Defiance, c'est avant tout un bon pilier de second rang, arrivé un peu tardivement, de la scène thrash bay area, avec une évidente dimension technique. C'est également l'histoire d'un groupe au potentiel certain dont toute la première partie de carrière fut plombée par une certaine poisse mais surtout par d'évidentes erreurs managériales
Après avoir connu de sérieux déboires de production qui ont plombé leurs débuts, que ce soit avec Jeff Waters d'
Annihilator pour "
Product of Society" ou à moindre mesure avec John Cuniberti pour "
Void Terra Firma", le groupe se dota enfin avec Rob Beaton d'un enregistrement au poil pour ce troisième opus "
Beyond Recognition".
L'enregistrement débuta en 1990 mais, comme si les mésaventures de studio ne suffisaient pas, l'addiction à la drogue de Steev Esquivel, viré une première fois mais rappelé une fois clean suite à l'insatisfaction procurée par son supposé remplaçant Matt Ulrickson de Militia, retarda la sortie jusqu'en 1992. Un timing très limite pour sortir un album de thrash...
Quoiqu'il en soit, l'album fut, à juste titre d'ailleurs, acclamé en son temps par la critique. Le groupe le considère aujourd'hui encore comme leur plus fine réalisation, mais là encore le manque de support apporté par Roadracer impacta négativement sur la réussite commerciale de l'album. Encore une tuile de plus, et on aurait pu croire qu'ils le faisaient exprès... Bref! Vous comprendrez maintenant bien le pourquoi du comment de l'anonymat du bébé dont il est question ici.
Aux premiers abords, "
Beyond Recognition" sonne un peu comme un album signé
Heathen ou
Metallica (ce qui revient un peu au même...) avec cette touche bien entendu
Testament, le chant de Steev Esquivel étant si proche d'un Chuck Billy que ça en serait presque suspect. Sur "
Dead Silence", la ressemblance frappe l'oreille. Avec en prime une cover signée Ed Epka; pas sa plus fameuse inspiration ceci dit en passant...; je ferais presque passer l'opus pour du classicisme ronflant. Que nenni! Bon, je vous l'accorde, un "
The Chosen" ne révolutionne rien mais sa présence intelligente permet à l'auditeur de donner des répères en terrain connu, et ainsi de pas le perdre.
Effectivement, toute proportion gardée, le disque est compte tenu de son époque un petit ovni et se classe parmi les précurseurs des albums thrash un peu expérimentaux qui pullureront durant toutes les années 90, un peu comme
Cyclone Temple et son "I
Hate Therefore I Am". D'ailleurs, certaines structure musicales comme dans "Perfect
Nothing" rappellent un peu ce dernier.
Le concept ici est de teinter le thrash d'élements de jazz fusion et d'une ambiance groovy à l'instar d'un "Step Back", tout en conservant un maximum d'intégrité grâce à un sens du riff acéré et un couple rythmique/basse soutenu, à l'image d'un "The
Killing Floor" qui introduit l'album avec du pur thrash speed des familles.
Le travail suscité du batteur Matt Vander
Ende conjointement avec le bassiste Mike Kaufmann s'admire tout particulièrement sur des titres comme le jouissif "Powertrip", dont le jeu de répétition colle parfaitement avec les rebondissements de la basse, ou encore "
Inside Looking
Out". D'ailleurs, pour l'anecdote, ce dernier titre accueille Dave White d'
Heaven, futur remplaçant d'Esquivel en 1993, qui l'accompagne lors des vocaux du refrain.
Enfin, les solos aussi ont le faux air de se déstructurer comme le ferait une bonne impro de jazz, par exemple sur "No Compromise" ou plus de manière plus vite sur le "Promised
Afterlife" qui clôt la boucle.
Que conclure si ce n'est d'admettre l'incroyable clairvoyance du titre de l'album? En effet, au-delà d'une reconnaissance qu'ils ont à moitié ruiné d'eux-mêmes, Defiance aura su proposer un travail remarquable avant de s'effacer plus ou moins de la scène pendant plus de quinze ans.
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