Alors que le Death
Metal fait un retour en force avec d’un côté l’avènement de nouveaux groupes (
Nile,
Anata,
Hate Eternal,…) et de l’autre le second souffle de ténors comme
Malevolent Creation et
Morbid Angel, le Black
Metal se voit à son tour récupéré par des combos souhaitant s’éloigner des préceptes et adoucir leur musique pour éventuellement toucher un plus large public. Ceci est particulièrement vrai pour le Black
Metal dit symphonique avec une multitude d’opportunistes ayant piétiné allègrement l’authenticité du style, ou tout simplement indigne de leur dénomination (spéciale dédicace à Mystic
Circus).
Obsidian Gate ne mange pas de ce pain là et n’a cure de placer un single mielleux sur MTV. Le trio de Düsseldorf s’installe donc dans sa ville au Tollhaus Studio et y met en boite un deuxième album de Black
Metal symphonique dans les règles de l’art, nommé
Colossal Christhunt (2001).
Au cas où nous l’aurions oublié, les envolées de Urgewalten rappellent immédiatement leur mentor musical
Limbonic Art. Toutefois l’ambiance n’est plus purement galactique comme dans le bien nommé
The Nightspectral Voyage : on y distingue des velléités plus guerrières et antiques, à l’image de la pochette, tirée d’une toile de maître représentant un gladiateur victorieux piétinant ses victimes dans l’arène.
Les compositions sont plus travaillées que sur le premier opus, les orchestrations de Marco et Daniela ont gagné en maturité. Les nappes de clavier sont plus subtiles, moins effrénées et trépidantes que par le passé, mais suivent un schéma plus complexe. On y trouve d’ailleurs plus fréquemment des lignes superposées différentes mais complémentaires. Les experts en écriture musicale au sens strict y verront une avancée, tandis que les inconditionnels de la pureté originelle regretteront une légère perte d’authenticité et de folie.
Même si les structures sont légèrement plus complexes, l’esprit reste le même, la sensation de tempête "Black sympho" est plus que jamais présente sur Behold the
Imperial Rise, titre épique et dynamique mettant en lumière une autre de leur influence majeure :
Bal Sagoth. Afin de parfaire leur concept,
Obsidian Gate parvient à nous immerger en plein empire romain sur la remarquable
Dux Bellorum, qui là encore peut faire penser aux anglais (
Blood Slakes the
Sand at the
Circus Maximus tiré de Battle Magic). L’enchaînement avec le terrible Of Purest
Pandaemonium est le temps fort de l’album : un titre immersif et narratif suivi d’un autre extrêmement violent, rapide et intense, avec cette fois un bon travail sur les guitares. Cette sensation d’overdrive symphonique omniprésente sur leur premier album se retrouve donc de temps à autre, notamment sur Tide of the
Envenomed Oceans.
La longueur des chansons a diminué de façon notable : de 5 titres pour presque une heure, nous nous retrouvons avec 6 pour 45 minutes. On y gagne en concision, mais on regrette l’absence des très longs titres à tiroirs héroïques qui faisaient la particularité de
The Nightspectral Voyage.
Ne s’occupant guère des modes en vigueur du moment,
Obsidian Gate perpétue tout simplement la tradition d’un Black symphonique pur, non pollué par la modernité aseptisée et / ou le mercantilisme. Hélas, bien que distribué par
Napalm Records,
Colossal Christhunt ne connaîtra qu’un succès d’estime dans l’underground, sans parvenir à s’imposer réellement, le groupe splitera d’ailleurs en 2003 après un ultime EP, avant de se reformer en 2007 sans résultat tangible jusqu’à présent.
Vu la rareté du produit à l’heure actuelle, il vous faudra hélas débourser une somme colossale pour acquérir ce bon disque…
BG
Mais bon, assez parler de bouses, revenons à Obsidian Gate qui a complètement affirmé sa personnalité sur ce second opus. L'ultra-symphonisme de Nightspectral Voyage n'était pas qu'un feu de paille, et encore moins une tentative opportune de coller à un passé récent. Rien de tout ça, Obsidian Gate enfonce le clou dans les orchestrations qui envoient du lourd (et en remettra encore une couche sur l'EP The Vehemence, en une évolution logique).
On note juste quelques quelques petits effets de claviers cosmiques dans le 1er morceau, comme quelques poussières d'étoile faisant le lien avec l'astre Nightspectral Voyage.
Pour le reste, cet album a un rendu nettement plus chaud, tel le sable de l'arène des combats de gladiateurs et des courses de chars.
Le concept Rome Antique est bien retranscrit et s'impose à mesure que chaque titre se découvre, avec Dux Bellorum en intermède-clé pour une seconde partie d'album imparable à ce niveau-là.
Malgré tout, j'ai été un peu déçu en le découvrant, l'aspect plus batailleur et concis de cet album l'ayant rendu moins envoûtant à mes oreilles. Je continue à le placer aujourd'hui un cran en-dessous du fameux Nightspectral Voyage, question de feeling.
Mais attention, on a quand même bien là une œuvre de black sympho imposante et inspirée, comme on n'en trouvait déjà plus beaucoup à cette époque (la prochaine véritable claque que j'ai ressenti dans le genre étant l'immense "Farthest from the Sun" d'Apotheosis, l'année suivante ... signé chez NAP, comme par hasard).
Et pour finir sur un petit extra culturel : la toile dont est tirée la pochette est "Le pouce renversé" de Gérôme.
Merci de ta précision et de ton commentaire qui rejoins à peu près mon ressentie. Moi aussi je le trouve un peu moins prenant que The Nightspectral Voyage comme expliqué dans ma rédac, mais ça reste effectivement du haut niveau.
J'ai bien ri en lisant le jeu de mots final de la chronique, un peu moins en voyant les compatriotes de Mystic Circle discrédités une fois de plus... Il est vrai que ce groupe n'a pas une discographie parfaite. Certaines sorties sont un peu foireuses sur les bords, d'autres tout simplement moyennes, mais j'ai quand même été séduit par la période "Drachenblut" / "Infernal Satanic Verses" qui, à mon sens, témoigne d'une vraie inventivité de la part des Allemands. Je conçois très bien que tout le monde ne soit pas réceptif à ces deux albums, mais je pense qu'ils valent le détour, d'autant que ce n'est pas demain qu'ils passeront sur MTV...
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