Depuis leur dernier effort en 2011, les Stéphanois d’
Heavylution ont vécu des années bien remplies. Entre nombreuses dates de concerts, dont les premières parties de
Lordi et Paul Di’Anno, et changements de line-up, stabilisé il y a seulement quelques mois, c’est dans une ambiance agitée qu’a pris forme, lentement mais sûrement «
Children of Hate ». «
The Architect », leur dernier EP en date, avait montré une belle progression, s’appuyant sur son aîné tout en l’améliorant, et laissait présager d’un avenir radieux pour le quintet. Après deux ans d’attente, il est temps de voir si ce nouvel opus sera à la hauteur de nos espérances.
C’est sous le signe du professionnalisme qu’
Heavylution fait son retour. «
Children of Hate », c’est un son plus clair, enregistré avec brio au Freddy Kroegher Studio, et masterisé par nul autre que Mika Jussila de chez Finnvox. C’est aussi la fin de l’autoproduction, puisque le groupe a récemment signé avec Brennus Music (
Satan Jokers,
Killers,
Manigance…). Le disque bénéficie également d’un livret soigné et d’un très bel artwork signé Stan W. Decker, sous forme d’hommage à Iron Maiden.
Si la forme a su évoluer, le fond n’est pas en reste. Là où «
Metal Is Our Blood » et «
The Architect » restaient dans le domaine du Heavy, lorgnant discrètement vers le Thrash, sur «
Children of Hate » cette tendance subtile s’impose pour de bon.
Heavylution clame haut et fort son amour pour des groupes tels qu’
Iced Earth et
Anthrax.
Plus rapide, plus technique, plus brut, l’album nous livre des pépites du genre : «
Obsession », « Mind Avulsion » et « The
Exodus » en tête. Si les changements de line-up auront affecté la composition du combo, comme le montre la basse (assurée par Freddy Kroegher pour pallier le départ d’Alexis) un peu trop en retrait hormis sur «
The Eye will Control », les membres restants du groupe assurent une prestation parfaite : La batterie continue sur la lancée des précédents EPs, puissante et affirmée, la grosse caisse de Laurent roulant comme le tonnerre - l’intro de « The
Exodus »… quel punch ! Les guitares hurlent avec férocité et le jeu d’Olivier vient parfois emprunter les chemins du Death, avec des soli qui n’ont rien à envier aux frères Amott. Enfin, une nouvelle facette de Paul se révèle : une voix plus grave au phrasé rapide et incisif - à la limite du haché - rappelant le chant d’Hetfield sur « Death Magnetic ». La voix toujours impeccable du frontman vient se poser sur des textes dans la tradition Thrash : le livret reprend allègrement les thèmes abordés dans «
The Architect », avec ce même nihilisme, ce même univers sombre dirigé par les médias et ses « All Seeing
Eyes » (devenus «
The Eye will Control »), manipulant les masses, instillant la haine comme moyen de contrôle allant cette fois jusqu’à l’embrasement du monde et la mort du système comme en témoignent les paroles de « The
Exodus ».
Thrash mis à part,
Heavylution perpétue la coutume du mid-tempo glissé au fil de l’écoute, si chère à de nombreux groupes, en nous offrant deux ballades
Power vibrantes d’émotions, à savoir : la combative «
Spirit Never Dies », avec une montée en puissance suivie d’une fin en apothéose, et la mélancolique « Future is on Your Side », composée de doux arpèges menant à un solo poignant, dont les paroles nous enjoignent à espérer : tout n’est pas perdu, un futur meilleur est toujours possible.
Malgré ces différents registres,
Heavylution porte bien son nom, rappelant qu’à la base de tout était le Heavy. «
Children of Hate », chanson éponyme de cet opus, également premier clip de l’album, a des airs de futur classique. Rapide, puissant, entrainant, le titre a tout pour plaire : une intro simple mais efficace, un solo exécuté d’une main de maître, un chant digne des plus grands… D’ailleurs, sur ce dernier point, Paul prouve qu’un bon chanteur de Heavy, ce n’est pas forcément une copie de Mr Dickinson en se détachant progressivement de l’influence du maître. «
Burn Out » offre de véritables morceaux de bravoure guitaristique, et «
Fight for
Changes », le morceau de clôture de l’album, est vraiment représentatif du style du groupe, dans la veine de «
The Architect » d’un point de vue musical comme littéraire. Rappelez-vous des paroles de « Keep Going »… la même volonté de se battre pour un monde meilleur, la même promesse d’avenir et de liberté. Du pur
Heavylution.
Le seul point négatif de l’album serait la délirante « Balls of Steel ». Si cette « Mano-sformation » n’est pas une mauvaise chanson en termes de composition et d’interprétation, et si tous les auditeurs auront souri à la lecture du texte, oscillant entre hilarité et consternation, elle aurait davantage eu sa place à la fin du disque, en guise de bonus-track. Et ce, en raison des paroles de ce morceau venant ébranler la cohérence d’un livret jusque là parfait.
Au final,
Heavylution nous livre un album résolument mature, véritablement professionnel, tout en trouvant un son, une patte qui lui est propre, dans un genre où tomber dans le piège du copier-coller est extrêmement simple. «
Children of Hate » explore de nouveaux horizons avec habileté, sans pour autant s’y perdre, et se montre à la hauteur des espoirs que les fans du combo stéphanois avaient placés en lui. A présent, il ne reste plus qu’à voir comment le quintet défendra son nouveau bébé sur scène…
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