Il a fallu cinq ans au groupe de
Doom psychédélique de San Francisco pour nous offrir une nouvelle œuvre : un nouvel album complet s'entend, puisque la jolie et envoûtante Jex nous a entre-Temps offert un EP,
Witness, en 2010, qui contient trois morceaux inédits.
Entre leur première galette, "
Jex Thoth", spontanée porteuse d'une beauté mourante et déchirée, et celle-ci, "
Blood Moon Rise", la bande à Jex a connu quelques changements : la basse a passé aux mains de Danny Gonzalez, la guitare entre celles de Matt Jacobs, la batterie entre les jambes de Nick Ray Johnson, et M. Brandon Newhouse ajoute une seconde guitare. Autant dire que "quelques changements" se révèlent être un doux euphémisme, et que Jex a fait le ménage !
La pochette, toujours aussi artistiquement dessinée - l'expression est douteuse, mais quelle autre ? - de la main de Sami Hynninen, n'abandonne pas le thème de la Nature puisqu'on y voit une jeune femme - Jex elle-même ? - allongée au pied d'un
Arbre sous une couverture fleurie, éclairée par des rayons solaires sortis d'on-ne-sait-où. A l'arrière-plan par contre, cela se complique : une main - celle de Dieu ? -, des troncs, une fleur dans la main droite à l'avant-bras tatoué, alors que trois flèches sont soutenues contre le corps de la fille par la main droite.
Le psychédélisme et les sens cachés sont toujours légions chez nos Californiens, et je pourrais passer encore pas mal de Temps à disserter sur le sens de tel ou tel détail. Néanmoins, rappelons-nous que sur "
Jex Thoth", la femme guerrière se tenait debout, ici elle semble se reposer ; à vous de choisir le sens du verbe "se reposer".
Une première écoute de l'album permet de se rendre compte d'au moins une chose, le groupe a diversifié sa musique.
Plus de légèreté, eh oui, on s'envole au-dessus des contrées dessinées dans les paroles de Jex. Le premier titre précédent les huit autres est plus qu'une introduction, c'est un avertissement : "Rappelle-toi ceci mon ami, moins tu as à enterrer, plus nous continuons de collecter, plus nous avons à porter", ainsi traduis-je approximativement. Suit la première surprise ; "The Places You Walk" est un titre rock rappelant les Hives ou un groupe moderne du genre, mais c'est le seul - l'album continue ensuite dans la lenteur originelle incitant à contempler et à ressentir.
Après le lourd et énigmatique "The
Divide" - qui introduit le violoncelle dans l'album ! -, après l'aérien et magnifique "Into a
Sleep" aux sonorités cristallines qui porte bien son nom puisqu'il fonctionne comme une berceuse, après l'instrumental "
And the River Ran
Dry", on a droit à la première grosse perle du CD : "Keep Your Weeds". Utilisée comme chanson promotionnelle - en témoignent Youtube et la page Facebook du groupe -, elle est la démonstration de l'évolution du groupe : un son plus clair, moins
Doom, et Jex a elle aussi une voix changée ; sur l'album éponyme - démonstration éclatante à l'écoute de "
Obsidian Night" -, les "vocals" de la jeune femme étaient tirées, un peu déchirées, alors qu'ici ses possibilités vocales ont bien augmenté pour plus de clarté, un panel plus large, une chaleur plus grande.
Si, enfin, je ne devais ressortir qu'un titre après "Keep Your Weeds", ce serait sans hésiter le dernier, "Psyar". Mis à part que ses thèmes principaux -la rencontre, la séparation, le voyage - me parlent énormément, il est le premier sur lequel Jex chante intégralement en duo avec... qui ? Ce n'est même pas précisé dans le livret ! Mais alors... la seconde voix ne serait autre qu'elle même ?
Cette ballade envoûtante nous entraîne sur la Route, à découvrir quelque chose de plus sur nous-même, jusqu'à retrouver l'Autre auquel on fera tourner la tête grâce à un mot secret hurlé : "psyar". L'Autre, qui, selon l'hypothèse du duo de Jex avec elle-même, n'est autre que notre face cachée !
Et le solo de fin... Conclusion éclatante, mélancolique, introspective, note égrenée après note égrenée de la guitare d'un certain JD Guy.
La confirmation est parfaitement réussie - en ce qui me concerne. Cet album mystique aux atmosphères encore indéfinissables par le pauvre langage humain le confirme.
Personnellement, j'ai eu la chance de découvrir Jex Thoth par le premier album - d'où la sensation de décalé de mes deux chroniques -, qui a sonné comme un coup de cœur immortel, d'où ma chronique qui n'est que pur ressenti sur ce premier opus.
Mais tu... Non, je vais te laisser te régaler toi-même, la musique est avant tout du ressenti et non une analyse rationnellement stérile, pour moi. Et puis ma chronique en dit assez.
Cours, cours, achète-le !
PS : Oh, tu les a vus en concert... La chance !
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