Luna est le projet solo de Demort, musicien ukrainien également membre du groupe de
Doom Death
Amily, et nous propose chez
Solitude Productions un premier album doté de plusieurs particularités aptes à attirer l'attention.
D'un point de vue stylistique,
Luna officie dans un
Doom essentiellement instrumental (je reviendrai sur ce point plus bas) oscillant entre
Funeral et
Doom Death et mettant fortement l'accent sur les claviers, qui se taillent ici la part du lion. Cela étant, si l'intérêt de l'album repose en grande partie sur l'attention accordée aux orchestrations, assez ambitieuses, les instruments métalliques plus traditionnels ne se contentent pas de faire de la figuration. En effet, plutôt que de proposer une simple "base" linéaire sur laquelle viendraient se greffer les arrangements, ce qui est assez commun dans ce style de one-man-band, la partie
Metal joue ici un assez grand rôle notamment dans tout ce qui concerne les montées et baisses d'intensité. La structure du morceau de presque 57 minutes qui compose l'album est de fait assez claire, de part son alternance entre passages assez lents et très typés
Funeral, séquences relativement plus rythmées, et interludes, chaque type de passage étant associé à des orchestrations particulières, pour un résultat des plus intéressants et doté d'un panel d'atmosphères assez variées, l'étiquette "Symphonic
Doom Metal" étant, une fois n'est pas coutume, appropriée.
La large gamme d'arrangements utilisée par Demort, allant des chœurs, tant féminins que masculins, à différents types de cordes, en passant par du piano et de l'orgue, est ainsi mise à profit pour plonger l'auditeur dans un certain nombre d'ambiances et d'émotions différentes. La référence faite par le label aux bandes-sons de film est de fait assez intéressante, tant l'alternance de séquences tour à tour mélancoliques et majestueuses, sombres et imposantes, et mystiques, gothiques et funèbres (à ce niveau-là, certains arrangements ne sont d'ailleurs pas sans rappeler le groupe principal du musicien ukrainien, en particulier au niveau des chœurs) est effectivement très cinématographique, le statut pratiquement instrumental de l’œuvre renforçant d'autant plus cette idée. Cependant cette comparaison n'est sans doute pas 100% pertinente: en effet, il manque peut-être à l'album un réel fil directeur, un schéma global, qui justifierait pleinement le choix de la piste unique et coordonnerait les différentes séquences de manière vraiment narrative, plus que purement musicale comme il semble que ce soit le cas ici.
Ce manque de structure globale vraiment ambitieuse, ou du moins l'absence de visibilité de celle-ci, n'est certes pas rédhibitoire, mais empêche sans doute
Luna d'exploiter l’intégralité du potentiel que sa personnalité laisse percevoir. En outre, la qualité sonore des orchestrations, si elle est loin d'être gênante, gagnerait sans doute à être améliorée si à l'avenir le musicien ukrainien cherchait à approfondir cette dimension cinématographique.
Notons enfin que si le choix du statut quasiment instrumental de l'album est finalement plutôt intéressant, il risque de s'avérer légèrement frustrant pour certains auditeurs, au moins lors des premières écoutes. En outre, le court passage vers la 34ème minute empêchant ce
Ashes to Ashes d'être considéré comme entièrement vierge de tout vocaux est plus que dispensable. Le peu de "growl" qu'il nous propose est en effet assez ridicule, et inutilement artificiel. Un défaut au final très anecdotique, mais qui risque de briser chez certains l'immersion dans l'atmosphère de l'album..
Ce premier album de
Luna est donc somme toute très intéressant, la personnalité du one-man-band étant particulièrement prometteuse et laissant espérer de très bonnes choses pour la suite. Si certains défauts de jeunesse demeurent présents, gageons que Demort saura à l'avenir mettre à profit l'expérience accumulée grâce à ce
Ashes to Ashes..
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