Prudence est mère de sûreté, dit-on... Un adage suivi à la lettre par ce combo teuton créé à Lörrach, dans le Bade-Wurtemberg, voilà déjà huit ans. Nous ayant laissés sur le souvenir ému d'un solaire et sculptural «
Soultaker », son premier album full length, sorti chez Echozone en 2017, le voici de retour quelque quatre années plus tard. Et ce, doté de son second effort de longue durée intitulé «
Dark Chronicles » ; une galette d'une douzaine de pistes, dont trois singles («
Kingdom of Mirrors », «
Lionheart » et «
Morning Shots », écoulés successivement, l'année-même de la sortie de l'album), se dispatchant sur un ruban auditif de 69 minutes, signée, elle, chez Metalapolis Records. Enregistré aux Iguana Studios, l'opus n'accuse par l'ombre d'une sonorité résiduelle tout en octroyant une belle profondeur de champ acoustique. Indices révélateurs d'une plus sérieuse envie d'en découdre aujourd'hui qu'hier de la part de la formation allemande. A l'aune de cette nouvelle livraison, cette dernière peut-elle dès lors envisager de se hisser parmi les valeurs montantes de ce si concurrentiel registre metal ?
Une fois encore, la troupe a procédé à un remaniement partiel de son line-up. A bord du vaisseau amiral, nous accueillent désormais : Massimo Giardiello aux guitares, Richi Echeverria à la basse, Artur Schall aux claviers et au chant, Hendrik Edelthal-
Hammer (ex-
Scenes), en remplacement de Stefan Zimmerling (Lunatic
Dictator, Doppelbock, Ebbelwei Express...), à la batterie, sans oublier la frontwoman aux puissantes inflexions, Anna Rogg. Après la désaffection de la violoniste Francesca Schenk, c'est un quintet qui, désormais, nous ouvre ses portes. De cette nouvelle mouture émane un propos metal mélodico-symphonique opératique, cinématique et progressif, à la fois opulent, énergisant, délicat, un poil plus complexe mais guère moins poignant que son illustre aîné. Aussi, ses sources d'influence sont-elles dorénavant à chercher du côté d'
Imperia,
Xandria,
After Forever, ou encore
Stream Of Passion. La touche personnelle en prime, la fibre folk en moins, un changement de cap serait-il en train de s'amorcer ?
C'est sur des charbons ardents que nous projette en partie le collectif teuton, lequel marque alors ses premiers points. Ainsi, c'est pied au plancher que s'effectue la traversée de «
Morning Shots », up tempo aux riffs épais adossés à une frondeuse rythmique. Dans la lignée d'
Imperia, cet échevelant effort se dote d'un entêtant refrain mis en exergue par les chatoyantes impulsions de la sirène, lesquelles rappelleront celles d' Helena Iren Michaelsen (
Imperia). On ne résistera pas davantage à l'envie d'esquisser un headbang bien senti sur « The Queen I Am », tempétueux manifeste aux riffs acérés dans la veine d'
After Forever. Evoluant sur d'ondoyantes nappes synthétiques, octroyant de sémillants gimmicks guitaristiques et nous gratifiant d'une stupéfiante montée en régime du corps orchestral préalablement au dénouement final, le tonique effort poussera assurément à une remise en selle sitôt l'ultime mesure évanouie. Enfin, nous assénant de puissants coups de boutoir tout en égrainant ses riffs crayeux, l'offensif « Crystal Sky » nous octroie parallèlement d'insoupçonnés changements de tonalité et de rythme. Et la sauce prend, une fois encore...
Quand il retient un tantinet les chevaux, le combo parvient non moins à aspirer le tympan. Ce que révèle, en premier lieu, le ''xandrien'' mid/up tempo «
Kingdom of Mirrors », entraînant manifeste power symphonico-cinématique pourvu d'un léger tapping et de couplets finement ciselés, relayés chacun d'un refrain catchy. Egalement doté de profonds coups de tambour, de riffs crochetés et, par contraste, de délicates rampes pianistiques, glissant parallèlement sur une radieuse rivière mélodique où viennent se caler les saillantes inflexions de la déesse, cet aérien et fringant propos n'aura pas tari d'arguments pour asseoir sa défense. Dans cette mouvance, on retiendra non moins l'''imperien'' et bien-nommé mid tempo progressif « Symphony » tant pour la fringance de ses harmoniques et son fuligineux solo de guitare que pour la finesse de ses arrangements instrumentaux et son final en crescendo. Difficile, enfin, de résister à la vague de submersion qui va s'abattre sur nous sous l'impact de «
Home », grisant mid tempo symphonico-opératique au carrefour entre
Imperia et
Lyriel. Libérant de violoneux arpèges doublés de grisantes rampes de claviers, et doté d'enchaînements intra-piste des plus sécurisés, ce hit en puissance poussera peu ou prou à une remise du couvert. Mais le magicien a encore d'autres tours dans sa manche...
