Blackrain

Interview avec MatH (basse) et Frank (Batterie)

interview BlackrainPouvez-vous faire l’historique du groupe ?
MatH : On ne sait pas vraiment à quand remontent les débuts, on se connait depuis tellement longtemps que c’est difficile à dire. Mais on fixe ça à 2006 puisque c’est la première fois qu’on a sorti quelque chose, une démo, et ça correspond aussi à notre première tournée. Mais Blackrain existe depuis plus de 10 ans sinon. Là on en est à notre 3ème album. Entre temps on a tourné pas mal, surtout dans les années 2007-2009. Puis on s’est calmés pour travailler plus la musique, on avait un rythme de fou. On est venus sur Paris à partir de 2010, c’est le moment de la rencontre avec notre manager actuel Dany Terbeche. On est venus sur Paris pour bosser avec lui et pour se rapprocher donc on vit tous ensemble au même endroit. On a fait notre petit bonhomme de chemin, on a fait de bonnes premières parties : Scorpions, Alice Cooper, Papa Roach, Europe, Steel Panther, Koritni, Crahsdiet. Et puis cette émission de télé Incroyable Talent. Et là on sort notre album It Begins chez Sony et on est super fiers.

Est-ce que vous pouvez nous raconter votre rencontre avec Dany et ce que ça a changé dans la vie du groupe ?
MatH : La rencontre s’est faite au Hellfest, notre manager de l’époque nous a présentés à Dany. Lui avait quitté la musique depuis plus de 15 ans. On s’est fait un simple bonjour et voilà. On avait la chance d’avoir un manager qui l’a harcelé et il l’a tellement saoulé que Dany a fini par écouter notre album de l’époque Lethal Dose Of qu’on avait mixé aux Etats-Unis et c’était une catastrophe, on ne savait pas comment s’en sortir. On était complètement sur la paille, on avait mis tout l’argent qu’on avait pour finir ce mixage. Et Dany a trouvé qu’il y avait un potentiel dans les chansons vraiment inexploité. Il a donc voulu nous aider financièrement et techniquement à remixer l’album. Petit à petit il s’est pris au jeu et d’un simple mixage il est devenu manager et producteur du groupe et un peu pour nous le 5ème membre, parce que le travail qu’on a fait sur It Begins est un travail qu’on peut lui rendre puisqu’il intervient sur les arrangements. Il apporte une oreille extérieure et est réellement le 5ème membre du groupe.

C’est lui aussi qui est à l’origine de votre collaboration avec le producteur Jack Douglas ?
MatH : Oui il se trouve qu’il a été son manager dans les années 80. Il ne l’avait pas revu depuis 15 ans, ils se sont quittés pour des raisons qu’on n’a pas trop comprises. C’était la fin des années 80/début des années 90, il y avait beaucoup de drogues, la musique a plongé et ils se sont perdus de vue. Et grâce à facebook je crois, ils se sont retrouvés.



Frank : Il se trouve que Jack passait au Festival de Cannes pour un film de Martin Scorsese, et puis Dany est descendu avec Swan ainsi que des démos de It Begins. Jack a écouté, ça lui a parlé et l’année d’après on l’a retrouvé l’année d’après ici avec nous.



MatH : Quand il a entendu les chansons, il a dit qu’il voulait absolument enregistrer cet album avec vous. Mais il avait Aerosmith, ce qui n’est pas le même budget, et l’enregistrement a énormément trainé donc on attendait absolument la fin de l’enregistrement d’Aerosmith pour qu’il puisse venir. Il a fini par venir à Paris cet été et on a enregistré l’album avec lui en 1 mois, ce qui est le plus rapide qu’on a fait avec Blackrain.



Frank : On avait tellement cravaché avant, on connaissait les morceaux par cœur.



MatH : Comme on avait le temps en l’attendant, on a énormément travaillé.



Frank : Voilà on a beaucoup bossé et en même temps il y avait cette appréhension d’avoir une énorme pointure dans le monde de la musique qui venait bosser avec toi et il fallait qu’on soit à la hauteur. Et on ne savait pas quelles étaient ses méthodes de travail. On s’est maintenus près, il pensait qu’on allait avoir 1 semaine avec lui pour répéter les morceaux, et finalement ça a pris 1 journée.



MatH : De son côté aussi il y avait une peur, il n’avait jamais enregistré avec un groupe français et il avait des à priori. Il pensait que ce qu’il avait entendu c’était bien mais qu’on n’était incapables de le jouer et que c’était bien retouché en home studio. C’est pour ça qu’il voulait travailler avec nous avant de rentrer en studio et au bout de 2 jours de travail il s’est dit c’est bon.



