Les formations metal symphonique à chant féminin finlandaises sont légion,
Nightwish et consorts ayant fait école auprès de pléthore de jeunes groupes, ceux-ci se succédant depuis plus d'une décennie déjà sous ces latitudes. Sans complexes,
Ravenia s'inscrit à son tour dans cette mouvance stylistique, influencé par l'atmosphère grisante et les arrangements de
Nightwish, l'ampleur du champ orchestral d'
Epica, la finesse des lignes mélodiques d'
Amberian Dawn, l'empreinte vocale de
Xandria (première mouture) avec le souci de vouloir faire évoluer son projet dans une visée toute personnelle. A cet effet, le valeureux collectif affiche une réelle détermination à en découdre, à l'aune de ce premier album full length de huit titres de longue durée sorti chez Inner
Wound Recordings, deux ans après «
Wingless », discret EP fondu dans un metal symphonique classique. Ayant gagné en maturité, le message musical se veut plus nuancé, couplant d'autres univers au chemin initialement emprunté. Il s'agit désormais de combiner la puissance, la fougue, les harmoniques et les plans techniques propres au genre et l'atmosphère frissonnante et enchanteresse d'une musique de grandes productions hollywoodiennes, sans pour autant tomber dans les travers de la grandiloquence ou opter pour un concept album. Ce faisant, nos compères se sont donnés les moyens logistiques, artistiques et techniques de leurs ambitions.
Formé en 2013 à Helsinki par le compositeur et guitariste Samuli Reinikainen et la parolière, compositrice et soprano Armi Päivinen, tous deux ayant oeuvré chez
In Silentio Noctis et
Dark Xandria Project, pour mener à bien son projet, le collectif a requis les talents du bassiste Toni Hintikka, du batteur Veikko Ringvall, des violonistes Ville Koponen et Erkki Lasonpalo, de l'alto Janne Ahvenainen, de la violoncelliste Juuli Ilmonen et du contrebassiste Tommi Laitinen. Sur plusieurs titres du présent effort intervient également Toni Paananen en batteur additionnel. Fin 2014, les neuf de
Ravenia, entrés au Lunamy
Creations Studio, se sont laissé le temps suffisant pour concocter leurs compositions et soigner leurs textes, pour accoucher de «
Beyond the Walls of Death » un an et demi plus tard. Ce qui se ressent sur la qualité de l'enregistrement, ne laissant place à aucune approximation, ni notes parasites, ni un son trop aseptisé, tout en offrant une stupéfiante profondeur de champ acoustique. Quant au mixage, laissé aux doigts experts de Nino Laurenne (
Wintersun,
Battle Beast,
Ensiferum) aux Sonic
Pump Studios, il équilibre parfaitement les parties instrumentales et vocales entre elles. En ce sens, il n'aurait rien à envier à celui de formations plus aguerries. Pour parachever de nous convaincre de la solidité du propos et d'une gestion efficace de l'ensemble, le mastering est signé Svante Forsbäck (
Sonata Arctica, Apocalytica,
Volbeat), réalisé à Chartmakers. Enfin, la partie graphique n'a pas été laissée pour compte, l'artwork étant du pendant de Jan Yrlund (
Apocalyptica, Korpikklani,
Leah...). Mais, embarquons sans plus attendre dans le vaisseau amiral pour une traversée mouvementée et émouvante, en quête d'un monde où cohabitent l'honneur, la guerre, la mort et l'espoir.
