Ascending to Infinity

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17/20
Nom du groupe Luca Turilli's Rhapsody
Nom de l'album Ascending to Infinity
Type Album
Date de parution 25 Juin 2012
Labels Nuclear Blast
Style MusicalPower Symphonique
Membres possèdant cet album171

Tracklist

1. Quantum X 02:26
2. Ascending to Infinity 06:15
3. Dante's Inferno 04:57
4. Excalibur 08:06
5. Tormento e Passione 04:52
6. Dark Fate of Atlantis 06:30
7. Luna 04:16
8. Clash of the Titans 04:15
9. Of Michael the Archangel and Lucifer's Fall 16:02
a/ Alma Mundi
b/ Fatum Mortalis
c/ Ignis Divinus
Bonustrack
10. March of Time (Helloween Cover) 05:52
Total playing time 57:39

Chronique @ Eternalis

04 Juillet 2012

Plus que jamais vivant et au sommet de son art !

« Sans ambition, il n’y a pas de talent »
Nina Berberova

Ambition démesuré, prétention exacerbée ou égocentrisme assumé ; les qualificatifs pour décrire les compositeurs usant de méthodes grandiloquentes et majestueuses sont autant d’appels à la jalousie extérieure qu’au respect profond de la maitrise d’un art perdu.
L’histoire de Luca Turilli est intimement liée au dualisme amour/haine que procure son travail et son talent ; certains y voyant une volonté ostentatoire d’aller toujours plus dans la surenchère orchestrale tandis que d’autres y voient une forme d’absolu et une évolution ultime d’un style initial littéralement transcendé par la musique symphonique.

L’italien ira très loin avec son groupe Rhapsody (of Fire) dans lequel, à l’aide de son compatriote Alex Staropoli, il écrira deux concepts complets et complexes inscrits dans une imagerie médiévale/heroic fantasy que Tolkien n’aurait probablement pas osé renier. Mais voilà, ayant soif d’ailleurs et intarissable compositeur jamais reposé, l’italien pris également le temps d’écrire une trilogie en solo et de proposer un opus plus expérimental laissant libre cours à sa passion pour le chant féminin, la musique électronique et l’opéra (Dreamquest).
L’inévitable mais pourtant complètement inattendu arriva au crépuscule de l’été dernier : le split. Incapable de trouver un terrain d’entente sur le futur du groupe suite à l’épilogue qu’était "From Chaos to Eternity", Alex et Luca décide de séparer leur route en emportant chacun des membres du line up pour former deux nouveaux groupes.

Sans revenir sur l’imbroglio compliqué qui donna naissance d’une part à Luca Turilli’s Rhapsody et d’autre part à la continuité de Rhapsody of Fire, ni au pourquoi du comment de la question (voir interview pour plus d’information), il était certain que Luca, pas plus perturbé que ça par la séparation d’un duo que l’on pensait inoxydable, est déjà de retour à peine un an plus tard avec un premier album sous son nouveau line-up.
Signé chez Nuclear Blast avant même que la première note ne soit composée, Luca Turilli se dit lui-même avoir écrit sans pression, ne prenant cette fois-ci pas la décision de proposer un concept global mais une thématique à l’album qui évoquera différents sujets plus actuels que ce qu’il a pu présenter par le passé. Si Alex Holzwarth a enregistré toutes les parties de batterie, c’est désormais Alex Landerburg (Mekong Delta) qui est officiellement frappeur au sein du groupe, tandis que l’italien a gardé dans ses bagages son ami de toujours Dominique Leurquin (mettant en éclairage la question de l’intégration quelque peu maladroite de Tom Hess dans le line-up officiel de Rhapsody of Fire à la sortie de "From Chaos to Eternity") et Patrice Guers à la basse. C’était évidemment du côté du micro que la question se posait…et lorsque le nom d’Alessandro Conti fut révéler, chanteur de Trick or Treat, il était difficile de se faire une idée réelle du potentiel du jeune italien. Cependant, autant être clair rapidement, le vocaliste illumine l’album de son talent, de son timbre incroyable et de versatilité sans commune mesure amenant l’album vers des sommets stratosphériques que nous n’aurions pu espérer avant les premières écoutes complètes de l’album.

La patte de Luca Turilli est reconnaissable entre mille sur ce disque, et les premières impressions sont, assez logiquement, que rien n’a forcément changé sous le soleil italien. Bien que Sascha Paeth ne se soit pas occupé de la production, laissant ce rôle à son compatriote Sebastian Roeder, le son reste globalement assez proche de ce que nous connaissons de lui bien qu’on puisse remarquer une prédominance des chœurs et des claviers (réalisés par Luca lui-même) vis-à-vis des guitares. "Quantum X", introduction cinématographique par excellence, bombarde directement l’auditeur d’une armée de chœurs et de cuivres grandioses et sombres dans la veine des travaux de Hans Zimmer ou Howard Shore. La narration, très éloignée de celle de Christopher Lee, marque une scission nette avec Rhapsody of Fire avant un morceau éponyme dans la droite lignée de ce à quoi nous pouvions nous attendre, même si l’excellence du chant d’Alessandro Conti laisse pantois. Proche du Michael Kiske des années 1980, ses envolées sont exceptionnelles de lyrismes et de techniques, dénichant des notes improbables sur une musique toujours aussi speed, énergique et technique.

