East Coast vs. West Coast… Non, il ne s’agit pas d’une chronique d’un album de rap américain d’un « artiste » crachant sur un système dont il fait malgré lui intégralement partie depuis qu’une major l’ait sorti de son ghetto avec un chèque de plusieurs millions de dollars, mais bel et bien de la chronique du premier album d’un groupe de hair metal originaire de
New York qui contribua à prouver en son temps que
Los Angeles n’avait pas le monopole des entités les plus inspirées et les plus talentueuses du style que nous aimons tant et qui le matin nous donne irrémédiablement la banane avant d’aller travailler. En effet, la côte est du pays de la Star-Spangled Banner peut se vanter elle aussi d’avoir enfanté d’excellents combos du genre à l’image des légendaires et immuables
Cinderella,
White Lion,
Skid Row,
Britny Fox et autres
Danger Danger qui n’avaient alors absolument rien à envier au non moins mythiques Mötley Crüe,
Ratt,
Poison,
Warrant et autres
Pretty Boy Floyd à l’exception peut être du soleil et des palmiers de Sunset
Boulevard.
Formé dans le Queens de la Grosse Pomme en 1987 sur les cendres du groupe Hotshot par Mike Pont (vocaux), Bruno Ravel (basse) et Steve West (batterie) ;
Danger Danger ne perd pas de temps avant de recruter un nouveau vocaliste en la personne de
Ted Poley, d’étoffer son line-up avec les arrivées successives d’
Andy Timmons en remplacement d’un certain Al Pitrelli à la six-cordes et de Kasey Smith aux claviers, de signer en 1988 un premier contrat discographique avec le label
Epic Records et de sortir le 27 juin de l’année suivante un premier album éponyme baptisé bien entendu «
Danger Danger ».
L’album débute avec les paroles d’un robot nous invitant à devenir « naughty naughty », aucun doute dès lors ;
Danger Danger s’approprie les clichés du genre et fait donc dans le hair metal afin d’exalter en musique et à sa façon les joies du sexe, de la drogue et du rock n’ roll comme l’ensemble de ses nombreux confrères, à l’exception de
Stryper bien sur qui prône quant à lui des choses qui sont clairement susceptibles de faire avancer l’Homme dans la bonne direction comme tendre son œil gauche lorsqu’il se prend un uppercut dans l’œil droit ou de s’arracher ce même œil et de le jeter le plus loin possible quand il a le malheur de croiser une très jolie femme dans la rue. Encore et toujours la même sauce que ce pop metal fluorescent pour jeunes pucelles décervelées et pour la plupart appareildentairisées donc, mais qui s’en plaindrait ? Ultra stéréotypée, on ne peut plus dénuée d’originalité et plus que jamais en état de saturation en cette année 1989, on ne se lassera sans doute jamais de cette musique colorée qui savait au contraire des styles à têtes de gondole d’aujourd’hui concilier talent et aspect commercial exacerbée et ce pour le plus grand bonheur des fans et des magnats de l’industrie musicale d’alors. Frais, enthousiaste, inspiré ; « Naughty Naughty » se veut être à l’image du disque dans son ensemble : très bien produit, hyper efficace et surtout très bien exécuté instrumentalement parlant. Dans le même genre, les excellents « Saturday Nite », «
Bang Bang », «
Rock America » et autres «
Live It Up » avec ses lignes d’harmonica et de cuivres imparables qui feront très certainement leur petit effet chez les fans de sleaze rock.
Garantes d’une identité musicale hautement qualitative, les prestations de
Ted Poley et d’
Andy Timmons, les deux leaders scéniques et charismatiques incontestés du combo glam new-yorkais. Alors que Poley magnifie les onze titres constituant ce premier effort éponyme d’un timbre vocal sachant transporter les émotions comme aucun autre et n’ayant aucun équivalent en cette époque fertile en ersatz de
Vince Neil et de Steven Tyler ;
Andy Timmons gratifie quant à lui l’auditeur d’une impressionnante démonstration de guitare grâce à une technique et à un toucher uniques le plaçant incontestablement sur la planète des branleurs de manches virtuoses de la décennie 80. Faut-il rappeler qu’il participa en guest star à la tournée du G3 de 1996 et qu’un certain
Steve Vai a dit de lui qu’il était l’un des meilleurs guitaristes rock de sa génération ? Si l’atmosphère générale de l’album se veut être plutôt enjouée et empreinte d’un enthousiasme sans faille, ce dernier laisse cependant une place prépondérante à des titres plus mélancoliques et mid tempo à l’instar des magnifiques « Under the Gun », « Don’t Walk Away », « One Step from
Paradise » (qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le « 2 Hearts » de Toto ») et autres « Feels Like Love ». Puissantes et inspirées, ces odes à l’amour vrai et sincère cristallisent incontestablement la beauté pure de ce possible chef d’œuvre du hair metal que constitue ce «
Danger Danger ». S’il fallait s’auto-infliger la torture d’en choisir une parmi les quatre ; la ténébreuse « Under the Gun » dont la magnificence s’avère être décuplée par la prestation vocale echoïsée d’un
Ted Poley à l’émotion des plus communicatives remporterait peut être un peu plus du quart des suffrages.
Un excellent disque donc que ce premier album éponyme de
Danger Danger qui, n’ayons pas peur des mots, s’avère être un petit chef d’œuvre du style sleaze rock/hair metal tant la perfection semble hanter les moindres recoins de la galette avec une insolence déconcertante. Stéréotypé à souhait et on ne peut plus conventionnel dans son identité conceptuelle intrinsèque, «
Danger Danger » possède néanmoins ce paradoxe intéressant d’être une œuvre singulière et sortant finalement de l’ordinaire notamment grâce à l’énorme travail de composition de Bruno Ravel et de Steve West conférant puissance, mélodisme et émotions aux titres du disque, à une très bonne production signée Lance Quinn (Talking Heads,
Bon Jovi) et à des musiciens maitrisant leur sujet sur le bout des ongles à l’instar d’un
Ted Poley charismatique et d’un
Andy Timmons hallucinant de technique et de feelings sa six-cordes à la main. Rappelant parfois
Def Leppard,
Bon Jovi ou encore Toto ;
Danger Danger possède néanmoins une personnalité propre et assurera à l’auditeur un excellent moment d’écoute à travers ce premier opus qui n’a malheureusement jamais eu le succès escompté.
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