On est face à une œuvre où l'influence du cinéma, et de ses musiques en particulier, abreuve nombre de compositions, dont certaines se montrent particulièrement entraînantes. Et ce, à commencer par l'entame de l'opus. Des nappes symphoniques enveloppantes se conjuguent à une orchestration emphatique qui doucement se meut, avant de laisser tambours, rythmique et riffs nous fouetter le tympan sur « For Those We Forsakened », prégnante et entraînante plage metal symphonique dans la lignée de
Nightwish, première mouture, avec un zeste de
Xandria en toile de fond, eu égard au tapping délicat et martelant. En parallèle à ce délectable parterre instrumental éminemment violoneux, la soprano, tout en délicatesse et selon d'aériennes modulations, non sans rappeler Lisa Middelhauve, ne tarde pas à nous ensorceler sur les couplets comme sur les refrains, suivant un cheminement harmonique infiltrant. Le tracé mélodique joue davantage sur la séduction des nuances de tonalité, à l'image d'une enivrante musique de film, que sur de spectaculaires et rayonnantes combinaisons de notes. On entre dans la danse comme on en ressort, sans sourciller d'un iota, même en l'absence de variations rythmiques et de soli ostentatoires. Même traitement pour son voisin de bande. Epique et flamboyant, «
Into Oblivion » est un titre metal symphonique délivrant des riffs acérés étreignant une rythmique élancée, un poil syncopée, dans le sillage d'un
Epica de la première heure. Le cortège évolue sur des harmoniques, certes, convenues, mais en nous plongeant dans un bain orchestral emphatique d'où la section rythmique alterne les tempi, sans jamais se départir d'une ligne mélodique habilement étoffée. On pénètre alors au cœur d'une progressive tourmente à l'instar d'un film d'aventures. Si l'on est en quête de sensations ultimes, à l'aune de ce passage, on finit consciemment ou non par en éprouver. Puis, un break opportun calme le jeu avant que la reprise sur la crête du refrain ne vienne nous hypnotiser, notamment sous l'égide des claires envolées semi-lyriques de la déesse. Sans avoir à forcer le trait, la séductrice nous caresse le pavillon et on ne met pas longtemps avant de succomber à ses charmes oratoires. Un beau dégradé de l'instensité sonore s'observe et confirme l'impression d'un soin apporté aux finitions. Enfin, on entre au cœur d'une dense et soufflante forêt orchestrale sur l'émoustillant « There Is But One
Path », morceau symphonique orienté movie, où un riffing corrosif a pour corollaire une puissante rythmique renvoyant à
Imperia. La déesse marque de son sceau angélique couplets et refrains qu'elle se plait à enjoliver, mesurant alors ses envolées lyriques au point d'en neutraliser leur effet pour n'en garder que la fine fleur de ses célestes oscillations, pouvant alors paraître un tantinet linéaires. Mais, rien qui n'entrave véritablement le plaisir des sens insufflé par l'onde vibratoire nous entreignant sur cette luxuriante pièce aux accords d'une précision d'orfèvre.
Le combo a aussi alterné les plans rythmiques pour nous convier à de saisissants univers de constrastes. Ainsi, l'entraînant «
The Fallen » offre de généreuses variations de tonalité et mitraille par instants par ses assauts rythmiques tout en sachant desserrer la bride. A mi-chemin entre
Nightwish et
Epica, cet acte un poil précieux octroie une profusion d'effets et une instrumentation pléthorique et bien inspirée. De soyeuses et virevoltantes impulsions nous parviennent du rai de voix d'Armi, se calant sur les couplets pour en conférer tout le fondant, magnifiant des refrains qu'on entonnerait à tue-tête. On entre au cœur de l'action pour voir l'orchestration disséminer ses arpèges, comme si une tragique destinée allait nous attendre. On ne passera pas outre cette plage où la mélodicité a été élevée au rang d'un art. De son côté, l'imposante fresque « We Stand As One » flamboie par son assise orchestrale d'une confondante précision et suivant des portées complexes et scrupuleusement restituées. Lumineux par son cheminement mélodique, tout en variant ses effets et ses plans rythmiques, ce titre dantesque renferme des trésors d'ingéniosité technique et harmonique. Dans la mouvance de
Nightwish, les arrangements sculptent dans le marbre des séries de notes aussi invitantes que regorgeant d'armes de séduction massives. Un break bien placé se fait peu à peu aspirer par la reprise sur le couplet, habilement mis en habits de cérémonie par les volutes de la diva.
