Après un rugissant et démoniaque premier album studio, «
The Prophecy », faisant de lui un sérieux espoir de ce foisonnant registre metal, on pouvait subodorer que le sextet slovaque n'abandonnerait pas le navire de sitôt. Pari gagné !
Connu pour ne pas se lancer coûte que coûte dans la bataille, le collectif slave ne dérogera pas à sa règle. Aussi reviendra-t-il dans les rangs quelque deux années plus tard, muni d'un effort de même acabit, répondant au nom de «
Angel's Revenge » ; un poil plus modeste que son aînée, cette seconde auto-production affiche 42 minutes au compteur sur lesquelles ne s'égrainent guère plus de 9 pistes, contre 11 pour sa devancière. Coproduit par le pluri-instrumentiste Michal Jankuliak (ex-
Eagleheart) et par Vlado Povala (déjà sollicité sur l'introductive démo «
Exitus »), mixé et mastérisé à son tour par
Roland Grapow – guitariste (
Masterplan, ex-
Helloween) et producteur de son état (
Lords Of Black,
Citron, Kingcrown,
Sebastien...) – ce nouvel élan bénéficie à la fois d'un mix bien équilibré et de finitions passées au crible. Ce faisant, nos acolytes disposeraient-ils de l'arsenal requis pour rejoindre dès lors les valeurs montantes du si concurrentiel espace metal symphonique à chant féminin ?
Dans ce second périple, nous embarquent de concert : la chanteuse Lubica ''Lubka'' Gavlasova (guest chez
Janesession) – dont les chatoyantes inflexions s'apparenteraient à celles de Marjan Welman (
Autumn, Vetrar
Draugurinn), avec un soupçon d'
Anette Olzon (Allen Olzon, The
Dark Element, ex-
Nightwish...) en voix de tête – Marian ''Majo'' Gonda à la lead guitare, Miro Grman à la guitare rythmique, Martin
Solárik (membre live de
Symphonity) aux claviers, Peter Pleva à la batterie, suivis de Kristián Žilinec, en remplacement de Marek Štech, à la basse. Avec le concours, pour l'occasion, du puissant vocaliste Connor Sanders (
Carnal Desolation, feu-Watch Us Fade...), la troupe nous immerge au sein d'un environnement power mélodico-symphonique aux relents cinématiques, progressifs et à la coloration dark/death gothique plus marquée aujourd'hui qu'hier. Se dessine alors un propos aussi rageur et époumonant qu'énigmatique, voire ''gorgonesque'', et sensible, dans la veine coalisée de
Frozen Crown,
Ancient Bards,
Battle Beast,
Delain,
Temperance,
Tristania et
Sirenia, la petite touche personnelle en prime. De quoi nous intimer d'aller explorer plus en profondeur la cale du cargo...
A l'instar de son aîné, cet effort dissémine d'invitantes séquences d'accords, susceptibles de nous happer d'un battement de cils. Ce qu'attestent, tout d'abord, les plages les plus magmatiques de ce set de compositions. Ainsi, suite à «
Revelation » – une brève et ''tristanienne'' entame instrumentale sur fond d'un glaçant récitatif ''growlé'' – de féroces coups de boutoir pleuvront à l'aune du pulsionnel « Devoted Soul » ; pourvu de riffs acérés, d'un refrain catchy mis en exergue par les fluides ondulations de la déesse et d'un fringant solo de guitare, le ''tubesque'' méfait à mi-chemin entre
Temperance et
Frozen Crown ne se quittera qu'à regret. Dans cette énergie, on ne saurait davantage éluder le démoniaque « The
Revenge of Angels », à la lumière de ses sémillants arpèges d'accords et de ses frissonnantes joutes oratoires, où les angéliques oscillations de la belle répondent en écho à des growls on ne peut plus anxiogènes ; l'énergie aisément communicative qui se dégage de ce manifeste au confluent de
Delain et de
Tristania poussera assurément le chaland à une remise en selle dès la dernière mesure envolée.