"Dante’s Inferno" va en revanche dans la direction que suivra cet opus par la suite, plus proche de Luca en solo. Impossible de rester de marbre face aux mélodies vocales éblouissantes d’Alessandro, tout comme ces orchestrations sombres et magiques. Le refrain, chanté en latin, est une pure merveille surplombée de chœurs de ténors. Clairement, les guitares de Luca et Dominique sont en retrait pour laisser s’exprimer toute la démesure de l’amplitude symphonique de la composition prenant des allures de périple musical, bande originale d’un film s’imaginant dans notre esprit au fur et à mesure du morceau. "Clash of the Titans", également très puissante, laisse faire le talent d’un chanteur qui risque fort d’impressionner la communauté metallique avec une telle prestation.
On pourra rapprocher "Excalibur" des sensations d’un "King of the Nordic Twilight", notamment dans l’introduction médiévale mais aussi dans le ton du refrain, très positif et puissant car repris en canon par une chorale. Le chant, en italien cette fois-ci, déborde d’émotion et s’acclimate complètement à des orchestrations utilisant ici plus les cordes et les vents (clarinette, flute…) que les cuivres pour un rendu évidemment plus lumineux et positif.

Il est également difficile de ne pas évoquer la sensationnelle "Tormento E Passione" où Alessandro dévoile son coffre monumental, proche d’un chanteur d’opera (l’italien évoque indubitablement Pavarotti). Chantant en duo avec Bridget Fogle (chanteuse du projet Dreamquest), ils éblouissent une composition balayée par un grand souffle épique et majestueux, tout en réservant des intermèdes mélancoliques et sensuels où le piano de Luca, lorsqu’il n’est pas virevoltant, se fait sensible et doucereux. On y retrouve également des sonorités modernes rappelant son second opus solo, le tout semblant amener à sa reprise de Luna, œuvre d’un tenor italien très connu dans son pays (Alessandro Safina), reprise de façon personnelle et impressionnante d’assurance par le jeune vocaliste.

Fidèle à lui-même, Luca Turilli termine le disque avec un long morceau épique baptisé "Of Micheal, The Archangel of Lucifer’s Fall" culminant à seize minutes. Partant d’une partie de claviers mélodique mais inquiétante, une narration ténébreuse invoque les préceptes du mal. Les arrangements, malfaisants, introduisent d’impressionnants chants liturgiques. Un riff assassin et tranchant déboule des cieux avec son accompagnements de symphonies ici plus subtiles, délicates et ne sombrant jamais dans la surenchère. Traditionnelle dans sa première partie, la chanson prend son envol progressivement grâce une fois de plus aux éclairs géniaux de ce chanteur se présentant comme la réincarnation enfin effective de Kiske. Sombrant peu à peu dans une plus grande complexité, elle reprend des éléments de la composition "Prophet of the Last Eclipse", malgré un tempo bien moins rapide et des chœurs plus démentiellement épiques que jamais. L’influence baroque du dernier Rhapsody of Fire a été évacuée pour une dimension toujours plus cinématographique et « soundtrack » de la musique.

C’est, ébloui par autant de talent, de maitrise et de brio, que le disque se termine sur une reprise très mélodique et (forcément) symphonique du "March of Time" d’un Helloween semblant être une des influences majeures du nouveau venu. "Dark Fate of Atlantis", plus rapide et étourdissants comme dans les années fastes de Rhapsody, mais avec une influence mêlant l’Orient à une facette cybernétique, semble rappelé que Luca Turilli n’a pas oublié d’où il venait.
Difficile d’ajouter des éléments supplémentaires face à l’un des rares opus symphoniques de l’année à avoir non seulement tenu ses promesses, mais également à avoir été plus loin encore. Plus que jamais vivant et au sommet de son art, le guitariste virtuose livre de plus un sublime packaging brillant accompagné d’un dvd et d’un livret aux multiples illustrations et citations. Un bel objet pour une œuvre majeure et symbole d’un nouveau départ vers des défis que l’on imagine déjà grandioses et ambitieux, comme pour nous rappeler constamment la différence entre les véritables artistes et les autres…cette impression de se sentir petit et béat face à une chose immensément belle et nous dépassant…

20 Commentaires

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epheneo - 14 Juin 2013: Excellent chronique pour un excellent album
Molick - 19 Août 2013: J'ai beaucoup aimé l'album, différent de ce que nous proposait Rhapsody jusqu'à son schisme.

Moins "sophistiqué" et "pompeux" (dans le bon sens du terme) que Rhapsody, plus heavy/speed (et le chant aigu par moment le rappelle aussi, Michael Kiske n'est pas loin)

Un gros travail au niveau des choeurs et des harmonies? J'ai juste un peu de regret quand au recul des influences baroques propres à Rhapsody.

