Big Tings

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14/20
Nom du groupe Skindred
Nom de l'album Big Tings
Type Album
Date de parution 27 Avril 2018
Style MusicalNéo Metal
Membres possèdant cet album11

Tracklist

1.
 Big Tings
 03:34
2.
 That's My Jam
 03:16
3.
 Machine
 03:32
4.
 Last Chance
 03:59
5.
 Tell Me
 04:41
6.
 Loud and Clear
 03:31
7.
 Alive
 03:21
8.
 All This Time
 03:02
9.
 Broken Glass
 03:53
10.
 Saying It Now
 04:35

Durée totale : 37:24


Chronique @ JeanEdernDesecrator

24 Mai 2018

Assaut Marketing à base de Lolcats

Le reggae et le metal sont des genres opposés qui n'avaient a priori aucune chance de faire quelque chose ensemble. Pourtant, depuis que dans les années 80 (et même un peu avant), les Bad Brains avaient réussi le mélange explosif de reggae, funk et de gros hardcore, on pouvait s'étonner que peu de groupes arrivent à développer la formule.

C'est en 1993 avec les Anglais de Dubwar que la mixture de reggae, de rock à la The Police et de metal fît grosse impression - jetez donc une oreille au magnifique "Enemy Maker". Et outre l'originalité et la pertinence du mélange, c'est la présence incroyable au chant de Benji Webbe, aussi à l'aise dans le reggae, le funk et les hurlements velus, qui crevait les enceintes. Après 4 albums très versatiles dont les chouettes "Pain" et "Wrong Side of Beautiful" en 1995 et 96, Dubwar splitta en 1999.

Benji forma Skindred avec les rescapés Jeff Rose et Martyn Ford, pour prolonger le plaisir contre-nature, mais dans une optique plus ouvertement metal. Les premiers albums, particulièrement "Babylon" et "Rock Roots Riot", évoluaient entre hardcore metal, nu metal et fusion reggae, étaient plus méchants que Dubwar mais bien moins expérimentaux ; le reggae et le funk étant plus cantonnés au chant intenable de Benji et à quelques parties bien placées, et transpiraient d'un sens du groove sautillant et énervé. La marque de fabrique du groupe était aussi la facilité à pondre des riffs énormes et imparables, et le son était particulièrement heavy.

Malheureusement, après "Rock Roots Riot", Skindred commença à patiner dans la semoule avec ses albums suivants, moins bons, même si en apparence tous les ingrédients étaient réunis pour réussir. Le précédent LP, "Volume", faisait un back to basics, gros riffs et gros groove, mais tournait un peu à vide, manquant de sève.

J'avais donc perdu de vue la bande à Benji, persuadé que le groupe avait épuisé toute sa vitalité, et allait végéter en sortant des albums décevants à intervalle régulier.

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris l'artwork particulièrement douteux, représentant un espèce de lolcat avec blouson noir et lunettes de soleil. Le genre de truc qui vise plus les décérébrés qui cherchent un nouveau René La Taupe que les chevelus du cerveau que nous sommes. Ce ne pouvait être que du 3ème degré, si ce n'est plus, mais c'était le plus sûr moyen de faire fuir les derniers aficionados qui les suivaient encore...

Un frisson désagréable me rétrécit les grelots quand je vis que le concept de déguisement en chat trop cool et rigolo-lol était appliqué à un clip vidéo. 1er avril ?! Skindred veut faire le buzz chez les préados, et il veut que ça se sache. Le clip de "That's My jam" est effectivement plein de mecs déguisés en chats, en chiens, etc… on rigole… pas trop, mais la chanson est bien, je n'ai pas pu couper le clip et j'ai bien bu le calice visuel jusqu'à la lie.