Une fois n'est pas coutume, nos compères ont opté pour le placement d'un instrumental symphonico-cinématique à mi-parcours. Une prise de risque en soi, parfaitement assumée et relevée de main de maître par le combo allemand. Ainsi s'inscrit le titre éponyme de l'opus, « The
Dark Chronicles », imposante et seyante pièce à la richesse orchestrale digne d'un générique d'une grande production hollywoodienne. Parsemée de notes orientalisantes et de choeurs samplés en liesse, cette intrigante plage offre ainsi une respiration judicieusement amenée et des plus enivrantes au fil de notre traversée.
Que l'aficionado d'intimistes moments se rassure, nos compères ne l'auront nullement laissé pour compte, lui adressant par là même leurs mots bleus les plus sensibles. Ce qu'illustre, d'une part, l'''imperienne power ballade «
Lionheart » ; une délicate et émouvante offrande synonyme de véritable invitation au voyage en d'oniriques contrées. Mis en habits de lumière par les câlinantes volutes de la maîtresse de cérémonie, instillé de sensibles gammes au piano, et calé sur une sente mélodique des plus enveloppantes, l'instant privilégié fera plier l'échine à plus d'une âme rétive. Et comment ne pas se laisser porter par les vibes enchanteresses jaillissant des entrailles de «
Unholy » ? Au fil des 8 minutes de cette ballade romantique jusqu'au bout des ongles, se déversent de sinueuses et truculentes rampes pianistiques sur fond de soyeuses nappes synthétiques. Et ce ne sont ni le poignant solo de guitare, ni les magnétiques envolées semi-lyriques de la belle qui nous feront lâcher prise de cette ''imperienne'' ronde de saveurs exquises, loin s'en faut. Pourtant bien plus concise et classieuse, «
Jane », elle, ne s'avère pas moins chargée en émotion. Une frissonnante outro drapée dans de la soie, à nouveau encensée par les pénétrantes modulations d'une interprète que l'on croirait alors touchée par la grâce.
Mais c'est à nouveau à l'instar de ses pièces en actes symphonico-progressives que nos acolytes seraient au faîte de leur art. Ainsi, c'est au cœur d'un vaste champ de turbulences que nous immerge « Bloodlines », ''nightwishienne'' fresque déroulant ses quelque 7:02 d'une traversée aussi mouvementée que galvanisante. Abondant en coups de théâtre, recelant un flamboyant solo de guitare à mi-morceau, surmonté de choeurs qui, progressivement, densifieront de leur présence l'espace oratoire, et mis en habits de lumière par les pénétrantes patines de la princesse, l'orgiaque méfait ne se quittera qu'à regret. Répondant à un souci de diversification atmosphérique, «
Desert Snake », lui, nous plonge au sein d'orientalisantes portées. A mi-chemin entre
Xandria (première période) et
Imperia, les 8:17 minutes de la luxuriante offrande nous font flirter avec de chatoyantes et magnétiques sonorités, que l'on croirait émaner d'un conte des Mille et Une Nuits. Encensé par les sensuelles oscillations de la belle et variant ses phases rythmiques à l'envi, l'enivrant et énigmatique méfait se fait des plus envoûtants.
Assurément l'une des gemmes de la rondelle.
Au final, le combo teuton signe un album d'envergure, à la fois volontiers enjoué, solaire, parfois complexe, romantique à ses heures, et pourvu d'un petit supplément d'âme. Tout comme son aîné, ce second opus jouit d'une production d'ensemble de bonne facture, témoigne parallèlement de la féconde inspiration mélodique de ses auteurs tout en recélant une technicité instrumentale et vocale difficile à prendre en défaut.
Plus varié que son devancier en matière d'exercices de style, consentant cette fois une légère prise de risque, sans pour autant accuser une quelconque longueur techniciste qui ne s'imposait pas, le nouveau-né permet dès lors au collectif germanique de se hisser parmi les valeurs montantes de ce registre metal. Et ce, même si l'ombre de ses maîtres inspirateurs plane encore sur nombre de ses arpèges d'accords. Ainsi se fait jour un second mouvement ayant valeur de bâton de maréchal pour la formation allemande...
Note : 16,5/20
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