Comment définiriez-vous votre style musical ?[Lucie] C'est une question très intéressante. En ce qui me concerne, je suis toujours un peu perdue quand il faut catégoriser les styles musicaux dans le metal. Mais il y a une chose qui m'exaspère, c'est que systématiquement, chanteuse + clavier = Metal Sympho. Ce que je peux dire aujourd'hui, c'est « Non, nous ne faisons pas du métal symphonique » (au passage, j'aime beaucoup le métal sympho). Mélodique? oui. Speed? ça arrive. Heavy? oui aussi... enfin, je crois... (à Steph) J'ai juste chef?
[Steph] Oui, mais juste metal mélodique me va bien. Le problème est que ce n'est pas une étiquette assez précise :)
[Remi] Alors définissons notre style musical comme du heavy metal. Le fait d'avoir une claviériste nous permet d'explorer diverses ambiances et d'apporter de la couleur à nos morceaux, mais nous ne sommes pas un groupe de metal symphonique à proprement parler. Nous piochons parmi nos influences, qui vont du heavy traditionnel au death mélodique en passant par le doom ou le thrash, pour écrire la musique qui colle le mieux aux histoires que l'on raconte. C'est assez varié.
Votre album "Echoes of perversion" viens de sortir, c'est un album assez complexe et c'est aussi un livre , pourriez vous nous l'expliquer ?
[Steph] Il est vrai que pour un premier album, on n'a pas fait dans la simplicité. Nous aurions pu composer quelques chansons, poser des textes traitant de l'amour, du diable, en y ajoutant quelques dragons, puis les enregistrer... Je n'ai pas de problème avec ça, chacun s'exprime comme il le souhaite, mais ce n'est vraiment pas mon truc. J'aime créer des histoires. Et je n'avais jamais trouvé la motivation pour finaliser une nouvelle ou un roman. La perspective de bâtir un album de musique qui s'accompagnerait d'un livre a été le déclic qui me manquait. Et puis franchement, on ne fait pas ça tout les jours. Alors autant y aller à fond et s'éclater. C'est ce qu'on a fait, par passion et sans prétention, si ce n'est de partager ça avec tous ceux qui s'y intéresseraient. EOP (son petit nom) est tout d'abord une nouvelle de dark fantasy de 140 pages qui retrace le parcours d'un objet qui traverse notre histoire et qui influe sur le destin de ceux qui le possèdent. L'album, par ses interludes, illustre musicalement des passages du récit en faisant intervenir ses personnages, et par ses chansons, fait avancer l'intrigue. On peut bien sûr écouter l'album sans lire la nouvelle ou le contraire, mais j'aime à croire que les deux ensemble en font une "œuvre" intéressante. A noter que cette nouvelle est téléchargeable gratuitement sur notre site.
Qu'espérez vous pour l'année à venir ?
[Remi] Pour l'année à venir, j'espère que nous pourrons faire le maximum de concerts possible, car la scène est ce que l'on préfère. J'espère aussi que nous aurons de bons retours concernant notre album, et que cela nous permette de démarcher des festivals. Et bien, entendu, que ça apporte du plaisir aux auditeurs et que l'on puisse en enregistrer un suivant !
Réussir un album de Metal à Marseille, peut-on considérer cela comme un
exploit ? Avez-vous un public réceptif dans votre ville ?[Remi] Il y a pas mal de groupes de metal à Marseille qui ont sorti des albums, ce n'est sûrement pas la ville la plus metal du pays, mais dans la mesure où il y a pas mal de précédents on ne va pas parler d'exploit. Ceci dit, il est vrai que la scène heavy metal trad est peu développée et populaire par ici, même s'il y a de bons groupes et un public qui est demandeur et que l'on voit aux concerts. Sans parler d'exploit, on va dire que sortir un album de metal à Marseille et attirer un public n'est pas si délicat, par contre, le faire dans le cadre du heavy trad, c'est assez difficile.
[Steph] Très difficile même. De toutes façons, Marseille n'est pas une ville metal et ne l'a jamais été d'aussi loin que je me souvienne. Aujourd'hui, c'est le metal extrême qui a le plus de succès (relatif bien sûr). Mais si on rentre dans le détail, on s'aperçoit que les choses sont plus complexes. En fait, il y a une mentalité qui pousse les métalleux à ne surtout pas supporter la scène locale. Et rien à voir avec la qualité des groupes, car il y en a de très bon. Tu comprends, "on ne va pas sortir le samedi soir voir un petit groupe dans un petit club enfumé". Par contre, Nightwish, Alice Cooper... font sold out. D'ailleurs, à l'occasion des concerts de groupes connus, on voit débarquer des centaines de personnes qu'on n'a jamais vu nulle part... Bref, heureusement qu'il y a aussi des metalleux curieux, qui aiment la musique et qui font bien bouger les choses! Je remercie d'ailleurs tous ceux qui supporte les groupes locaux!
Le métal ne bénéficie d'aucun soutiens de media en France, une solution pour que ça change ?