Franchir le pas entre l’autoproduit par vous 5 et la production par une personne extérieur a-t-il été difficile à franchir ?
MatH : Non parce qu’on savait exactement où on allait donc lui il est intervenu vraiment dans le son. Il travaille en analogique comme dans les années 60-70. Il cherche les réverbes naturelles de la salle, il utilise très peu d’effets numériques. Il enregistre même des prises en une seule fois. C’est dans l’énergie et après il a ses pet
interview Blackrainites méthodes à lui. Il a énormément apporté au niveau sonore et dans les orchestrations puisqu’il fait aussi de la musique de film. Il a à disposition dans son studio aux Etats-Unis des musiciens et donc il a pu ajouter des orchestrations sans qu’on lui donne trop de directives. Ça s’est tellement bien passé qu’il nous a envoyé un premier mix, on lui a dit ce qui n’allait pas et il nous a dit de modifier nous-même ce qu’on voulait avant de lui renvoyer, c’est assez dingue. Il n’y avait pas de guerre d’egos, on a d’ailleurs même réenregistré certaines parties.

C’était justement une de mes questions à savoir si vous étiez partis ou non avec lui aux Etas-Unis. Donc ça a été un échange internet ?
MatH : Oui parce que ça coutait plus cher de se déplacer à 4. Ça a été des échanges FEDEX de disques dur, de bandes, mais c’est allé à une vitesse incroyable. Je crois que le mix a duré 1 mois maximum. On s’est super bien entendus. C’est quelque chose qu’on n’a jamais fait par le passé, mais lui était là dès le début de l’enregistrement, donc travailler à distance après a facilité les choses. Mais il revient dans 2 semaines, parce que quand il a appris notre signature, il a dit qu’il voulait défendre aussi cet album qu’il aime, ce qui est cool de sa part.



Frank : Il est impliqué et croit beaucoup en cet album. Et on est chez Sony comme Aerosmith donc ça soude encore plus les liens.

Il y a la soirée de lancement le 12 juin, il sera présent. Et il se passe plein de choses autour de vous en ce moment. Comment vous gérez ça ?
MatH : Ca fait tellement d’années qu’on joue qu’on s’est vraiment préparés à tout ça. Ce sont des marches qu’on a gravies petit à petit. Ce n’est pas comme Tokio Hotel, des gamins qu’on amène sur un plateau de télé et d’un seul coup tout devient gigantesque. Pour nous tout se fait vraiment petit à petit.

Pour la composition de l’album, visiblement ce n’est pas Swan qui a tout fait et vous avez plus participé. Est-ce que vous pouvez nous expliquer le processus ?
Frank : Swan compose la majeure partie des chansons et les lignes de chant et quelques chansons qui ont été faites par MatH et par Max.



MatH : Ce qu’il faut savoir c’est que Swan passe sa journée à faire ça, lui est vraiment à fond là-dessus. Nous on fait parfois d’autres choses à côté, pour ma part je m’occupe de l’image, d’internet. Franck a beaucoup de boulot à côté et Max travaille énormément la guitare. Swan c’est vraiment un passionné au niveau de la composition donc il nous a vraiment devancés. Au départ on composait tous ensemble, mais ça a été le premier à avoir son ordinateur avec son home studio. Donc aujourd’hui c’est lui le principal compositeur. On fait quand même quelques trucs de notre côté qu’on lui apporte et le but c’est qu’il s’approprie la chanson. S’il n’y arrive pas on laisse tomber. Mais tout passe par Swan.



Frank : Après nous on affine toutes nos parties.



MatH : Ça peut être un travail en répét’, un travail tous ensemble. On retournera peut être un jour dans ce côté composition collective mais pour l’instant on fonctionne comme ça





Du coup vous arrivez pas en répét’ avec un riff et vous partez là-dessus ?
MatH : Parfois si. Ça nous est arrivé de partir d’un riff ou d’une phrase.



Frank : Mais pas forcément en répét’. La définition de répéter c’est de répéter ce qu’on a déjà fait à la maison. On ne cherche pas les idées sur place même si ça peut être une source d’inspirations et peut être qu’on va tendre vers ça d’ailleurs. Pour l’instant il y a pas mal de morceaux en attente mais le jour où il y aura des redondances, des choses qui ont déjà été faites, on changera nos techniques.



MatH : Il y a quand même beaucoup d’émulation au sein de Blackrain. Parfois ça vient d’un truc que t’as vécu, d’une phrase simplement.

Est-ce que le dernier titre de l’album ne serait pas issu d’un gimmick live ?
MatH : Si ! C’est le but. De toute façon ce gimmick, les gens ont le refrain de plus en plus sans qu’on leur demande. C’est un truc qu’on a piqué aux japonais. Lors de notre première tournée au Japon, on sortait dans des clubs et on a découvert ce truc là que tous les japonais chantent sur tous les morceaux. C’est 4 mesures et ça marche sur tout. On se l’est approprié, on l’a testé sur scène, ça a bien fonctionné et là on s’est dit qu’on allait carrément en faire un refrain. Mais c’est vraiment le gimmick du groupe.

