Depuis près de deux décennies, dans le registre metal symphonique à chant féminin, le Mexique s'impose en leader incontesté parmi ses voisins d'Amérique Latine. Pourvoyeur de moult talents, à l'instar d'
Anabantha,
Elfonia,
Fortaleza, Melphomene,
Nostra Morte, ou encore
Tetriconia, cette prolifique contrée continue d'essaimer ses formations de tous poils ; et ce, avec un rayonnement, pour l'heure, le plus souvent limité à la scène locale. Toutefois, un nombre sans cesse croissant de troupes caresserait le légitime espoir de voir se développer leur projet à l'international, dont ce jeune quartet originaire de Mexico répondant au nom d'Andadarius.
Aussi, habités par cette furieuse envie d'en découdre au-delà des frontières de leur terre natale, en guise de message introductif, nos acolytes nous livrent ce «
Between the Shadows » ; album full length où s'égrainent 7 pistes sur un ruban auditif d'à peine 33 minutes. Ainsi, deux ans suite à la création du groupe, en 2015, Emi (chant et claviers), Aldair (guitares), Oskr (basse) et Dan (batterie) nous convient à une œuvre metal mélodico-symphonique gothique et progressif à la sauce latina, dans le sillage de
Nightwish (première période),
Anabantha,
Xandria ou encore
Diabulus In Musica. Propos dans l'ensemble plutôt avenant mais hélas desservi par un persistant sous-mixage des lignes de chant et une qualité d'enregistrement laissant transparaître nombre de sonorités résiduelles et peu de profondeur de champ acoustique. Mais entrons dans la petite goélette en quête de quelques trésors insoupçonnés...
Ce serait dans les espaces rythmiques les plus enjoués que le combo marquerait ses premiers points. Ainsi, on retiendra d'une part, le mid tempo progressif «
Justice Dreams » pour ses grisants gimmicks à la lead guitare, sa basse claquante et sa stupéfiante montée en puissance à mi-morceau ; de l'autre, « Universo » impose à la fois une fringante et vitaminée rythmique et de fluides rampes synthétiques. Ces deux pistes auraient les atouts nécessaires à leur réussite, à commencer par leurs couplets bien ciselés, si elle n'étaient altérées par un gênant effet de compression de l'espace sonore. De plus, non seulement ces nightwishiennes offrandes se calent sur une sente mélodique pas franchement désagréable, mais manquant singulièrement de précision, mais elles concèdent aussi de flottants enchaînements entre couplets et refrains. Enfin, malgré les efforts de la déesse pour tenter de nous aspirer, d'indigestes faussetés se font sentir. Quant à l'entraînant «
Imperial », empreint des mêmes carences harmoniques, il ne parvient pas davantage à tirer son épingle du jeu.
Lorsqu'il ralentit un poil la cadence, sans se montrer malhabile, le groupe peine à encenser le tympan. Ainsi, en dépit de ses riffs incisifs et de sa basse féline, « De Regreso al Valle » ne trouve pas la clé pour nous happer. Dans le sillage harmonique d'
Anabantha, cette dynamique proposition s'embourbe dans des phases technicistes qui ne s'imposent pas et concède un manque de tenue de note de la part de la belle.
Plus gênant encore, on perd parfois le sillon mélodique de vue. Dans cette mouvance, « Antes de Partir » octroie bien quelques variations atmosphériques mais témoigne de bien peu d'oscillations mélodiques pour nous rallier à sa cause. C'est dire que, dans un cas comme dans l'autre, le risque d'une désaffection précoce guette le chaland.
Dans ses espaces intimistes, le collectif témoigne de beaucoup de sensibilité et d'une séduisante fibre latina, livrant de délicats mots bleus. La douce ballade progressive « I Lied to Me » en est une illustration. Fondé sur un touchant piano/voix, ce tendre message musical se pare de fins arpèges et de soyeuses volutes de la part de la maîtresse de cérémonie. Toutefois, la faiblesse de la charge émotionnelle contenue dans cette composition n'est pas de nature à générer la petite larme au coin de l'oeil. Ce que déploreront les aficionados de l'exercice de style.
Par ailleurs, nos quatre mousquetaires se sont aventurés sur un terrain délicat, celui des fresques symphonico-progressives, avec, à la clé, un résultat en demi-teinte. Ainsi, «
Between the Shadows » nous octroie 7 minutes d'un spectacle épique et fort en contrastes rythmiques, à mi-chemin entre
Nightwish et
Xandria (première mouture). Si les effets de surprise sont loin de manquer à l'appel, et si l'on perçoit un vibrant solo de guitare ainsi qu'un inaltérable et martelant tapping, le cheminement harmonique concède quelques irrégularités et l'appel de la sirène restera vain le plus souvent.
On l'aura compris, cette introductive offrande ne dispose guère d'armes suffisamment affûtées susceptibles de lutter efficacement contre l'actuelle et rude concurrence agitant ce registre metal. Les erreurs de jeunesse s'accumulant, l'auditorat ne pourra oublier l'empreinte de leurs maîtres inspirateurs ou encore les travaux de leurs compatriotes sus-mentionnés. Pour espérer nous rallier à leur cause, nos quatre mousquetaires devront penser à varier leurs phases rythmiques, peaufiner et diversifier leurs lignes de chant, retravailler en profondeur les suites d'accords, affiner les sentes mélodiques, et peut-être rajouter un zeste d'originalité à leur prochaine livraison. Sans oublier de soigner davantage l'ingénierie du son qui, en l'état, ne saurait dépasser le stade d'une démo. C'est dire que l'on attend une réaction de la part du combo s'il souhaite rester durablement dans la course. A bon entendeur...
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