Mais reprenons cette nouvelle sortie de Skindred par le menu. Le début du titre épo… oh, et puis non, je ne dirai pas ce mot… du premier titre de l'album, donc, heurte un peu ma sensibilité de gros métalleux. Avec sa boite à rythme funk marquant un rythme simpliste, et une approche pop racoleuse comme une paire de jambes qui roulent du cul (voir le clip stylisé sur Tutube), Skindred vise le single bankébeul (dites-le avec la voix de Nikos 2.0). C'est atrocement bien foutu, et les ficelles sont grosses. Il y a aussi une totale absence de scrupules difficilement pardonnable -le solo de la fin ressemble beaucoup à celui de "Madness" de Muse, tant dans la progression, l'habillage que dans la mélodie. Mais il faut avouer que c'est bandant comme tout.

"That's My Jam" continue sans vergogne dans le racolage actif ; ces cœurs féminins qui scandent "That's My Jam !" pourraient bien aller sur du Beyoncé. Mais c'est assez lourd, les guitares n'oublient pas d'être présentes, le son est vraiment parfait dans le style metal décalé catchy Triple A. On se demande si Skindred n'a pas cédé à son label et filé le chèque en blanc pour un plan marketing à base de lolcats.

"Machine" commence avec un riff bien méchant en mid tempo appuyé, et rappelle un peu ce que fait Skindred d'habitude. S'il n'y avait pas cet intermède un peu craignos chantant "Save my soul… rock'n roll", (pour faire chanter le public dans les concerts, coco) qui fait tâche, ce morceau serait une petite bombe.

Le sample de batterie inversée qui commence "Last Chance" est, si mes oreilles ne me font pas de farces, le même que celui qui ouvre le titre "Seeds of Love" de Tears For Fears. Hommage ou emprunt indélicat ? Je me demande, car ça n'a absolument rien à voir avec le reste du morceau. Pourquoi diable l'avoir mis ? Mais ce n'est qu'un détail vite oublié. Ce titre, où Benji pousse la ritournelle entouré de chœurs féminins pop en diable, n'a plus grand-chose de metal, si ce n'est une lourdeur telle qu'on peut la trouver dans du Drum&Bass ou du R&B. Heureusement qu'il y a un break à la Rage Against The Machine, où je ne serais pas étonné de voir Tom Morello en guise de guest.

"Tell Me" est à la fois une power ballade et du metal pour radio sur le refrain ; jolie sans plus, d'autant que Benji saurait bien nous tirer quelques larmes de plus s'il s'en donnait la peine.

" Loud and Clear" y va de ses petits "Wou Wouh !" comme le fait si bien Jahred de Hed PE. Sauf que ceux de Benji sont timides, comme si un mec de bon conseil lui disait par-dessus l'épaule "Vas-y coco, mets un Wou Wouh, là !". Le refrain survolé de guitares aériennes est assez réussi, et le chant rentre dans la tête. Je ne peux m'empêcher de penser que tout cela est trop gentil pour du Skindred… Le parallèle avec Hed PE est assez clair dans ma tête aux idées tordues : en son temps, le groupe de Jahred avait fait ce genre de démarche sur son album "Broke", en faisant un rap-metal au son XXL. Sauf que "Broke" était une réussite totale et cinglante, et sans avoir fait de réelle concession au music system.

"Alive" est encore taillé pour les radios et avec sa rythmique binaire, son refrain ou la guitare aérienne est encore de sortie. Là encore, c'est tellement fait pour plaire au plus grand nombre que ça en devient gênant. Les chœurs popisants sont omniprésents, fallait-il les rentabiliser à ce point ?

"All This Time" revient enfin un peu dans des notes plus métalliques, avec toujours des couplets très catchy, des refrains refrainièsques calibrés pour être chantés sous la douche ou dans la voiture. Skindred se laisse aller à un break franchement heavy, mais ça ne dure que quelques secondes.

"Broken Glass" a une rythmique funk/house, des petites notes aigües électro, groove bien, avec ses petites guitares gentiment planquées derrière la basse ronflante. Il y a des chœurs un peu ethniques, ce qui change un peu. C'est efficace, bien trouvé, et pas trop commercial.