Et pour ma part, un gros faible pour Dante's Inferno, classieux et dramatique au possible.
Legba - 06 Novembre 2013: Tu es partout Eternalis quel est ton secret?^^-^^
edenswordrummer - 24 Mai 2014: Encore une merveille de plus à l'actif de Luca, qui repousse encore une fois les limites de la musique cinématographique, on imagine sans aucuns mal le joyeux bordel qu'il y a du y avoir en studio. Je trouve cependant que certains titres manquent de puissance, notamment ascending to infinity et les chansons Italiennes que je trouve très dispensable... Le reste est naturellement excellent
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Chronique @ dark_omens

08 Octobre 2015

Une œuvre empreinte de grandeur, de grandiloquence, d'émotions, de sentiments, de haine, de trahison...

De l'aveux même des deux protagonistes les plus concernés, la scission au sein de l'entité Rhapsody Of Fire, donnant naissance à deux créatures hybride en un imbroglio assez complexe que l'indulgence de votre humble serviteur laissera sous silence évitant ainsi toute vaines tentatives d'explications compliquées, avait, aussi, pour objectif de clore une formidable saga artistique et ainsi de pouvoir libérer l'imagination des deux créatifs dès lors prompts à s'épanouir en d'autres contrés nouvelles. Un désir de changement, connaissant l'implication et l'importance de Luca Turilli au sein de l'appareil créatif de ces ultramontains, auquel il était difficile d'accorder quelques crédits.

Quoi qu'il en soit, après ces épisodes propices à la confusion, Luca Turilli's Rhaspody, en cette année 2012, nous propose de découvrir son nouvel effort intitulé Ascending to Infinity. Une œuvre sur laquelle officie Alessandro Conti au chant, Patrice Guers à la basse, Alex Landenburg à la batterie, Dominique Leurquin et, bien évidemment, Luca Turilli aux guitares.

Le premier morceau de cet opus, Ascending to Infinity, alors que guitares et batteries s'accordent en une débauche musicale Power Metal très empreinte d'emphase grandiloquente et orchestrale, vient immédiatement démentir l'affirmation concernant cette volonté de rompre une monotonie artistique et un immobilisme (si tant est qu'on puisse user de ce terme avec ces Italiens) devenu, semble-t-il, trop pesant pour Luca. Ce titre porte, en effet, la signature de Rhapsody. Au-delà de cette première piste, un certain nombre d'autres, en des passages plus ou moins manifestes, sont, elles aussi, assurément habitées par l'âme qui habita Rhapsody autrefois, par celle qui l'habite aujourd'hui et par celle qui l'habitera demain sûrement encore. Comment pourrait-il d'ailleurs en être autrement tant Luca fut l'un des artisans, sinon l'artisan, le plus représentatif et le plus engagé de ce projet?

Toutefois, outre ce penchant déclamatoire cinématographique, cette expression artistique et ces aspirations symphoniques toujours encore symptomatique des travaux du compositeur transalpin, il sera possible de trouver ici quelques nuances susceptibles d'être la cause d'un enthousiasme retrouvé. Soyons néanmoins honnêtes, ces digressions demeurent rares au cœur de cette fresque dantesques. Elles sont pourtant suffisamment marquantes pour être évoquées.

Ainsi parlons, en premier lieu, de ces quelques parenthèses succinctes dévolues à une atmosphère légèrement électro à laquelle Luca Turilli nous avait davantage accoutumés durant ses cessions solitaires (Quantum X, les couplets de Dante's Inferno, certains accents de Tormento E Passione...).

S'agissant de ces divagations, difficile aussi de ne pas faire mention des passages très intimistes, presque Pop, de Luna dans lequel Alessandro Conti est remarquable.

Abordons, ensuite, justement, le cas de ce nouveau chanteur. Parlons, en effet, de cette nouvelle recrue dont le fait de gloire le plus connu jusque là consistait à être la voix de Trick Or Treat, une formation vouant un immense amour au grand Helloween (un amour conférant, d'ailleurs, parfois, pour ne pas dire souvent, au mimétisme). Si le vocaliste avait d'ailleurs jusqu'ici peu séduit dans l'exercice consistant en une imitation parfaite de Michael Kiske du temps de sa splendeur passé (une activité dont on peut goûter les subtilités ici sur un March of Time (Helloween) sur lequel il reprend fidèlement son modèle), force est de constater qu'il sublime ici parfaitement les morceaux de ce Ascending to Infinity. Véritable révélation de cet album, le musicien nous étonne par ses facultés à varier son interprétation afin de mieux la marier à celles de celles et ceux qui l'accompagnent. Un talent, répétons-le, insoupçonné eu égard à ses travaux d'autrefois.

Au-delà donc de toutes ces considérations concernant un propos, en définitive, relativement attendu, émaillé de quelques rares changements, difficile de considérer cette œuvre comme un échec. Difficile même d'y trouver quelques raisons, même infimes, susceptibles de motiver une quelconque déception. Cet Ascending to Infinity, est donc un très bon album qui saura conquérir les adeptes d'un genre musical fait de grandeur, de grandiloquence, de sonates, d'émotions, de sentiments, de haine, de trahison, de drame. Une musique dans laquelle Luca Turilli parvient, une fois encore, assez aisément à exprimer toute sa maestria.

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