Voici le premier album-studio du groupe anglais
Moss après plusieurs et démos et splits avec des noms pas moins prestigieux :
Nadja et
Torture Wheel, pensez donc !! Les précédents enregistrements démontraient bel et bien que
Moss était un groupe inédit, viscéral et d’une dépression exacerbée. On se souviendra notamment des deux titres partagés avec
Torture Wheel, d’une animosité et d’une aura suintante comme rarement on en a entendu depuis les premiers albums d’
Esoteric. «
Chtonic Rites » est (rassurez-vous) du même acabit, et peut-être, même, d’avantage supplicié. Du moins tout aussi cru et malsain.
Inutile de tourner autour du lombric, cet album est pour ma part l’une des plus grosses claques que j’ai prise ces derniers temps. De l’ambiance clapoteuse et boueuse aussi épaisse que
Bunkur et Wormplehgm, de l’hystérie psychédélique des deux premiers albums d’
Esoteric couplée à la déviance ectoplasmique de
Sunn O))),
Moss atteint une limite aberrante de l’indicible monstruosité.
H.P Lovecraft peut se targuer dans sa tombe (qui j’espère est bien suintante) d’avoir su influencer par son esthétique de la décomposition, du grouillement organique et de la terreur visqueuse bon nombre de médias culturels que ce soit le cinéma, la littérature, les jeux vidéos et la musique.
Moss n’y fait pas exception à la règle en appliquant une aura humide sur les deux titres constituant «
Chtonic Rites ». Pour cela les musiciens n’ont aucune craintes à nous faire plonger aux tréfonds de l’hémisphère, au milieu de ruines cristallisées, de marais nauséabonds et autres sites contenant on ne sait quelle infamie perverse.
Musicalement, cela donne un rythme effroyablement pesant, sans structure apparente, tout aussi lourd et terrifiant que peu l’être un
Shoggoth, des guitares « drones » dégoulinant d’une malveillance putride, bien que cet album reste plus « abordable » (on se comprend) que certains disques de
Sunn O))), sans omettre une voix déchirante, légèrement résonnante (à la
Esoteric). La durée excessive des titres (vingt et trente minutes) jointe à une production bourbeuse en renforce l’impression de se trouver projeter dans la vase, le limon, au cœur de la fange et de l’abjection.
Putride comme c’est pas permis, et en toute sincérité,
Moss dépasse haut la main le dernier album de
Sunn O))), « Black One », lui-aussi plus « abordable » mais restant avant tout un hommage sincère à la scène black. «
Chtonic Rites » renferme cette volonté d’aller plus loin, plus profondément donnant la nette sensation de plonger sa main dans une masse faisandée, spongieuse et dégoûtante. Une logique de la sensation pour le moins obscène, pourrait-on dire...
Si l’on excuse, le fait que l’album dure 66.06 minutes (admirez un peu) nous faisant coltiner près d’un quart d’heure de silence avant une conclusion moyennement probante, donnant plus l’impression de presser le concept jusqu’à la dernière goutte, le premier album de
Moss est une perle insalubre. Un disque que les fans doivent se procurer au plus vite (limité à 500 copies) et tout simplement l’un des meilleurs disques de doom extrême (style « suintant ») produit à ce jour.
Le véritable MUST de l’année 2005 !!!
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