La présence de certaines entités musicales sur l’excellent site communautaire
Spirit of
Metal s’avère être on ne peut plus stupéfiante. C’est le cas de celle du légendaire combo de dark ambiant français Les Joyaux de la Princesse ; LJDLP pour les intimes ; dont la sulfureuse réputation idéologique n’a d’égal que l’aura mystérieuse qui l’entoure et le caractère magnifique et solennel de ses productions constituant d’un point de vue strictement matériel de véritables œuvres d’art à elles seules. Formé à
Paris en 1989 par un certain Erik Konofal, Les Joyaux de la Princesse fait partie de ces trop rares artistes pour qui la démarche qualitative et la liberté d’expression prévalent largement sur le quantitatif et sur toute forme de discours conformiste propre à la pensée unique gangrénant les « cerveaux » d’une masse répugnante et sordide.
Effectivement, les œuvres de Konofal autoproduites en nombre on ne peut plus restreints sont toujours assorties d’un packaging esthétiquement très élaboré (coffrets ornés d’étoffes et de métaux, parchemins, cartes postales, photographies notamment) conférant à ces objets une âme unique rendant fiers et privilégiés les heureux et rares possesseurs de ces pièces de collection. Hors de prix et pouvant nécessiter jusqu’à des mois de recherches et la prise de contact avec des individus peu fréquentables ; les productions des Joyaux de la Princesse s’avèrent refléter l’opposition orthodoxe de son géniteur au monde moderne et à ses absurdités. Véritables diatribes du modernisme, les travaux pamphlétaires d’Erik Konofal ont pu traiter depuis «
Aux Petits Enfants de France » de divers thèmes on ne peut plus intéressants et plus ou moins tendancieux tels que l’Occupation de la France au cours de la Seconde Guerre Mondiale d’un point de vue controversé, le mouvement de résistance allemand de la
Rose Blanche, la consommation d’alcool d’absinthe dans les cercles aristocratiques français au XIXème siècle ou encore l’Exposition Internationale des Arts et Techniques de
Paris de 1937. Ainsi, l’album «
Aux Volontaires Croix de Sang » paru en 2007 a pour concept l’Ordre de la Croix de Sang ; une obscure organisation militaire dissidente française des années 1920 et 1930 dont les livres scolaires d’histoire géographie n’ont jamais parlé, à l’instar de certains épisodes honteux de la décolonisation qu’il ne faudrait surtout pas associer aux belles valeurs de « liberté », d’ « égalité » et de « fraternité » du pays des Lumières et des Droits de l’Homme (rires).
Solennité, lancinance et charisme martial semblent être les expressions les plus à mêmes de qualifier le plus objectivement possible l’identité musicale de ce septième album de LJDLP beaucoup plus profond et viril thématiquement que les précédents opus «
La Voix Des Nôtres Présente Chantez Jeunesse » et «
Absinthia Taetra » sortis quelques années plus tôt. Atmosphères lourdes, ambiances sombres et discours impérieux d’époque s’entremêlent de façon on ne peut plus réussie pour offrir à l’auditeur des émotions intenses et mystiques dont seuls certains projets de dark ambiant ont le précieux secret de fabrication, à l’instar des géniaux et inénarrables
In Slaughter Natives,
Atrium Carceri,
Brighter Death Now, ou encore Raison d’être. « Sur la Tombe d’un Camarade » à l’honneur d’introduire une œuvre noire et violente de par sa capacité à vider l’âme de l’auditeur de toute forme de positivisme pour la remplir à son insu de sentiments névrotiques et torturés qui pourraient peut-être provoquer l’irréparable chez les individus les plus fragiles. Car effectivement, aucun répit n’est à prévoir au cours de l’écoute de ce disque pour qui ose s’y aventurer à ses risques et périls. Sournoise et espiègle, la violence musicale d’ «
Aux Volontaires Croix de Sang » réside parfois dans le silence de ses rythmes étouffés mais paradoxalement limpides ; décuplant ainsi les sentiments de gêne et de malaise que savent si bien générer les travaux les plus sombres d’Erik Konofal. « Champ des
Martyrs », « Pour Sauver l’Ordre » ou encore « Des Cris dans la Tempête » sont autant de magnifiques pièces de musique qui à défaut de nourrir l’âme de l’auditeur de façon positive et constructive, ne feront que renforcer le charisme du fort et anéantir le faible.
Car on ne sort jamais indemne de l’écoute d’un disque de dark ambiant d’obédience industrielle et martiale de l’acabit de cette œuvre majestueuse et hâlée ; mais son âme définitivement grandie et sa haine du monde moderne décuplée. Un chef d’œuvre du genre qu’il conviendra de réserver à un public averti voir initié. Amateurs d’art aseptisé et autres personnages se demandant encore si
Laibach s’avère être ou pas un groupe politisé ; passez votre chemin.
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