[Remi] Bonne question, mais on aurait pu la poser sans problèmes aux groupes de heavy français des années 80. La situation n'a pas beaucoup changé depuis cette époque, voire s'est même dégradée. Il est clair que les gros médias nationaux n'ont jamais soutenu le metal, ça n'a jamais fait partie de la tradition musicale de ce pays et les médias ne font aucune promo là dessus, à moins qu'on ne les y force (comme par ex avec le fameux quota de 40 % de chansons en français imposé il y a déjà un moment). Voilà à quoi ça se résume : les gros médias ne soutiendront jamais le metal en France, à moins d'y être forcés, c'est triste mais c'est comme ça que je vois les choses. Ce style n'est soutenu que par une presse (papier ou web) de passionnés qui abat un gros boulot pour couvrir la scène. Après, la situation s'est encore dégradée. Quand on pense que dans les années 80 il y a eu un festival consacré entièrement aux groupes français et que ça a fonctionné... Qui aujourd'hui organiserait un fest avec que des groupes français ? Dans plein de festivals, des groupes français qui ont plus de 20 ans d'existence passent à 10 heures du mat, avant des groupes d'autres pays qui n'ont parfois qu'un ou deux disques et 5 ans d'expérience à leur actif... Voilà où on en est, si même les organisateurs de concerts ou de festivals ne soutiennent plus la scène locale, je ne sais que dire. La solution ? On pourrait en discuter, il y a sans doute des solutions et je ne suis pas fataliste, mais je ne veux pas faire de plans sur la comète.
[Steph] Ha, je trouve que ça c'est carréme
nt dégradé car contrairement aux années 80 et 90 par exemple ou on voyait du metal à la télé, aujourd'hui, on ne nous propose plus rien en la matière. Mais quand tu vois la quasi non-qualité de ce qui est proposé sur ce média (tous thèmes confondus), ce n'est pas étonnant. Depuis pas mal de temps, la logique financière a pris le pas sur la logique artistique. Que rapporterait la diffusion de clip de metal? Quelle audience ferait aujourd'hui une émission du style "Les tympans fêlés" ? Les réponses sont les mêmes : pas grand chose. Donc la télé diffuse ce qui rapporte, même si c'est le degré zéro de l'art en général. Entre nous, a-t-on besoin de la télé pour découvrir de supers groupes? Il y a trente ans, oui, aujourd'hui, elle devient de plus en plus inutile, le web prenant le relais.Vous avez commencé avec une chanteuse, Chaos Heidi, et c'est la voix de Lucie que l'on retrouve sur l'album ? Pourtant j'ai bien vu un duo réussi sur scène avec ces 2 chanteuses ! Pourriez-vous nous éclairer ?
[Steph] Lucie est la chanteuse de Whispering Tales depuis fin 2008. C'est donc normal que tu l'entendes sur l'album! :)
Chaos Heidi a été notre première chanteuse en 2007. Elle a quitté le groupe en 2008, mais nous sommes restés amis. Lorsque nous avons souhaité intégrer du chant saturé sur le titre The Fall pour les besoins de l'histoire, nous avons pensé à elle. Elle n'a pas eu à apprendre le morceau! Pour le live, elle vient chanter avec nous de temps en temps sur ce même titre. Et je suis d'accord avec toi, ce duo est plutôt réussi!
Un nouvel album en projet ?
[Remi] Nous avons en fait deux albums en projet. L'un sera un EP conceptuel, centré autour du thème de l'inquisition dans l'Histoire et constitué de 3 chansons pour une durée totale d'environ une demi-heure.
[Steph] Je me permets de préciser que nous ne nous lançons pas dans le prog !!! Ensuite, nous nous attèlerons au deuxième album dont nous venons de terminer la composition. Nous resterons sûrement sur le même modèle qu'EOP, avec une nouvelle pour illustrer la musique, des interludes et 9 titres. Ça va peut-être devenir notre marque de fabrique...
[Remi] C'est clair. Nous avons eu une approche différente pour ce nouveau LP, avec un développement plus "cinématographique". Il me tarde vraiment de m'y attaquer !
[Steph] Et moi donc! Nous avons décidé d'aller un peu plus loin dans la notion de concept album en composant des morceaux avec des thèmes récurrents qui suivent le déroulement de l'histoire mais cela reste de pures compos metal. C'est un exercice assez contraignant mais très intéressant. Et d'après les membres du groupe, qui viennent de découvrir le travail que l'on a fait, Rémi et moi-même, il semblerait que l'on n'ait pas trop mal bossé.
Honneurs aux dames pour le mot de la fin ?
[Lucie] Nous tenons tout particulièrement à te remercier pour les délicates attentions que tu as pour les musiciennes et pour tout le soutien que tu apportes à la scène metal. Merci aussi à Spirit Of Metal de nous donner la possibilité de nous exprimer. Nous vous donnons rendez-vous sur scène en 2012! Stay metal!
Interview done by xavier74











Marrant comme la situation de Marseille me rappelle celle de Strasbourg tiens ...
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