, et se chargeant en émotion au fil de sa progression, cette ''imperienne'' ballade fera fondre, d'un battement de cils, les cœurs en bataille. Mais nos valeureux guerriers sont encore loin d'avoir déposé les armes...
Quand le rythme de leurs frappes se fait un poil plus véloce, nos acolytes trouvent là encore matière à aspirer le tympan. Ce qu'atteste, d'une part, « Under the Belt of
Orion », élégant mid/up tempo aux riffs crochetés, au carrefour entre
The Gathering et
Darkwell. En dépit de la relative linéarité de la sente mélodique, un break au piano bien amené et des enchaînements intra piste des plus sécurisés nous font comprendre que les points de force ne manquent pas à l'appel pour nous inciter à revenir y noyer le pavillon. Dans cette dynamique, on ne saurait davantage esquiver l'entraînant et ''delainien'' « The
Dragonfly » pour son énergie aisément communicative, ayant pour corolaire un infiltrant cheminement d'harmoniques. Recelant une technicité instrumentale plus complexe, l'''imperien'' up tempo syncopé « The Clearing », quant à lui, n'en décoche pas moins un refrain certes convenu mais des plus engageants. Et la sauce prend, là encore.
Par ailleurs, en réponse à un souhait de diversification atmosphérique, le trio nous livre un instrumental symphonico-cinématique en cours de route ; un exercice de style déjà dispensé et mené à bien sur le précédent opus. Mais contrairement à un « Five to
Seven » ponctué par de profonds et métronomiques roulements de tambour et d'envoûtantes incantations féminines en arrière-fond, « In the
Presence of the Sun » se pose, lui, tel un intrigant instrumental a-rythmique voguant sur une mer synthétique d'huile et infiltré de choeurs d'enfants ; état de fait qui n'enlève en rien au magnétisme de la soyeuse plage. Quoiqu'il en soit, on comprend qu'il s'agit-là de l'un des stigmates les plus visibles de la signature artistique du groupe, conférant dès lors un zeste d'originalité à son projet.
Une fois encore, le combo nous livre un méfait aussi pénétrant et délicat qu'empreint de subtilités, ne concédant pas l'once d'une baisse de régime ni d'une frustrante zone de remplissage. S'il peine toujours à varier ses ambiances et à se libérer de la patte de ses maîtres inspirateurs, le trio finlandais trouve à nouveau les arguments mélodiques et oratoires pour happer le pavillon du chaland. Jouissant, par ailleurs, d'une ingénierie du son de bon aloi, d'une technicité un poil plus affermie que naguère, mais aussi du sceau artistique de ses concepteurs, ce second effort témoigne même d'une évolution certaine du projet ; de louables progrès réalisés par la troupe, et ce, en l'espace d'à peine un an. Chapeau bas. Aussi, à la lumière de cette grisante offrande, nos compères ont-ils une belle carte à jouer pour espérer jouer les outsiders avec lesquels la concurrence devra composer. Décollage amorcé pour le trio finlandais à l'instar de ce second mouvement...
Note : 15,5/20
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