Anti

ajouter les paroles de l'album
ajouter une chronique/commentaire
Ajouter un fichier audio
17/20
Nom du groupe KFR
Nom de l'album Anti
Type Album
Date de parution Fevrier 2014
Style MusicalBlack Metal
Membres possèdant cet album6

Tracklist

1.
 Am I So Ugly
Ecouter05:52
2.
 Terror
Ecouter06:25
3.
 Heal Me
Ecouter04:27
4.
 Let Me Be the Vomit Guiding Your Mouth
Ecouter05:32
5.
 Suck My Death
Ecouter07:32
6.
 There Is No God but Him
Ecouter05:09
7.
 Al Masîh Ad-Dajjâl
Ecouter08:00
8.
 Anti
Ecouter07:00
9.
 My Torments
Ecouter06:45
10.
 Larv
Ecouter09:04

Durée totale : 01:05:46

Acheter cet album

 buy  €16,56  buy  buy  buy  buy  buy
Spirit of Metal est soutenu par ses lecteurs. Quand vous achetez via nos liens commerciaux, le site peut gagner une commission

KFR



Chronique @ QuintessenceS

14 Avril 2014

K.F.R is a ritual, the music of the underworld where Ad-Dajjâl lies ...

K.F.R signifie “kafir”, un mot arabe qui désigne celui qui ne crois pas, le mécréant. Ce mot est inscrit sur le front de Dajjal, l'antéchrist dans la religion musulmane. K.F.R, c'est le projet d'un seul homme, Maxime Taccardi, bien connu dans l'univers du metal extrême pour son talent indéniable en matière d'artwork. Bien que les premières compositions aient vu le jour en 2006, le besoin de concrétiser la musique n'a ressurgit qu'en 2013. Il le dit lui-même, il a besoin d'exorciser ses démons et de retranscrire ses peintures en musique. L'artiste n'a rien de conventionnel : son art est emprunt d'une morbidité sans pareille, il peint parfois avec son propre sang, s'inspire de ses propres cauchemars … En bref, la catharsis est indispensable, et le moins que l'on puisse dire et que cela se ressent dans ce premier disque, faisant partie intégrante d'une trilogie. La négation de toute chose et l’avènement de l'antéchrist (Dajjal) offrent une thématique à la fois occulte, Nihiliste et forte.

Pour situer la musique proposée par K.F.R, une chose venant directement à l'esprit est l'apport des Légions Noires. On retrouve ces mélodies hypnotiques et asthéniques mais empruntes d'une certaine majesté, sans être dénaturées par la production : opaque et raw. L'ensemble est en effet impénétrable et offre un mur de son dense. Le Bm proposé est à la limite de la bestialité par moment (« Anti »), mais se rapproche bien plus d'un True Bm régressif, s'inspirant certainement des vieux Mütiilation, Darkthrone ou Bathory. Toujours dans cette optique imprévisible, le mid-tempo est très présent (« Suck My Death ») mais la brutalité de n'est pas mise de côté, en témoigne des accélérations furieuses («  There Is No God but Him », titre à la montée en puissance remarquable). La batterie (assurée quand à elle par Déhà) martèle le crâne grâce à l'arrivée par moment de réverbération (blasts, roulements et cymbales ont alors une dimension plus mystique), gros point fort dans ce disque. En effet, loin de desservir les compositions proposées, elle sait s'imposer son être omniprésente et donne au rendu final une couleur effroyable. Les mélodies savent également se faire poignantes, en témoigne le titre « Larv », qui est en fait un hommage à un ami proche de M. Taccardi qui s'est suicidé peu avant son enregistrement.
M. Taccardi effectue tout au long du disque une prestation vocale impressionnante : possédé, hurlé, murmuré, semblable à des gargouillis infâmes, l'artiste s'est totalement transcendé et semble sortir du carcan habituel («  There Is No God but Him , Al Masîh ad-Dajjâl »). A noter que le titre éponyme laisse découvrir un guest prestigieux en la personne de Meyhna'ch. Le chant est selon moi le fil conducteur d'Anti et ses variations sont ici quasi infinies. M. Taccardi explique d'ailleurs lui-même rentrer dans une sorte de transe, hors de tout élément extérieur, et lui permettant d’interagir avec l'au-delà, à la manière de la peinture avec son sang dont la plaie est décrite comme une porte vers l'autre monde. Le concept a le mérite d'être concrétisé avec sincérité, les paroles reflétant bien ce rejet de l'humain et cette fascination pour la faucheuse.

