Bouh !
Voici une bonne demi-heure, alors que j’écris ce que vous lisez, que je me demande comment commencer ce texe. Compte tenu de tout ce que ne se refuse pas le groupe dont nous allons parler, je me suis permis d’écrire le premier mot qui me passait par la tête. Et puis comme cela, j’aurai une intro de chronique un peu différente de ce que je pond d’habitude… C’est bien de changer… Enfin, pas toujours ! Ou, dans certains cas, peut-être croit-on que ce n’est pas bien au début, alors que cela se révèlera excellent ensuite (comme je suis profond)… Il faut du temps pour appréhender ce qu’on lit, ce que l’on regarde, ce que l’on écoute… voire même ce que l’on crée ! Comment être sûr, alors que l’on est encore au stade de la découverte, que notre avis à propos de ce qui vient de s’ouvrir à nous ne changera pas au fil du temps ? Ca fait peur, non, un début de chronique tel que celui-ci ? Théories hésitantes, histoires de changement, phrases presque plus profondes qu’un gobelet… et surtout ce tout premier mot, quel effroi… Non ? Moi, j’ai eu peur. Ufych m’a fait peur… Ils ont fait … Bouh !
Ufych, «
All Stars ». Ou plutôt
Ufych Sormeer, comme c’est marqué sur la tranche du boîtier. Ah, non, sur la face avant j’ai quand même une étiquette qui indique « ex-
Ufych Sormeer »… Eh bien, premier constat, la santé mentale de ces français ne va pas mieux (et à vrai dire c’est paradoxalement plutôt rassurant). En effet, ceux qui suivent le groupe depuis le début (et ils ne doivent plus être très nombreux ces fans de la première heure, étant donné que le Black
Metal du disque initial a été subitement mis au grenier pour passer à … autre chose) savent pertinemment qu’il ne faut pas s’attendre à un disque que l’on pourra facilement classifier, l’album «
Crazy Mac » (2006) jouant allègrement avec toutes les influences du groupe, permettant à des couplets quasiment Electro de côtoyer des refrains qui s’envolent et un break
Hard Rock, laissant les blasts précéder des passages planants, le tout saupoudré dans les titres les plus barrés de solos de sifflotements et autres rots.
Après cette expérience, ceux qui ont rangé «
Crazy Mac » du côté des hautes sphères de leur discothèque n’attendaient certainement qu’une chose : la suite. Un album du même acabit, voire encore plus dingue (quel grand rêve…).
Arrive 2010. Arrive cette suite. Arrive «
All Stars ». Arrive un cowboy armé de pistolasers sifflant sans doute d’une allure enjouée la mélodie d’un vieux western sur fond de claviers seventies jouant un air futuriste. Il pousse la double porte si classique dans l’ouest (l’ouest de la galaxie, ça va de soi), les rires s’arrêtent le temps de quelques secondes… Et l’ambiance reprend de plus belle dans le « Galactic Saloon ».
Ainsi, ce premier titre se met en marche, et le groupe ne nous a pas menti au sujet de l’ambiance que je vous décris ci-dessus, ou, comme ils le disent si bien, au sujet de ce « western space cartoon x fun²
Metal Rock » (je pense qu’on ne pourra définitivement plus me contredire sur ce que j’ai dit de leur santé mentale). Un titre en effet très « fun », où l’ambiance de saloon est par petites touches retranscrite, se mêlant à une basse assez en avant et à des riffs enjoués. Les courtes interventions amusantes que l’on pouvait trouver sur l’excellent « Space Cowboys » sont toujours de la partie, dont quelques courts passages ponctués de guitare sèche sauce country, ou encore un clin d’œil aux Guns n’ Roses où l’excellent Bzour prend un timbre rappelant sans aucun mal celui d’Axel
Rose. Ajoutez un break inattendu et survitaminé, et «
All Stars » démarre fort !
Seulement, là où la ligne de conduite de «
Crazy Mac » était purement et simplement la folie, menant les musiciens à assouvir toutes leurs envies de délires, ici on s’en tient à ce qui a été convenu : un space western sous la forme d’un album de
Hard assez déjanté. Le groupe a été tellement loin lors du précédent effort dans le « n’importe quoi maîtrisé », qu’ici tout paraît plus convenu. On aimerait être étonné comme à l’écoute de «
Crazy Mac », mais il semblerait qu’une telle surprise metallique ne puisse être forgée qu’une seule fois par les mêmes mains. On retrouve les rots prêtant à sourire bêtement, les solos où les membres sifflent, tout cela est toujours bienvenu et aussi bien placé, mais c’est tout simplement devenu comme une marque de fabrique. De plus, exit les quelques blasts de «
Crazy Mac » (un changement de batteur à noter, au passage) et les parties plus extrêmes dans la composition, c’est bien cette fois un album orienté
Hard. Personnellement, j’ai trouvé cela assez dommage, le « bouh » a été très difficile à encaisser.