Le groupe a aussi pensé à ralentir le tempo, pour quelques moments non moins captateurs de nos émotions. Ainsi, une majestueuse et chevaleresque entame nous invite à pénétrer dans les arcanes du frissonnant «
We All Died for Honor », mid tempo épico-romantique aux faux airs d'une douce ballade, dans le sillage de la dernière mouture de
Leaves' Eyes. Une souple rythmique se fait escorter d'un énergique et léger tapping, sur une assise mélodique des plus magnétiques, notamment à l'abord du refrain. On évolue à la croisée des chemins entre les enchaînements de
Nightwish, les variations atmosphériques d'
Amberian Dawn, avec une touche d'
Apocalyptica sur les parties solo au violon. Autant dire que le voyage se fait sous bonne escorte, la belle, élevant son timbre à la façon de Lisa, rendant le moment empli de féérie. Nul doute qu'on y reviendra dès le premier passage clôturé. D'autre part, l'apparent tonitruant et polyrythmique « In
Silence » prend l'allure d'une vampirique power ballade à la jonction entre
Nightwish et
Xandria. Romantique à souhait, cette piste réserve aussi d'offensives embardées instrumentales, sous couvert de plans percussifs marqués et d'arrangements d'excellente facture. Si la ligne mélodique peut, par moments, rappeler Blackmore's
Night, l'empreinte vocale de la douce nous signifie que le groupe sait conférer à son message un caractère authentique. Malgré l'apparente linéarité du tracé mélodique, les ondulations vocales accolées aux séries d'accords dispensées peuvent porter l'estocade. Enfin, dans la veine d'
Ancient Bards avec une touche d'
Epica, la power ballade « When
Darkness Reigns » nous entraîne dans une ambiance médiévale du plus bel effet, mise en relief par les patines oratoires haut perchées et feutrées de la sirène, avec de faux airs de
Tarja. Comme pour témoigner de son aspiration aux nombreuses lectures de musiques de films, le combo nous livre des couplets finement ciselés, des portées aux harmoniques mesurées mais accessibles, et des refrains immersifs aisément inscriptibles dans la mémoire. C'est dire que le cheminement mélodique cristallise un travail rigoureux dans l'harmonisation des séries de notes pour en révéler toutes ses subtilités. On appréciera un pont technico-mélodique où dansent les violons, avant que la maîtresse de cérémonie, dans le sillage de
Katra, ne reprenne le flambeau pour ne plus nous lâcher, se faisant escorter d'un mur de choeurs, conférant à l'acte toute sa dimension épique.
Près d'une heure est déjà passée... On ressort de l'écoute de la roborative rondelle conquis par le professionnalisme affiché par le combo et avec le désir d'y goûter à nouveau, pour s'en imprégner encore un peu plus. On a davantage misé sur les subtilités atmosphériques, une indéfectible cohésion instrumentale, l'inscription de l'interprétation en symbiose avec l'orchestration, les mélodies voluptueuses, sans mièvrerie, que sur une technicité redondante ou complexe. Bref, on charme plus qu'on ne cherche la démonstration, in fine. Cela dit, on aurait peut-être souhaité quelques montées en puissance plus marquées, davantage de variété dans les propositions d'ambiances et les types de morceaux (instrumentaux, duos vocaux, hits...). Quoiqu'il en soit, la combinaison metal symphonique/musique de film n'est pas sans mérites, recelant un travail minutieux en studio, même si un brin d'originalité eût été appréciable. Aussi, pour un premier effort de longue durée, la troupe s'en sort haut la main, ayant réussi à nous retenir de bout en bout avec, au passage, une petite larme d'émotion perlant sur le visage. On conseillera donc cet opus aux amateurs de metal symphonique à chant féminin dans la droite lignée de ses sources d'influence et attirés par l'univers des génériques de films. Gageons que ce fructueux élan d'inspiration saura trouver un écho favorable auprès d'un auditorat élargi qui, précisément, devrait permettre au combo de poursuivre l'entreprise d'un projet qui ne demande qu'à évoluer.
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