L'absence de lumière est une chose qui frappe durant l'écoute. Tout est nauséeux, sale et inquiétant. Le disque est labyrinthique, et il est à vrai dire difficile à cerner aux premières écoutes. En effet, bien que la colonne vertébrale du disque puisse être touchée du doigt en étant dans l'état d'esprit adéquat, les compositions proposées sont telles qu'on a l'impression de ne jamais savoir où l'on se dirige ni ce qui nous attends. Ceci n'a rien de surprenant quand on sait que le sieur Taccardi varie entre compositions et improvisations, voir technique du cut-up (inspiré du fold-in de William S. Burroughs où un texte se trouve découpé au hasard puis réarrangé pour produire un texte nouveau). L'artiste le confirme d'ailleurs, parlant d'une structure musicale alambiquée hors du schéma traditionnel de composition classique. Dénué de toute humanité, chaque titre est une sorte de rituel composant au final un bloc plus ou moins homogène et doté d'une aura glauque et mortifère. D'ailleurs, même le mixage semble parfois légèrement différent selon les titres, renforçant cet état d'esprit old school et authentique. Ceci est d'autant plus mis en exergue par les variations entre un black metal couleur charbon et des passages dark ambient magmatiques. La musique de K.F.R est au final très difficile à définir, à la fois primitive et originale, et c'est ce qui la rend unique.

Instinctif, le disque évolue toujours dans un registre maladif, en témoigne ces alternances entre black metal et l’incorporation de passages ambiants, indus' voir funeral doom (« My Torments »), notamment par l'apport d'un clavier utilisé intelligemment. Des précurseurs de la musique ambiante et électronique minimaliste comme Klaus Schulze ou Conrad Schnitzler ont donc laissé leur emprunte, mais l'auteur se dit également influencé par beaucoup de compositeurs de BO tels que Gioviniazzo, Tsukamoto ou encore Fulci ; sans oublier l'influence des sons mécaniques ou organiques, induisant ainsi un attrait pour la noise qui peut se ressentir par moment dans l'aspect capharnaüm qui peut découler du disque. Un point original à souligner est la présence d'orgue disséminé de façon ponctuelle, apportant une teinte rituelle et solennelle à une œuvre qui porte déjà l'empreinte du monde des morts (« Terror »). Là encore, les travaux de Philip Glass n'y sont pas pour rien.
C'est une autre force d'Anti, qui loin de se répéter dans un brouhaha continu injecte une dose d'occultisme et de morbide. En témoigne l'introduction de « Let Me Be the Vomit Guiding Your Mouth » guidée par des prières arabes, l'introduction de « Al-Mas?? ad-Dajj?l » - véritable titre hybride et pierre angulaire du disque - où passe un discours d'Hitler (figure d'Antéchrist intemporelle), le titre « Am I so Ugly » où l'on entends une plage ambiante modulée qui gronde, quelques riffs de guitare tordus, une ambiance funèbre et des paroles prononcées comme dans un rituel (rappelant carrément Vrolok) ou encore l'outro de « Anti » qui mêle tristesse et noirceur grâce à une habile superposition de sonorités.
Au final, ce mélange permet de laisser vagabonder un panel d'émotions plus riche et illustre de façon quasi cinématographique par moment une âme réellement tourmentée. L'objet est d'ailleurs très fourni, M. Taccardi ayant eu l'idée d'apposer une illustration par titres en plus de l'artwork extérieur ; par ailleurs, l'artiste explique bien que ces artworks sont aussi important que la musique elle-même.

S'insinuant dans l'esprit comme une plaie nécrosée, Anti est à l'image de son titre : sans compromis et sincère. Bien que difficile d'accès et parfois approximatif, l'album peut sembler ennuyeux si l'on ne rentre pas dedans, mais est un concentré des sentiments humains les plus négatifs et les plus vrais, fait avec les tripes et dégageant une aura misanthropique incontestable. Il nécessitera bon nombre d'écoutes avant d'être digéré et ne s'adressera pas à tout le monde. Il s'impose malgré tout comme une excellente sortie de cette année 2014 pour tout amateur de musique sombre et torturée.

