Yeah. Dès le titre, ça a de la gueule, surtout emballé sous une illustration qui, bien que l’idée ne dévie pas trop de l’imagerie black-metal traditionnelle, a furieusement l’air d’avoir été bâclée par un étudiant en infographie moyennement doué. Bon, dur de partir d’une impression quasi guignolesque, surtout pour un premier “vrai” album, sorti judicieusement la même année que le disque culte de P.N… Dur d’avoir de l’écho en tant que contemporain- et compatriote- de ce qui a été LE pavé dans la mare BM de ces temps-ci.
Mauvaise foi, il est vrai; ces deux groupes ne proposent pas le même genre de musique, et nul doute que les détracteurs de l’un puissent être comblés par l’autre.
Hé ouais,
Balrog, malgré son lourd bagage sémantique- hop, une pincée de Tolkien, un peu de “satan” et de “terror”, l’art de marier différents courants- et ses corpsepaints opaques, trimballe un gros complexe : ça n’est pas que du black metal aussi cru que
Balrog -l’artiste et artisan éponyme, homme à tout faire du groupe- voudrait le faire croire dans ses propos et autres interviews proprement clôturées par le “hail satan” de rigueur. Non,
Balrog propose au contraire tout un programme louvoyant entre black et death; mais alors, dira le novice, nous aurions affaire à une collusion bruyante entre deux courants revendiquant leur extrémisme musical ?
Balrog ne serait qu’un énième projet bourrin sans intéret et de gout douteux, sacrifiés à l’appel du bruit ? Justement, non; car si
Balrog peut se prévaloir d’une légitime affiliation black par, en fait, plein d’aspects, ses riffs nous entrainent par moments du côté de la Suède et de sa scène honteusement -bouh !- mélodique. Etonnant de la part du chef blasteur de chez
Genital Grinder, et encore plus étonnant de voir qu’un groupe de BM peut cultiver un aspect “gentil” en regard de celui-ci.
Ce qui d’ailleurs se révélera le seul côté emmerdant de l’album.
Balrog invente sur le tas une production extrêmement claire privant la plupart des parties de guitare d’une salvatrice saleté atmosphérique, défaut quasi rédhibitoire parfois au vu de la longueur des riffs déployés; ce qui n’en fait pas de mauvais morceaux, mais à chercher un compromis entre la puissance death et l’atmosphère black, fait de certaines parties de véritables coups dans l’eau, alors qu’on devine qu’avec l’aide d’une batterie forçant par exemple plus sur les percus et d’un peu de disto, ils auraient pu être de véritables apothéoses.
L’artiste a heureusement plus d’un tour dans son sac et la formule connait parfois un réel succès; le hit de l’album reste le morceau “
Destroyer”, avec son riff démentiel en avalanche dès les premières secondes et sa rythmique martial. On constate que l’album est finalement digeste puisqu’au moment de l’exercice délicat d’appuyer ses dires par quelques exemples de chansons, pas mal d’entre nous reviennent en tête avec leurs riffs bien sentis, quelques instant délicieux ou le quota de haine est allègrement franchi… La voix ici étant, sinon un point fort, du moins un aspect familier aux puristes. On remarque d’ailleurs que l’emploi intermittent de la langue française est ici plus que tolérable, d’autant que les paroles développent le thème ( je vous fait pas un dessin) d’une manière poussée sans être ridicule : voir la folie de H’oref
Shah’or et, encore une fois, de
Destroyer.
La structure de l’album est également fort bien sentie, encadrée par deux intros/outros qui, il faut le souligner, sont absolument énormes : pas ici de synthé baveux en guise de descente aux enfers bidon, mais de la guitare acoustico-élec’ semi-grésillante, bruitages discrets et efficaces, grognements. Le chaos vient ensuite directement frapper, et maintient une tension convenable ( léger creux après
Destroyer et un wagon de morceaux plus mélodiques ) jusqu’à l’excellent
Ashes of Yrushalaim, du bon mélo, très bon. Commence et finit sur une bonne impression.
Après, il y a peu à ajouter : la batterie blaste sec, quoiqu’un peu étouffée. N’exploite pas tout son potentiel malgré un agencement simulant parfois bien le chaos le plus extrême. La basse ? Ne se fait pas trop remarquer.
Conclusion surprise : un excellent album donc, qui nourrira aussi bien les vieux du BM que les nouveaux venus en quête de sensations. Quoique les premiers risquent de trouver qu’il n’y a pas assez de disto, et n’auront pas tort. On ne saurai trop dire que évidemment, au grand concours du plus true à laquelle peut tourner la scène,
Balrog se disqualifie automatiquement d’une marge par ses choix- ou manque de clairvoyance. Mais cet album a établi un groupe compétent et inspiré, d'une technique sans faille et d'une brutalité évidente.
Un avis à ceux qui n’auraient écouté que le petit dernier Ars Talionis : BST est sans commune mesure. En mieux.
"Ars Talionis" est si sale et malsain qu'il dévaste la plupart des sorties actuelles des legendes. Un grand disque de black selon moi!
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