Alors que le mélancolique "Saying It Now" se termine, avec sa guitare sèche et ses violons mélodies Zeppeliniennes tissées de violons et de guitare crunch, Skindred laisse entrevoir une facette qu'on ne lui connaissait pas et donne quelques regrets.

L'écoute de ce "Big Tings" me laisse sur une impression mitigée : sur les trois premiers titres, la mayonnaise prend, même si elle est un peu écoeurante. Ca tape du pied, et l'envie de réécouter est là. Mais sur le reste de l'album, avec de moins bonnes idées, et moins de patate, le soufflé retombe un peu. C'est ce qu'on appelle… un "album sympa". La loose, un album sympa, non ? Utiliser des moyens faciles pour happer le chaland, ça va pour les têtes de gondoles de la musique à date de péremption limitée, mais quel intérêt pour un groupe comme Skindred ?! Va-t-il exploser, faire la hype et remplir les stades ? Aucune chance, quasiment. Va-t-il rameuter ses fans égarés ? Ils risquent de partir définitivement, sans se retourner.

Et c'est bien dommage, car dans ses bons moments, ce Skindred est bien meilleur que celui -essouflé- des albums précédents. Mettre un peu de caramel dans son metal / fusion serait une bonne idée, si c'était fait avec discernement, et contrebalancé avec des éléments bien plus épicés. Encore faut-il en avoir le courage et l'envie.

4 Commentaires

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Groaw - 24 Mai 2018:

Merci pour la chronique !

Que dire que je ne te rejoins absolument pas sur ton analyse. J'ai vraiment adoré Volumes : peut-être un peu redondant mais ça envoyait la pâté, on avait toujours cette recette reggae-metal qui montre la véritable empreinte de la formation et on passait un bon moment.

Autant avec ce "Big Tings", on a absolument rien de géant et là où Volumes était déjà un peu redondant, on l'est encore plus avec ce nouvel opus. Alors ouais, c'est catchy, c'est très rock mais c'est absolument pas ce que l'on attendait de la part des Britaniques. On est dans une formation complètement générique qui a voulu se renouveller mais au lieu d'innover, ils n'ont fait que copier.

En comparaison, ça ressemble beaucoup à du Shaka Ponk (que j'adore pour information), la folie en moins.

Bref, je passe mon chemin pour cette fois.

JeanEdernDesecrator - 24 Mai 2018:

De rien !

La comparaison avec Shaka Ponk est assez intéressante, c'est pour dire que Skindred s'est éloigné de ce qu'ils font d'habitude - quoi que sur "Kill The Power", ça allait un peu dans cette direction. Je te rejoins aussi sur l'aspect génétique, c'est très calibré.

Mais quelques titres sont vraiment efficaces et sauvent l'album pour ma part - d'où ma note de 14. Sans ces 4 ou 5 titres, ça aurait été 11 ou 12.

Pour "Volume", bah je trouve qu'il lui manque l'étincelle qui fait tout péter, cet album me donne surtout envie de réécouter "Babylon" et "Rock Roots Riot". Mais c'est mon ressenti, il a tout pour plaire aux fans de la première heure, et je suis bien emmerdé qu'il me fasse pas d'effet :-).

En tout cas, Skindred est capable de beaucoup mieux, le prochain sera surement différent...

 

vincysteria - 25 Mai 2018:

Merci pour ta chronique!

Elle me refroidit un peu, j'écouterai l'album par curiosité mais sans en attendre grand chose.

rambo53 - 28 Mai 2018:

C'est caractéristique du groupe d'alterner une fois sur deux bons albums ou du moins sympa et un d'autre plus gênants... Oui j'ai aimé union Black, plein de choses intéressantes dedans je trouve.

Malheureusement au vu de ta chro celui ci me rappel kill the power qui alterne des titres monstrueux et d'autres particulièrement mauvais, je me suis toujours pas remis de Saturday...

Du coup ce sera la première fois que j'écouterais un de leur album avant d'être sur de me le prendre... 

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