2 Commentaires

3 J'aime

Partager
oyo_doom_occulta - 09 Janvier 2017: Excellente chronique
QuintessenceS - 10 Janvier 2017: Merci beaucoup.
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire

Commentaire @ TasteofEternity

12 Fevrier 2019

Sombre comme l’inconnu

Lorsque j’ai enclenché l’album, même si je m’étais renseigné sur l’âme errante derrière ce projet, je ne m’attendais pas à une telle régression. K.F.R semble avoir figé le temps dans les 90’s, là où sur la côte Est, Jura et Savoie, on se plaît à faire des courbettes à la nouvelle école norvégienne, d’autres préféraient revenir aux racines du mal, early Bathory, Celtic Frost, Venom, et Sodom prenant des allures d’obsession nauséeuse. Les Légions Noires décidaient de se dresser contre une sophistication du Black Metal qui sonnait à leurs oreilles comme un véritable abâtardissement. Le mouvement essaima dans le black ambient et le raw black metal, essayant de retrouver l’esprit des origines, la communion avec les possesseurs de l’Enfer. Maxime Taccardi après avoir peint ses cauchemars et ses visions d’un au-delà plus proche qu’il n’y paraît, a décidé de mettre en musique ses tableaux en reprenant le flambeau là où les LLN l’avaient déposé.

Charriant des émotions aussi épaisses et noires que du pétrole brut, les processus musicaux à l’œuvre sur Anti se veulent avant tout génocidaires, entendu comme l’extermination totale de toute forme de vie, en particulier humaine. J’ai rarement ressenti autant de malaise, et de négativité concentré à ce point sur un album : on se sent observé, puis on entend un bruit dans la nuit, un cri, et enfin une mastication termine ce concert de louanges aux esprits affamés. Si je devais rapprocher Anti d’un album, ce serait celui des français d’Ankrismah, Dive in The Abyss (2010). On se sent comme englué, pris au piège, prisonnier de la charge, emmené contre notre gré au bord de l’abîme. Cet endroit aussi effrayant que fascinant qui nous attend depuis notre premier jour, le moment est rare, l’intensité palpable, difficile de ne pas résister : jump in the fire !!!

Musicalement, le black rampant et rugueux de K.F.R se nourrit à la source et ne s’épargne aucun chemin de haine. Qu’il se vautre dans l’ambient le plus glauque, en passant par le doom suffocant, ou le black metal direct et brutal, chacun de ses styles n’a pour but que de rendre l’ensemble insoutenable. Toutefois l’hermétisme dans lequel se drape les compositions, cette volonté délibérée de prendre le temps pour creuser son sillon dans l’esprit de l’auditeur ont de quoi rebuter dans l’approche. C’est que Anti n’échappe pas non plus à une certaine forme d’élitisme naturel, celui qui apparaît en opposition avec l’avènement de la société de consommation, du confort, et de l’amour immodéré de l’argent. Les ténèbres ne s’achètent pas, ils s’invitent à ta table, et se repaitront de ton âme si tu n’as pas autre chose à proposer, n’oublie pas tous les coups sont permis. M.Taccardi l’a bien compris, il frappe, s’agrippe, étrangle, et casse des membres à tour de bras, mais au réveil, l’élan de folie salvateur s’en est allé, et c’est encore un peu de lui qui est parti en sacrifice, abandonné à l’Ombre.

Anti demeure exceptionnel car total : les artworks, les paroles, le code, et la musique forment un tout inaliénable. Cette force qui se dégage de cette œuvre amplifie la spirale Nihiliste qui s’ouvre dés les premières secondes. Il n’y a pas de pause, pas d’oasis pour se désaltérer, d’auberge pour se reposer, d’hôpital pour se transfuser, le chemin de croix qui nous est imposé ne s’arrête qu’une fois la croix dressée, avec l’auditeur clouté dessus. Cette œuvre n’aurait qu’un intérêt dispensable si derrière ces dissonances ne s’entrevoyait pas autre chose, une forme qui ne se jette pas dans les bras de la technique, mais dans l'accomplissement d'un rituel de passage. Ces morceaux sont autant de fragments d’un rituel méconnu d’invocation, et vous aurez du mal à me prendre au sérieux comme si le diable pouvait apparaître en lançant l’album, ridicule. « Mes chers frères, n’oubliez jamais, quand vous entendrez vanter le progrès des lumières, que la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas ! »

0 Commentaire

1 J'aime

Partager
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire