Il y a diverses manières de faire de la musique que l'on peut qualifier d'extrême. L'une d'entre elles (et probablement la plus courante) est de faire une musique violente et c'était globalement assez largement la plus usitée. Mais il ne faut pas oublier cette autre voie qui est, sans forcement être véritablement agressive en terme de puissance, de manipuler la sensibilité classique de la musique et du confort des gammes tempérées et atmosphères harmoniques classiques auxquelles nous sommes habitués, afin d'en tirer un ressenti malsain que nul ne peut qualifier d'autre chose que d’extrême. Dans le cas des Suédois de
Moloken, ils se rangent sans aucun doute dans la seconde catégorie avec un rendu bien plus sombre qu'en ce qui concerne les différents styles dont on a pu les affubler : post-hardcore, doom, sludge, peut laisser sous-entendre...
Moloken est un quatuor suédois relativement récent mais qui sort néanmoins son troisième album chez
Temple of Torturous après deux premiers albums sortis chez Discouraged. Si l'orientation assez axée vers des groupes « alternativement dérangés » semble leur aller comme un gant, on est initialement en droit de se poser la question d'un manque d'inspiration puisque quatre ans après « Rural », « All Is Left to See » ne comporte que vingt-neuf minutes de musique pour ce que certains pourraient qualifier d'EP, là où le monumental morceau « ULV » sur son prédécesseur en faisait seize...
Il s'agit d'un album pour le moins ténu donc, surtout que si l'on ajoute à cela la présence d'une évitable outro à base d'acoustique avec violon comme on en a déjà entendu chez tous les projets black ambiant et deux interludes instrumentaux introspectifs assez passe-partout dont celui sur-cliché de la boîte à musique, ça limite le nombre de vrais morceaux.
Musicalement, le style développé est pourtant assez intéressant avec cet attrait marqué pour la scène post-hardcore avec en point de mire les Suédois de
Breach voire Cult of
Luna (un peu plus loin et plutôt les premières productions) mais tout en mettant des choses plus obscures ainsi les arpèges nocives sans être agressives du titre éponyme qui auraient tout à fait eu leur place chez les Norvégiens de
Virus (projet monté par des anciens
Ved Buens Ende dont Czral plus connu pour son rôle dans
Aura Noir). Le premier titre « Subliminal Hymns » est d'ailleurs assez personnel dans sa manière de créer l'atmosphère par des artifices particuliers avec surtout cet effet de « souffle humain » intégré dans la rythmique sur une bonne partie du morceau et qui est totalement prenant. On notera également le stoner-sludge psychisant « I Dig Deeper » avec sa basse très intense assez rock'n'roll et qui rappellera par ses aspects garage un
Jucifer.
Le tout a tout de même un côté frustrant parce que si aucun de ces morceaux ne se révèle mauvais, il persiste un sentiment de malaise sur les ambitions du groupe, et leur motivation, notamment lorsqu'ils imposent à chaque fin de morceau ou presque une bonne minute de bruitage plaqué, exercice de bonne guerre en concert mais qui ici a un rendu assez indigeste, ou lorsque le puissant «
Burst » qui démarre sur des blasts assez black metal de bonne augure se terminera au bout d'à peine une minute...
Reste un «
Seventh Circle » qui est à lui seul le témoignage de ce que le groupe sait et peut faire de bien, avec des harmonies excellemment sombres, un chant puissant à deux voix qui rappellera
The Great Old Ones et qui est tout ce qu'on attend d'un bon morceau de post-hardcore depuis que les pontes du genre (
Isis,
Neurosis et compagnie) en ont posé les jalons.
En fait, on ressort assez frustré puisque les Suédois développent une musique réellement intéressante, épaisse et probablement plus obscure et dérangeante que ce que font la plupart des groupes de la scène alternative post-hardcore/sludge/etc... Mais ils ne se donnent pas sur cet album les moyens de leurs ambitions en sortant une production qui ne peut que donner une image de ce qu'ils sont capables de faire, soit ce qui est normalement le but d'un EP, mais pas vraiment d'un véritable album. On a l'impression que le groupe a sorti son album entre le dilettantisme et le manque d'inspiration. En l'état, il n'existe aucun doute sur ce fait : il existe dans le style des productions bien plus indispensables.
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