«
All Stars », sur ma liste noire de 2010 ? Eh bien … non ! D’abord ai-je résisté à cette envie. Ensuite ai-je résisté à l’envie de le retirer de ma liste noire. Mais il faut l’avouer : ce disque est bon. Comment ne pas avoir envie de remuer à l’écoute de «
Dream Land », quoiqu’à la première écoute – la pilule du changement ayant du mal à passer – on peine à y trouver son compte ? Cette chanson possède un excellent refrain, et toujours ces orchestrations bizarres (le claviériste n’utilise que des instruments qui datent des années 70 – 80), ces sifflotements mélodieux sur un final plein de panache où la basse répond à la batterie et à une guitare clean en mode wah-wah… Pareillement, une fois le morceau appréhendé, comment, mes amis, ne pas bouger comme un dingue et lever les bras pareillement à ces personnages présents sur l’artwork à l’écoute du monstrueux riff de « The Grand
Architect » ? Un morceau où le feeling est roi, rendant le tout à la fois moins inattendu que par le passé mais lui conférant aussi une redoutable efficacité.
Comment ne pas se laisser transporter par les ballades de ce disque ? « Starfisherman » est d’une douceur angélique avec ses airs de guitare sèche superbes et ces petites nappes de claviers enjouées, on ressort de l’écoute avec un sourire aux lèvres. Mais le crime honteux serait de ne pas parler de « My
Wild Country Friends ». Bonne ballade dans sa première partie, dans la droite lignée de « Starfisherman », et carrément exceptionnelle par la suite. En effet, après un très bon solo à la guitare sèche et une dernière répétition du couplet, c’est un final toujours aussi calme mais vraiment superbe qui clôturera le morceau, avec un entremêlement de chœurs graves et plus haut perchés (répétés a capella tout à la fin) sur lesquels Bzour chantera sans relâche « We’re Lonesome Cowboys ».
Cela dit Ufych, génie de la composition s’il en est, n’est pas à l’abri des erreurs. On pourra dès lors pointer du doigt « Scary Manor » avec son histoire (qui paraît un peu hors-sujet d’ailleurs) de maison hantée contée durant plus de 7minutes progressives et un peu longuettes malgré une bonne entame, « The Traveller », une ballade certes sympa mais nettement en deçà des autres et peu originale, ainsi que « Cybercity Cops » qui, malgré un premier couplet sur fond d’Electro endiablée se fourvoie un peu dans sa partie finale (surtout à l’écoute des chœurs qui rappellent un peu ceux de « My
Wild Country Friends », erreur d’après moi gênante lorsqu’on connaît l’inventivité d’Ufych). Allez, puisqu’ils m’ont fait peur (mais si, vous savez, « bouh »), je vais être méchant et ajouter que « Modern Gods », au riff typé Indus, aurait pu être plus courte quand même.
Et pourtant, dès que « Westbound Lane » vient nous faire rêver en fin de disque de façon, à nouveau, calme (dire que ces mecs on composé du Black
Metal…), mais sublime, l’envie se fait sentir de tout excuser au groupe, jusqu’au moindre faux-pas. Le lonesome cowboy de l’espace trace sa route vers le Soleil couchant ou non (tout dépend s’il a déjà quitté l’atmosphère après tout), et semble nous promettre qu’il reviendra.
Oui, nous tenons là un album très bon, unique en son genre je pense dans le milieu du
Hard, jouissant d’une production carrément en béton armé malgré le peu de renommée du groupe, un disque qui détient quelques morceaux plus faiblards mais nombre de pépites (qui se révèlent au fil du temps, qu’au départ je veuille y croire ou non). Tout cela pouvant réchauffer le cœur de fort belle manière, un pincement taquinera toujours ce même organe à l’idée que le groupe le plus déjanté de France … s’est finalement calmé. Je vous laisse découvrir après achat si cela fait désormais partie de vos projets les très bonnes « Time Trip » et « Death Choice » car un peu de surprise ne fait jamais de BOUH !! … … de mal.
15/20 (7,5/10)
Un peu d'humour très bien placé, et une excellente description des titres.
Pour un album qui pourtant n'as pas l'air facile à chroniquer, et puis bonne idée de mettre la note sur 10 à côté.
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