Créé en 2015 par le guitariste Paul Cooper, et déjà à la tête d'un introductif EP « Act I » sorti un an plus tard, A Clockwork Opera affiche désormais sa détermination à faire partie des valeurs montantes du si concurrentiel metal symphonique à chant féminin. Dans cette énergie, le groupe britannique continue à conjuguer les registres gothique, prog et folk, avec un regard porté sur l'opéra classique du XIXe Siècle et quelques cadors du metal symphonique (
Nightwish,
Amberian Dawn,
Leaves' Eyes,
Sirenia...). Ce qui ne signifie nullement que le collectif ait reproduit à l'identique les recettes de son passé. Il en a même concocté de nouvelles...
Aussi, impulsé par cette furieuse envie d'en découdre, ce jeune groupe britannique originaire de Manchester accouche dès 2017 d'un second EP 3 titres dénommé « Act 2 : Into the Asylum » ; laconique auto-production d'à peine 16 minutes. Signe d'une indéfectible cohésion groupale, cette menue rondelle, comme la précédente, est l'oeuvre de la mezzo-soprano Vickie Harley (
Forneus), du claviériste Marco Iannello (ex-
Wyrm), du bassiste Alexander Jordan, du batteur James
Horn (en 2016) et, il va sans dire, de Paul Cooper, le père fondateur du projet.
Dans la veine de son prédécesseur, ce modeste opus nous renvoie bien souvent dans la mouvance des maîtres inspirateurs de nos acolytes, influences dont ils ont bien du mal à se départir pour rendre leur propos plus personnel qu'il ne l'est. Ce faisant, à l'image de son aîné, l'analyse de ce manifeste portera un regard singulier sur ses trois titres, chacun d'entre eux témoignant d'un caractère propre qui en définit le contenu.
On plonge d'entrée de jeu dans un chaudron bouillonnant, d'où se perçoivent aisément des arrangements nightwishiens de la première heure. Ce qu'illustre l'épique « Queen of the Asylum », se présentant tel une piste metal symphonique répondant classiquement aux codes du genre, avec notamment une dense instrumentation samplée doublée d'envolées lyriques distillées par la sirène (dans l'ombre de
Tarja). Si les lignes de chant et la précision du sillon mélodique marquent une progression, le morceau pourtant avenant, faute à un mixage peu probant, ne parvient pas à conférer le moindre relief au corps orchestral. De plus, de gênants effets de distorsion desservent des gimmicks guitaristiques qui, sinon, auraient bien quelques armes de séduction pour nous retenir. Mais la suite du propos ne va pas nous laisser pour compte...
Là où les progrès sont notoires concerne les instants tamisés, le groupe parvenant cette fois à générer la petite larme au coin de l'oeil du chaland. Ainsi, on restera suspendu aux lèvres de la maîtresse de cérémonie jusqu'à la note ultime de « The
Fall », fondante ballade dans le sillage de
Dark Sarah, témoignant d'une indéfectible homogénéité entre orchestration et corps vocal. Jouissant d'une ligne mélodique des plus infiltrantes et d'une belle progressivité du convoi instrumental, le moment privilégié saura s'insinuer dans nos pavillons alanguis pour ne plus en ressortir.
Enfin, on ne restera pas de marbre face au frondeur « Not the
Brave », titre chevaleresque aux relents folk, dans la mouvance d'un
Leaves' Eyes à l'aune de «
King of
Kings ». Là encore, les efforts consentis par le combo pour tenter de nous rallier à sa cause ne resteront pas lettre morte, loin s'en faut. D'une part, la précision du cheminement mélodique a pour corollaire de troublants harmoniques et une production d'ensemble plutôt soignée, exercice de style auquel le groupe ne nous avait pas encore habitués. Par ailleurs, tout en renforçant sensiblement le corps oratoire, une dense chorale vient se combiner aux gracieuses volutes d'une frontwoman bien habitée, susceptible de tenir la dragée haute à une certaine
Liv Kristine. Et ce n'est pas le flamboyant solo de guitare qui nous fera lâcher prise, bien au contraire. Peut-être la pépite de l'album.
A l'instar de ce message musical, le groupe britannique s'est affranchi de ses erreurs de jeunesse, livrant un méfait certes perfectible sur le plan logistique, mais techniquement plus solide et à la mélodicité bien moins incertaine. Quant aux lignes de chant, elles en ont profité pour s'affiner et gagner en maturité, s'enrichissant dorénavant de choeurs judicieusement positionnés. S'il reste encore friable face à
Elvellon,
Beyond The Black et autres
Metalwings, ce combo révèle néanmoins un potentiel jusqu'alors insoupçonné, à exploiter encore pour espérer l'emporter. Il lui faudra, en outre, gagner en épaisseur artistique et diversifier ses exercices de style pour nous convier plus largement à sa table.
Aussi s'avère-t-il encore prématuré de le voir se hisser parmi les valeurs montantes du metal symphonique, même si le parcours de la galette nous donne le sentiment que nos compères n'en sont plus à leurs balbutiements et qu'un réel élan créatif s'esquisse. Quoi qu'il en soit, à défaut d'être un foudre de guerre, cette offrande aurait de quoi interpeler l'amateur du genre. Il y aurait là comme un parfum de revanche de la part du collectif sur son passé. Bref, une formation aujourd'hui à suivre...
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