Après une insoupçonnée séparation essuyée en 2023, soit quelque dix années suite à sa fondation, et en dépit d'un unique et solaire album full length, «
Hope Springs Eternal », sorti en 2020 déjà, il était à craindre que le groupe allemand ne réinvestirait pas les studios de sitôt. Pourtant, mû par un vent d'inspiration renouvelé, le combo teuton reviendra bien dans les rangs, et ce, l'année-même de sa dissolution ! A pas de loup toutefois... Aussi faudra-t-il patienter jusqu'en 2024 pour que nous soient divulguées ses nouvelles esquisses : trois singles au total («
The Loss of Innocence », «
Nevermore » et «
If Arthur Was a Jerk »), soit trois des six pistes que compte leur second et présent EP, «
A Spark of Truth ». A la lecture des 30 minutes du ruban auditif de la rondelle, la troupe nous fera-t-elle renouer avec le sémillant paysage de notes de son glorieux passé ?
Dans ce dessein, le line-up a subi une véritable refonte, le bassiste Thomas Schmitt étant le seul rescapé de l'équipage d'hier. A ses côtés évoluent désormais la parolière et mezzo-soprano aux puissantes inflexions Sarah Pfannenschwarz (
Illusoria), en remplacement de Ulli Perhonen, Andreas Eller (
Illusoria) à la batterie, ainsi que Marvin Retter et Till Winkler (
Firestorm), en lieu et place de Christian Weber, aux guitares. De cette fraîche collaboration naît un mouvement rock'n'metal mélodico-symphonique aux relents power et folk, dont les sources d'inspiration sont à chercher aujourd'hui dans le patrimoine compositionnel de
Nightwish,
Epica,
Xandria,
Ancient Bards,
Imperia et
Diabulus In Musica. Pour la mise en musique de ce set de partitions, une production d'ensemble de bonne facture s'observe à nouveau, dont un mixage équilibrant lignes de chant et instrumentation à parités égales et des finitions passées au peigne fin. De quoi nous intimer d'aller explorer plus en profondeur la cale de la frêle goélette...
Comme il nous y a déjà sensibilisés, le collectif germanique trouve sans mal les clés pour nous retenir plus que de raison, à commencer par les pistes les plus enfiévrées de son répertoire. Ce que révèlent, tout d'abord, «
Nevermore » comme «
The Loss of Innocence », entraînants mid/up tempi power mélodico-symphonique à la confluence d'
Ancient Bards et
Imperia ; pourvus chacun d'un refrain catchy mis en habits de lumière par les ensorcelantes oscillations de la diva, à partir duquel se dessine un final en crescendo des plus mémorables, les deux ''tubesques'' méfaits pousseront assurément à une remise en selle sitôt l'ultime mesure envolée. Un poil plus incisif, et non sans rappeler
Diabulus In Musica, l'engageant up tempo «
If Arthur Was a Jerk », pour sa part, aspirera sans ambages le pavillon du chaland sous l'impact de l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'il nous invite à suivre.
Quand la cadence du convoi orchestral se fait un tantinet moins alerte, nos cinq gladiateurs feront voler en éclat toute tentative de résistance à l'assimilation de leur message musical. Ce qu'atteste, en premier lieu, l'énigmatique et chatoyant mid tempo « Open Sesame » eu égard aux envoûtantes sonorités exhalant des entrailles d'un sitar indien et à son fringant solo de guitare. S'écoulant au fil d'une mélodicité toute de fines nuances cousue où se greffent les pénétrantes impulsions de la sirène, l'enivrant élan à mi-chemin entre
Epica et
Xandria ne se quittera qu'à regret. Dans cette mouvance, se nourrissant majoritairement de coups d'olives aussi puissants et mesurés que métronomiques, le félin « Shards Dance » n'est pas sans dévoiler d'insoupçonnées et grisantes montées en régime de son corps orchestral. Générant dès lors une énergie aisément communicative, l'intrigant propos pourra à son tour laisser quelques traces dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le tympan.
Et lorsqu'ils s'adonnent aux pièces en actes symphonico-progressives, nos compères parviennent à nouveau à nous happer sans avoir à forcer le trait. Ainsi, le classieux et polyrythmique « Alone Up High » se pose telle une ''nightwishienne'' fresque déversant ses 6:13 minutes d'un parcours épique et romanesque, où les coups de théâtre sont loin de manquer à l'appel. Egrainant des couplets bien customisés, relayés chacun d'un refrain immersif à souhait relevé, là encore, par les sculpturales et poignantes modulations de la déesse, parallèlement enorgueilli d'un flamboyant solo de guitare et s'achevant tel un véritable feu d'artifice, l'orgiaque méfait constituerait, selon votre humble serviteur, la pièce d'orfèvre de la menue rondelle.
A l'issue de plusieurs lectures attentives du laconique mais truculent manifeste, force est d'observer qu'une irrépressible envie de remettre le couvert nous gagne à chaque fois. Bien que moins varié sur le plan vocal que ses aînés, la belle monopolisant ici le micro de bout en bout de la galette, le frugal méfait ne diversifiera pas moins ses phases rythmiques comme ses ambiances, pour un résultat tenant toutes ses promesses. D'aucuns auraient sans doute espéré des exercices de style moins stéréotypés qu'ils n'apparaissent, ballades, instrumentaux et autres duos étant passés sous silence, quand quelques prises de risques manquent toujours à l'appel.
Ce faisant, le frugal mouvement bénéficie d'une ingénierie du son plutôt soignée, de l'absence de tout bémol susceptible d'affadir l'attention du chaland et de sources d'influence moins systématiquement convoquées qu'autrefois. Par ailleurs, témoignant non seulement d'une technicité plus aguerrie aujourd'hui qu'hier et de lignes mélodiques finement esquissées et d'une redoutable efficacité, comme le combo sait les concocter, mais aussi d'une signature vocale aisément identifiable et des plus poignantes, cet opus nous fait alors renouer avec les fondamentaux metal symphonique du groupe tout en offrant de sémillantes harmonies doublées d'une heureuse alternative oratoire. Aussi, après une longue traversée du désert, nous effeuillons une œuvre forte, synonyme de retour en grâce du combo teuton...
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