Le
Metal se mondialise de plus en plus, comme chacun sait et atteint à présent des régions où l’on ne croyait pas voir une scène se développer un jour. Et pourtant, dans le monde musulman si fermé en apparence, sont apparus des tas de groupes à la notoriété grandissante (comme Al Namrood, d’Arabie Saoudite, ou les célébrissimes tunisiens de
Myrath.) Mais en y regardant bien, c’est une scène assez jeune : la plupart de ces groupes ont été formés dans les années 2000. Au regard de la jeunesse du mouvement, les Turcs de
Pentagram font figure de vétérans, avec leur premier album sorti en 1990. Ainsi, comment ne pas vouloir l’écouter de plus près afin de voir ce que savaient faire les orientaux dans les années 90 ?
Contrairement à beaucoup des groupes contemporains issus d’un milieu similaire, plutôt orientés vers l’extrême,
Pentagram officie dans le Heavy Traditionnel et le fait assez bien.
Pas de paroles satanistes, comme on aurait pu le croire en voyant la pochette, mais à vrai dire, la scène en déborde tellement qu’on ne va pas s’en plaindre. On alterne donc entre des morceaux classiques comme Behind the
Veil ou Give Me Something to
Kill the
Pain et d’autres, au ton plus épique comme leur nom le suggère souvent, tels que 1000 In the Eastland, Stand to
Fall… La production moderne fait honneur aux morceaux, mais parfois on regrettera un son qu’on aurait parfois préféré plus percutant. Mais qu’importe, le résultat est en général à la hauteur des ambitions du groupe.
Par contre, on passera assez vite sur des morceaux pas forcément utiles comme
Dark is the Sunlight, poussif et peu inspiré ou l’étrange On the Run qui me ferait presque penser à du Metalcore avant l’heure, avec son riff saccadé et ses refrains criés, qui jurent beaucoup trop avec le reste de l’album. Toujours dans les reproches, on notera que tous les morceaux traditionnels ne se valent pas. Car pour beaucoup d’entre eux, s’ils sont bons, ils ne sont pas non plus transcendants (par exemple, Welcome the
End ou
Anatolia). D’autres au contraire, se révèleront très bons, notamment vers la fin, avec l’instrumental Time, qui avec ses solos lents et mélodiques, captive l’attention de l’auditeur. On retiendra la semi-ballade Behind the
Veil, très classique, mais bien interprétée et également
Fall of a Hero, qui arrive à être imposante dans son refrain soutenu par des chœurs.
Mais ce n’est pas tout. Car comme beaucoup de groupes venus d’Orient,
Pentagram ne peut s’empêcher de laisser sa culture imprégner sa musique et comment lui en vouloir ? Grâce aux éléments orientalisants (pour ne pas dire arabisants, je rappelle que les Turcs ne sont pas Arabes) savamment distillés tout au long d’
Anatolia, les musiciens apportent une « Turkish touch » à leur Heavy
Metal et ainsi de la personnalité bienvenue. Que serait 1000 In the East sans son intro dépaysante ? Et je n’imagine même pas Gündünz Gece ou Sonsuz (la dernière piste) avec un chant en anglais ! Car force est de reconnaître que leur langue est belle et quand de plus elle est chantée par Murat Ilkan, au timbre chaud très reconnaissable, le cocktail est parfaitement réussi ! Et heureusement,
Pentagram évite le piège de trop en faire, ce qui aurait vite lassé l’auditeur et se contente bien de ne placer des airs et sonorités orientaux que quand c’est pertinent. Et ça, ils peuvent en être fiers.
Bref, les Turcs sortent ici un album qui certes ne casse pas trois pattes à un canard, mais qui est heureusement sauvé par sa personnalité et des morceaux parfois très mémorables. Le fan de Heavy y trouvera certainement son compte et le fan de ce qu’il convient de nos jours d’appeler le
Metal Oriental saura, je l’espère, se laisser tenter par l’écoute de cet album.
En tout cas, l'Orient nous réserve de bonnes choses, j'espère que la scène continuera à se développer de plus en plus dans ces pays.
Bref, c'est tout de même encourageant de voir que la scène se développe. En Jordanie en ce moment, ça explose.
Mais moi, ce qui me botterais bien, c'est le dernier Al Namrood.
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