Dans une même dynamique, et bien que moins directement orientés vers les charts, certains espaces d'expression tireront non moins leur épingle du jeu. Ce à quoi nous sensibilise, en premier lieu, « Against the
Wind », frondeur up tempo aux riffs roulants, au carrefour entre
Ancient Bards et
Battle Beast, au égard à ses enchaînements intra piste des plus sécurisés et à un pont techniciste judicieusement positionné, d'où s'échappe un fin legato à la lead guitare. Et la sauce prend, in fine. Dans cette mouvance s'inscrit également le frondeur «
Stray in
Nightmare », qui, se nourrissant d'un duo mixte en voix de contraste des plus pénétrants, d'inaltérables coups d'olives et d'une basse éminemment vrombissante, ne lâchera pas sa proie d'un iota. On pourra encore jeter une oreille attentive sur le cadencé et ''delainien'' « Touch of
Obsession », à la lueur de ses grisantes rampes de claviers et quant à la ferveur de son groove. Mais là n'est pas l'argument ultime de nos belligérants pour tenter de nous rallier à leur cause...
Quand le message musical se fait un poil moins exalté, nos acolytes parviennent là encore à nous retenir, un peu malgré nous. Ce que révèle, d'une part, le ''temperancien'' mid/up tempo «
Beyond the Game », tant au regard de sa sente mélodique des plus enivrantes, où se greffent les magnétiques impulsions de la sirène, et de son flamboyant solo de guitare à mi-morceau décoché que de ses insoupçonnés changements de tonalité et de son final en crescendo. Et comment ne pas de voir porté par les vibes enchanteresses insufflées par le ''sirenien'' mid/up tempo « Last Weep » ? Pourvu d'un pont instrumental à la technicité éprouvée mais nullement ostentatoire, que relaie une bondissante reprise sur la crête d'un entêtant refrain mis en habits de lumière par les cristallines modulations de la princesse, ce hit en puissance constituerait l'un des temps forts de l'opus.
Mais, une fois de plus, ce serait à l'aune de sa pièce en actes estampée metal symphonico-progressif que la formation slovaque dévoilerait ses plus beaux atours. Ainsi, sous couvert de nombreux soubresauts percussifs et de ses troublants harmoniques, l'opulente et théâtralisante fresque «
Labyrinth of
Evil » ne relâchera son étreinte qu'en de bien rares moments. Ce faisant, au fil des 7:30 d'un voyage épique et romanesque, la pléthorique et ''temperancienne'' plage nous plonge au cœur d'un bain bouillonnant aux innombrables remous, d'où exhale un refrain immersif à souhait encensé par les pénétrantes volutes de la maîtresse de cérémonie. Et ce ne sont ni les trois brefs mais vibrants soli ni le fin picking à la guitare acoustique en fin de parcours qui nous débouteront de ce masterpiece, loin s'en faut.
En définitive, force est d'observer que le combo n'a pas plaint sa peine, nous livrant ici une œuvre aussi riche en harmonies que solidement charpentée quant à sa technicité instrumentale et oratoire. Des mélodies délicatement sculptées, une ingénierie du son rutilante et de judicieuses variations rythmiques viennent étoffer la palette de l'offre actuelle. Ayant davantage varié ses ambiances comme ses joutes vocales et apposé son sceau artistique sur la plupart de ses portées, le collectif accuse cependant un manque de diversité en matière d'exercices de style, à commencer par les ballades, désormais effacées de son répertoire. Mais, s'il ne peut, pour l'heure, nous faire oublier les vibes de ses sources d'influence, et, en dépit de ces quelques réserves, le sextet slovaque jouirait dorénavant d'atouts suffisants pour espérer se hisser parmi les valeurs montantes de son registre metal d'affiliation. Bref, à l'instar d'une truculente et bouillonnante offrande, l'aventure se poursuit sereinement pour la troupe slave...
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