« Oyez Oyez braves gens !
Le monde est en proie au chaos. La prophétie n’a pas eu lieu. Une rupture spatio-temporelle étrange a ouvert notre monde à la merci de cruels envahisseurs mécaniques. Ils sont là. Ils sont intelligents. Ils sont en avance. Nous sommes perdus braves gens. La fin approche. Nous n’avons qu’un unique espoir…il se somme Shun…mais il est actuellement porté disparu. »
Introduire le concept barré et hallucinatoire de "Crazy Mac", des fêlés de
Ufych Sormeer, ne sera jamais chose aisée. Des créatures cybernétiques héritées du futur qui viennent dans un monde médiéval fantastique, disons que l’idée initiale n’est pas à proprement parler très conventionnelle.
Convention ? Ce second opus en fera fi de A à Z, jouant avec, les tournants en ridicule pour aboutir à un résultat unique et novateur, que les quelques aventureux auditeurs ayant osé sauter le pas ne pourront que s’enorgueillir de partager.
Etre signé chez Holy Records n’est jamais un hasard. Possédant un catalogue d’ovnis musicaux tous plus expérimentaux les uns que les autres (
Kadenzza, SUP,
Elend,
Division Alpha,
Trepalium,
Orphaned Land,
Rajna…), les parisiens de
Ufych Sormeer ne pouvait pas être un groupe de plus dans la sphère sclérosée du métal actuel.
Proposé dans un digipack relativement proche des produits Holy, la présence d’une carte dépliable à la place du livret, ponctuée de nombreuses blagues de parts et d’autres, mets plus ou moins au parfum.
Mais on en oublierait presque le concept. Shun. Qui est ce Shun ? Sauveur et héros d’un monde fantasque mais curieusement très réel, comme une magnifique parabole d’une existence en réalité très proche de la notre. Shun est un fainéant, un joueur, un voleur que le jouissif "Shun Loafer" se permet d’introduire. Et la claque fut énorme…
Une voix très mélodique entame les premiers riffs, une production très synthétique, collant parfaitement à la schizophrénie à laquelle se livre le génial et proprement déglingué Bizour (chant, claviers, guitares et composition). Une bonne humeur très communicative s’élève de sa voix, que l’on rapprocherait sans problème d’un
Michael Kiske, sans jamais oser parler de caricature ou d’une insultante copie. Faites de cassures rythmiques improbables (un gros travail de batterie), de soli envahissant l’atmosphère, d’une double pédale savamment dosé et surtout d’une certaine folie salutaire, ce premier morceau et son accélération finale à la double pédale (l’influence des fils spirituels de
Helloween,
Edguy, se fait alors ressentir) nous plonge dans un monde charmeur, accueillant, emplie de bonne humeur.
Mais c’était sans compter sur les esprits de cinglés qui forment le groupe. Expérimentant au maximum ce que l’enregistrement numérique peut offrir, les gens du Nord n’hésitent pas à cumuler les couches de sonorités improbables, les breaks complexes et techniques hérités du prog, des paysages sonores plus brutaux et sombres, reste de leur jeunesse black. Rien ne se ressemble, chaque composition est un nouveau voyage déluré dans des esprits certes joyeux mais pas forcément normaux. Mais quel plaisir. Car loin de rendre le tout indigeste, ce sont ces arrangements, ces sons sortis de nulle part, inégalement mis en avant ou non, s’intégrant à la musique selon leur bon vouloir (il faut comprendre que chaque son étrange n’est pas mis en valeur, rendant la production plus homogène) et surtout conférant à l’ensemble une très grande cohérence.
Il n’y a qu’à écouter le début de "
The Order Forces
Strike Back!" Pour s’en convaincre. Quelques secondes cybernétiques, un premier riff, des vocaux black, d’infimes notes de piano sorti purement des cieux, puis un gros riff heavy aplatissant tout, avant de voir le titre se lancer sur une première mélodie et une quantité innombrables d’arrangements vocaux (un vrai schizo ce Bizour…), de samples très spatiaux. Le tout dans une ambiance fortement heavy métal et catchy, presque digeste et logique, où l’auditeur pourra tour à tour secouer la tête ou être subjugué par la variété sonore (le travail de mixage a dû être colossal).
Nous pourrions évoquer également les étendus désertiques et ambiantes de "
Mechanism of a
Cold Macrocosm" (que l’on rapprocherait presque de l’univers onirique et mystérieux de Jean Michel Jarre) ou "
Deviant Local
Universe", laissant une interprétation plus grande à la profondeur musicale du groupe, loin de se poser en uniques alchimistes fous sans queue ni tête.
A l’inverse, une furie comme "
And Oneria Falls…" irait plutôt des côtés d’un
Mr Bungle sous amphétamines croisé avec un
Faith No More des grands jours pour certaines interventions vocales de dézingués, l’ensemble saupoudré de riffs des plus puissants et belliqueux (Dave Mustaine es-tu là ?) et de quelques blasts intelligemment placé mais toujours avec une maestria et une personnalité forçant le respect et l’admiration. Celle de la personnalité. Car si l’on peut trouver des traces d’influences un peu partout, cette symphonie haute en couleur et en caractère bati le son d’
Ufych Sormeer, entamé sur la précédente démo "The Whimsical Have a
Dream".
Démo sur laquelle on retrouvait le jouissif "Space Cowboys", parvenant à compresser en trois minutes la folie interne d’un groupe définitivement au dessus du lot. Une pluralité de voix, des breaks imbuvables de prime abord, des riffs pourtant d’une puissance thrash inouïe et surtout ce refrain clair se retenant en une seule écoute.
Le tableau se révèlera quasi parfait avec l’impressionnant "The Vendorian
Rebellion", fresque épique de plus de huit minutes, débridée et intense, éthérée et planante, aussi belle que puissante. Des chœurs angéliques, puis complètement loufoques, suivent les différents protagonistes de l’univers d’
Ufych Sormeer, comme le fera un certain
Devin Townsend avec son Ziltoid quelques mois plus tard.
La France vient d’accoucher d’un monstre expérimental qui, sans avoir la motivation de devenir un jour culte ou même fédérateur, démontre que la musique peut et doit encore dire des choses nouvelles à qui veut bien les entendre. De jeunes groupes, avec autant de talents et d’originalité, certainement hermétiques au plus grands nombres, mais qui trouveront un public parmi les plus ouverts d’entre nous. Et bon dieu que c’est bon ! Et comme l’annonce le livret… « Je ne serais guère étonner que vous décidiez de rester plus longtemps que prévu sur les terres d’
Ufych Sormeer… ». Et comment ? Triple dose !
Sont t'il encore actif ?
Chronique parfaite.
Par contre je n'adhère vraiment pas à leur zique...
Suis-je fermé d'esprit? Je ne pense pas , sachant que mes goûts en métal vont de ACCEPT à MORTICIAN , en passant par S.O.D. et TYPE O NEGATIVE.
Mais là j'avoue que je bloque, l'expérimentation musicale trop poussée est un refouloir total pour moi...
Quant au clip de "Shun loafer": ridicule à souhait.
Ceci n'est que mon avis, tant mieux si d'autres personnes sont moins étroites du bulbe que moi...
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