Les événements tendent à s'accélérer pour ce trio finlandais fondé il y a trois ans à peine... Doté de deux albums full length, dont le troublant «
The Dead Don't Smile » sorti l'année même de la création du combo, suivi en 2022 d'un rayonnant effort de même acabit, «
Dead by the Dawn », auxquels s'adjoignent moult singles, le combo nord-européen en veut plus désormais ! Mû par un soudain élan d'inspiration, le prolifique collectif reviendra dans les rangs, deux ans plus tard, muni de quelque trois singles («
Dead Among the Living »,
The Absolution » et «
Perfectly Flawed »), soit trois des dix pistes de leur troisième album studio, «
Dead Among the Living », signé, tout comme son aîné, chez le puissant label finlandais Inverse Records. Ce faisant, les 38 minutes du ruban auditif de la rondelle permettraient-elles à la troupe de tenir en respect ses si nombreux concurrents ?
Plus encore, ce set de compositions leur autoriserait-il dès lors l'accès au rang de valeur confirmée de ce foisonnant environnement metal ?
Restés partiellement fidèles à leurs premières gammes, Ville Skön (
Dying Daylight), aux claviers, et Santtu Rosén (
Dying Daylight,
Dead End Finland), à la guitare et à la basse – les deux maîtres d'œuvre du projet –, avec Noora Virtanen, chanteuse au chatoyant grain de voix, apparenté à celui de Sini Seppälä (Crismon Sun), nous immergent au sein d'un espace rock'n'metal mélodico-symphonique gothique, un brin moderniste, dont les influences d'
Imperia,
Crimson Sun, Volturian, Metalite,
Darkwell,
The Birthday Massacre et
Atargatis sont convoquées. Cet opus à la fois volontiers solaire, souvent enjoué, parfois intrigant, empreint de délicatesse et romanesque jouit, à l'instar de son aîné, d'une production d'ensemble de bonne facture, dont un mixage équilibrant lignes de chant et instrumentation à parités égales et des finitions passées au crible. Mais suivons plutôt nos corsaires dans leurs pérégrinations en hautes eaux...
Quand il nous projette sur des charbons ardents, le combo trouve sans mal les arguments susceptibles de nous retenir plus que de raison. Ce qu'atteste, d'une part, « Pushing Up the Daisies », bouillonnant mid/up tempo aux riffs acérés, au carrefour entre
Imperia et
Darkwell. Recelant de saisissantes montées en régime de son corps orchestral tout en générant une énergie aisément communicative, l'éruptive offrande fera assurément plier l'échine à plus d'une âme rétive. Dans cette énergie, on ne saurait davantage esquiver « The
Skyclad Spell », effervescent mid/up tempo dans la lignée atmosphérique de
Crimson Sun. Pourvu de grisants gimmicks guitaristiques et d'un refrain catchy mis en habits de lumière par les cristallines oscillations de la déesse, l'enivrant mouvement joue dans la catégorie des hits en puissance que l'on ne quittera que pour mieux y revenir, histoire de plonger à nouveau dans cet océan de félicité. On retiendra, enfin, « The
Failure », énigmatique mid/up tempo dans le sillage de
Darkwell, tant pour ses sensibles et prégnants arpèges d'accords que pour sa mélodicité toute de fines nuances cousue.
Un tantinet moins enfiévrés, d'autres espaces d'expression pourront non moins nous prendre dans leurs filets. Ce à quoi nous sensibilise «
The Absolution », symphonisant et organique mid tempo aux riffs crochetés, à mi-chemin entre
Crimson Sun et Volturian ; pourvu de couplets finement ciselés relayés chacun d'un entêtant refrain mis en exergue par les félines inflexions de la sirène et finissant crescendo, le ''tubesque'' méfait ne se quittera qu'à regret. Dans cette dynamique, « A Light in a
Void » se pose, lui, tel un mid tempo gothique progressif dans la mouvance de
The Birthday Massacre. Instillé d'un seyant paysage de notes et d'un insoupçonné et poignant final en crescendo, l'envoûtant méfait incitera le chaland à un headbang subreptice. Moins pulsionnel encore, «
Perfectly Flawed », low/mid tempo symphonique gothique dans la veine coalisée de
Crimson Sun et de
The Birthday Massacre, pourrait bien se jouer de toute tentative de résistance à son assimilation ; happant le tympan au regard de l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'il nous invite à suivre et de ses insoupçonnés et chavirants changements de tonalité, le sensuel effort poussera nous moins à y revenir sitôt l'ultime mesure envolée.
Lorsque l'atmosphère se fait plus feutrée, nos compères se muent alors en de véritables bourreaux des cœurs en bataille. Ce qu'illustre, tout d'abord, «
Dead Among the Living », power ballade romantique jusqu'au bout des ongles que n'auraient sans doute reniée ni
Imperia ni Metalite. Glissant le long d'une radieuse rivière mélodique et mise en habits de soie par les troublantes modulations de la maîtresse de cérémonie, l'émouvante aubade ne saurait être éludée par l'aficionado de moments intimistes. Dans le lignée d'
Atargatis, la ballade atmosphérique «
The Inquisition » , quant à elle, serait une véritable invitation au voyage en d'oniriques contrées ; encensé par les angéliques ondulations d'une interprète bien habitée et nous gratifiant d'arrangements instrumentaux de bon aloi, ce slow qui emballe ne relâchera pas sa proie d'un iota. Et comment ne pas se sentir porté par les vibes enchanteresses insufflées par la ''xandrienne'' ballade « Alone » ? Se chargeant en émotion au fil de sa progression, c'est d'un battement d'ailes que la caressante et mélancolique aubade happera celui qui y aura plongé le pavillon.
A l'aune d'une œuvre ne manquant ni d'allant ni d'élégance, la troupe se pare d'arguments esthétiques et techniques le plus souvent difficiles à prendre en défaut tout en n'accusant pas l'ombre d'un frustrant bémol. Si d'aucuns pourront regretter l'absence de fresques ou d'un quelconque duo, le combo a compensé cette carence par des lignes mélodiques finement sculptées et des plus immersives, et par l'une ou l'autre sonorité inédite inscrite dans le cahier des charges. Si les prises de risques s'avèrent encore bien rares et l'originalité requise pas encore au programme des réjouissances, le combo appose une fois encore son sceau artistique et oratoire sur la plupart de ses compositions. Aussi, à la lumière d'un propos bénéficiant d'une ingénierie du son plutôt soignée et des plus inspirées, nos compères auraient une belle carte à jouer pour se hisser parmi les valeurs montantes de leur environnement metal d'affiliation. Bref, l'aventure se poursuit sereinement pour la formation nord-européenne...
Note : 15,5/20
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