C'est animé d'une furieuse envie d'en découdre que ce jeune quintet de metal alternatif espagnol revient hanter les studios. Ce à quoi on pouvait s'attendre suite à l'introductif et incandescent EP «
Never Coming
Home » sorti il y a trois ans déjà. Oscillant toujours entre metal et rock, sans chercher à remettre en cause ses fondamentaux, le combo barcelonais aurait élargi le champ des possibles et mis les bouchées doubles, nous octroyant cette fois un vivifiant album full length ; auto-production où s'égrainent 9 pistes inédites sur un ruban auditif d'une durée quasi optimale de 37 minutes. Cependant, la question que nous nous posions au sujet de son précédent méfait reste d'actualité : Dans un contexte de forte croissance en groupes de metal à chant féminin de tous bords, quelles seraient ses atouts pour ne pas nous égarer au beau milieu de cet espace auditif particulier ?
Signe que le collectif ibérique demeure fidèle à ses principes et à ses convictions, il n'a modifié en rien son line-up. Ainsi, se retrouvent impliqués dans le projet : la charismatique et puissante chanteuse Eve Nezer, l'adroit guitariste Jordi
Domínguez, le guitariste Aitor Torres, le bassiste vrombissant Jose Escobar et le batteur à la frappe sèche Álvaro García. Ayant souhaité conférer davantage d'emphase à son propos, la troupe s'est octroyée les compétences du guitariste Marco A. Papiz (Donuts
Hole) sur «
Never Coming
Home II » et du vocaliste Arthur
Hard (We
Exist Even
Dead) sur « Shades Falls into Oblivion ». Soucieux de s'éloigner quelque peu de son prédécesseur, le groupe a souhaité conférer davantage de densité oratoire à son message musical. Aussi, nombreux sont les refrains où le corps vocal s'est densifié, auxquels ont collaboré : Ferran Fabà from (All I Am), Sergi Gallardo (Woodchuck, Dr Wolfestein), Nia Gamboa et Chibi Valkyrie.
Sur les plans logistique et artistique, le combo aurait également mis les petits plats dans les grands. Produit par Marco A.Papiz l'album a été mixé, enregistré et mastérisé, pour la première fois, au PLYGRND Studio. Ce qui n'a pas été sans effets sur la qualité plutôt flatteuse de l'acoustique de la galette. Concernant l'artwork de la pochette, d'obédience fantastique et au trait affiné, il est l'oeuvre de Hiya. Ce faisant, il contraste fortement avec celui de Jun Matsuura ; la lueur bleue qu'enserrent deux mains tendues vers le ciel, symbole d'espoir, tranchant avec l'imagerie guerrière du précédent opus. Autant d'indices révélateurs d'une mise en valeur du set de compositions du combo, lui-même doublé de paroles à la plume empreinte de maturité de ses auteurs, Eve Nezer et Al Garcia.
Pour la première fois de son histoire, et non sans inspiration, le combo nous octroie une cinématique entame semi-instrumentale aux arrangements d'excellente facture. Ainsi, doté d'une céleste empreinte féminine et investi par d'enveloppantes nappes synthétiques, «
Embers » se déploie et nous enlace progressivement, nous faisant pressentir que le spectacle qui va se jouer rompra définitivement avec les tâtonnants débuts du projet...
Le plus souvent, et conformément à ses aspirations hard rock, le groupe nous projette dans de dynamiques séries de notes, à l'image d'une dévastatrice instrumentation et d'un schéma oratoire de la Belle et la Bête bien plus impactant aujourd'hui qu'hier, dispensé par la sirène elle-même. Et quand la sente mélodique se fait avenante, la magie opère immanquablement. L'impulsif et orientalisant mid tempo «
Dolmen » à la rythmique sanguine et aux riffs massifs en est une illustration ; titre frondeur, aux fines variations, où déambule une lionne à l'organe musclé, dans la veine d'
Ela, qu'elle dissémine sur de grisants refrains, corrélativement à des screams glaçants. On retiendra encore «
More Than Fear », dans la lignée de Revamp, pour son fin legato à la lead guitare, ses riffs en tirs en rafale, ses refrains catchy et son emphatique chorale, venant en contre-point des assauts de la rugissante vocaliste.
Dans une même énergie mais un poil plus déjantés se calent l'offensif «
Ark Flesh » et le claquant «
Dark Ages », mid/up tempi investis tous deux de riffs ébouriffés, dans la lignée de
Satyrian. Si leurs refrains estampés
Bif Naked s'avèrent entêtants, leurs couplets ne s'avèrent pas moins aptes à générer un headbang subreptice. Et comment ne pas succomber aux infiltrants et originaux harmoniques de « III Faces » ? Investi par un solo en voix de contrastes au taquet, le tumultueux manifeste ne lâchera pas sa proie d'un iota...
Quand nos compères desserrent la bride, qu'ils nous plongent dans des espaces ouatés, ils parviennent sans mal à stimuler notre fibre émotionnelle. Un secteur inexploré jusqu'alors et qui leur sied à merveille. Ainsi, on sera séduit par le sensible picking à la guitare acoustique et happé par les radieuses séries d'accords de « The
Myth (Eurydice's Death) » ; power ballade servie avec les honneurs par la maîtresse de cérémonie et d'où s'échappe un délicat solo de guitare. Bref, un moment privilégié propice à l'apaisement de nos âmes et que pourraient leur envier
Delain,
Ancient Bards et autres
Imperia.
En revanche, certains passages nous laissent plus circonspects quant à leur pérennité dans nos mémoires. C'est le cas du vrombissant «
Never Coming
Home II ». Bien qu'animé d'une fulgurante rythmique, d'un riffing corrosif difficile à prendre en défaut, de prégnants gimmicks et de puissantes impulsions de la belle, le méfait peine à convaincre eu égard à ses pâles oscillations mélodiques et à un cruel manque d'allonge. Et quand les colères de l'instrumentation tendent à noyer la mélodicité d'ensemble, le chaland non averti ne tardera pas à lâcher prise. Ainsi, le cheminement harmonique du démoniaque « Shades Falls into Oblivion » se fait si terne et le relais couplet/refrain si flou que les vigoureuses attaques de screams auront bien du mal à nous rallier à sa cause.
Force est de constater que les progrès accomplis par le jeune combo espagnol depuis ses débuts sont réels. Si l'identité stylistique ne s'affirme pas tout à fait, ce qui le singularise encore peu de ses pairs, le quintet a veillé à varier ses atmosphères et ses phases rythmiques, à étoffer son offre vocale et à diversifier ses exercices de style. A cela s'ajoute une production d'ensemble aussi fringante que rigoureuse, aux finitions passées au peigne fin, et témoignant d'enchaînements inter pistes bien mieux négociés qu'auparavant.
Si certains passages auraient mérité quelques portées plus affinées, le groupe a élevé d'un cran le niveau de ses prérogatives. Pour son retour, la troupe nous livre alors une œuvre à la technicité instrumentale assurée, aux mélodies plus travaillées en profondeur, cristallisant un potentiel à ne pas passer sous silence, déjà pressenti sur le précédent effort. A l'aune de cette offrande qui aurait comme un parfum de revanche sur son passé, la formation espagnole a donc une belle carte à jouer pour espérer s'imposer parmi les valeurs montantes du metal alternatif à chant féminin. Bref, une affaire à suivre de près...
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