Fondé en 1998 par l'excentrique Markus Marjomaa, ancien chroniqueur musical excédé par le manque d'originalité des albums qu'il avait à juger,
Aarni (un esprit avare et maléfique du folklore finnois) est dès sa naissance un projet destiné à sortir du lot tant au niveau de la forme qu'à celui du fond. Inventant un prétendu Line-up constitué de créatures fantasmagoriques et décalées issues tout droit de son imagination, Markus, ou
Master Marjomaa comme il aime à se faire appeler, sort en 2001 et 2002 deux démos et un split avec ses compatriotes d'
Umbra Nihil, musicalement presque aussi barrés que lui. C'est enfin en 2004 que sort chez Firedoom Music (une branche de Firebox)
Bathos, son premier album dont nous parlons ici, qui sera par ailleurs remastérisé en 2010 sur support numérique.
Aarni, c'est déjà un meltingpot d'influences dépassant le cadre strictement musical pour s'aventurer dans les références littéraires (Robert
Anton Wilson, Alan Moore, le
Kalevala ou bien entendu Lovecraft, très important pour Marjomaa), philosophico-occultes (Carl Jung, Peter J Caroll ou Michael
Talbot) voir plus délirantes, Marjomaa étant par exemple un grand amateur du Principia Discordia. Pourquoi ces sources d’intérêt sont elles aussi importantes à mettre en exergue me demanderez vous ? Tout simplement car la culture de Markus Marjomaa est représentative et symptomatique de son travail musical. Au lieu de se contenter de parler de ses auteurs favoris, le finlandais intègre directement l'ambiance de leurs travaux à sa musique. Prenez l'horreur incompréhensible et malsaine de Lovecraft, prenez le folklore du
Kalevala, prenez l'étude du monde onirique de Jung, tous ces éléments se retrouve dans ce
Bathos accompagnés de dizaines d'autres références encore plus obscures, mêlées en un pot pourri étonnement cohérent. Car si une telle diversité produit souvent un sentiment de dispersion, le
Doom prog d'
Aarni y échappe en choisissant systématiquement la voie du plus bizarre. Quand l'étrangeté est le maître mot d'une œuvre, comment pourrait-on être gêné par son aspect non conventionnel ?
Un arsenal de sonorités extrêmement varié est ainsi utilisé tout au long de l'album. Sur une base plus ou moins axée
Doom Metal, Markus nous proposera donc des ambiances inquiétantes et mystiques sur Squaring the
Circle, dont les paroles comme récitées conviennent totalement au thème alchimique du morceau ou un aspect plus folklorique sur le très beau et presque enfantin par moment Quinotaurus, guidé par de superbes mais simples interventions à la flûte et accueillant au chant Sampo Marjomaa, personnalité télévisuelle finnoise (sans doute affilié à Markus) qu'on retrouve fréquemment en guest dans le groupe. Envie de planer un peu ? Essayez le calme, onirique et relaxant V.I.T.R.I.O.L avant de vous aventurer dans le grondant The
Thunder, Perfect Mindfuck, traitant de la Gnose et adoptant une outro prédisant l'étrangeté de l'instrumental
Mental Fugue. Et le voyage n'est toujours pas fini, car l'album vous propose également des ambiances plus exotiques et rituelles, des trips transcendantales et psychédéliques en pleine nature et même des influences Flamenco...
Destiné à ne rien faire comme tout le monde,
Master Marjomaa alterne de nombreux types de chants allant du relativement conventionnel Growl à des chuchotements plus mystiques, en passant par de un très bon chant clair et d'étranges marmonnements aux allures de mantra. Sans être techniquement génial son travail à ce niveau là correspond parfaitement aux ambiances et à l'étrangeté de l'album.
Vous aimez le bizarre ? Vous aimez entrer dans des mondes n'ayant que peu à voir avec le notre grâce à la musique ? Vous aimez les mélanges entre culture hétéroclite et sens de l'humour très particulier (jetez un coup d’œil au questionnaire proposé à la fin du livret)? Alors il y a de fortes chances que vous aimerez cet
Aarni (et dans le cas où vous avez répondu négativement aux questions précédentes, ce
Bathos ne sera sans doute pas votre tasse de thé, le Bizarre étant la force ET la faiblesse du finlandais). Découvrez ce
Doom Folk Rock Ambiant progressif et avant-gardiste, quelque part entre
Candlemass et Camel, et entrez dans le monde des champignons, où des esprits fans de Lovecraft et d'
August Derleth discutant de
Psycho-Philosophie et de magie du Chaos attendent votre arrivée. Bon voyage.
Merci pour la chronique.
Projet partagé avec : Jääportit
Umbra Nihil
et Caput LVIIIm
Plus d'un heure de musique illustrant l'oeuvre de Lovecraft et d'un plaisir redoutable ! ;-)
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