Sur la tournée précédente, vous avez fait beaucoup de sets acoustiques et moins de shows électriques et moins en tête d’affiche. Est-ce que c’était un choix délibéré ?
MatH : C’est simplement un manque d’opportunités, on
interview Blackrain n’a pas trouvé de gens avec qui bosser. Entre 2007 et 2009 on a beaucoup tourné en Europe, au Japon, en Tunisie. On se déplaçait ou on nous appelait. Et au bout d’un moment tu te rends compte que de tout faire, de tout accepter, tu te retrouves dans des situations complètement folles. Il nous est arrivés une fois de dormir en plein hiver dans les rues de Stockholm parce qu’on nous avait invités mais il n’y avait rien pour dormir et l’organisateur nous a dit que ce n’était pas son problème. Donc maintenant on accepte que quand on sait que c’est bien organisé. D’ailleurs c’est un truc que tous les musiciens devraient faire, parce qu’on se dit que c’est rock’n’roll, mais il faut quand même avoir un certain respect pour la musique, il y a une limite, et il y a des gens qui te proposent tout et n’importe quoi. Donc nous on attendait juste de bonnes propositions, on ne demande pas des milles et des cents, sur la plupart des concerts on n’a jamais été payés.



Frank : Ouais ce n’est pas au niveau de l’argent, mais plus des conditions. Avoir de bonnes conditions de jeu, pouvoir jouer avec notre propre matériel.



MatH : Mais de toute façon on n’a jamais été payés sur aucun de nos concerts je crois. De toute façon des fois on a même investi de l’argent pour la promo, ou pour aider des organisateurs qui se plantaient on refusait le cachet. On n’a jamais gagné d’argent donc en échange on veut que les choses soient bien faites. Le concert est un investissement pour nous donc on veut vraiment proposer quelque chose de qualité. On a bien appris avec ce truc FNAC et on ne regrette pas mais on a hâte de retourner en électrique dans de bonnes conditions. Mais là les propositions arrivent, la tournée est en train de grossir et on travaille avec Gérard Drouot donc on ne devrait plus avoir de problèmes. Ça ne sera pas forcément des salles gigantesques mais ce qu’on demande ce sont des conditions correctes et pouvoir payer les techniciens. On est 13 ou 14 sur la route et on veut que tout le monde soit payé, c’est important pour nous. On ne transige pas sur l’organisation et les conditions.



Frank : Le but c’est de proposer un bon show et d’être de plus en plus suivi et donc de prendre de plus en plus de plaisir.

C’est vrai que vous êtes beaucoup suivis, autant par des fans que par des gens qui ne vous aiment gens qui vous detestent.
MatH : Moi ce que je dis sur cette question, c’est qu’il y a un pays dans le monde où il y a un président qui a écrit un bouquin et c’est le seul bouquin autorisé. Tout le monde doit dire au président qu’il est génial. Si on vit dans un monde où on te dit que tout est beau, c’est flippant, ce n’est pas normal. Après c’est vrai que c’est con de perdre du temps pour critiquer et dire que c’est nul.



Frank : Mais s’ils ont de bonnes idées à nous donner, on est preneurs. On prend en compte les critiques sérieuses.



MatH : Mais ça arrive toujours, c’est normal, c’est dans la nature humaine et ce n’est pas important finalement.

Et niveau financier, vous en êtes où à l’heure actuelle ?
MatH : C’est de pire en pire ! Non on a de bonnes perspectives mais aujourd’hui seuls les techniciens sont rémunérés.



Frank : Tout ce qu’on peut toucher est réinvesti dans le groupe. Nous on touche absolument rien mais on a la chance d’avoir quelqu’un qui nous aide à vivre. On a réussi à créer un réseau de confiance aussi où on nous fait des avances. Ça prend du temps mais c’est important.

Une petite anecdote à nous raconter ?
MatH : Le problème des souvenirs c’est qu’il y en a tellement de bons que c’est difficile. On peut te parler d’Alice Cooper, des premières parties, des concerts, de la télé, de l’enregistrement. Des supers souvenirs il y en a tout le temps et des anecdotes il y en a des tonnes. Un jour ou l’autre on pourra en faire un bouquin !

Quel est votre rêve le plus fou ?
MatH : Faire le Stade de France dans 20 ans !



Frank : Jouer dans l’espace aussi. Avant Muse !



MatH : Nan mais c’est continuer, perdurer et ne pas perdre de créativité, ne pas devenir chiants. Pouvoir s’inscrire dans l’histoire de la musique, l’histoire du rock. Pouvoir perpétuer ce truc là parce qu’il faut penser que les gros groupes qu’on aime deviennent de plus en plus vieux et ne sont pas éternels. Nous on veut continuer à porter le flambeau aussi longtemps qu’on pourra.

Question inévitable : qu’est-ce que l’esprit du métal pour vous ?
MatH : Nous c’est vrai que parfois on dit rock, parfois on dit métal, parfois on dit hard rock, on ne sait plus trop. Mais toute cette grande famille qu’on peut retrouver au Hellfest, au Stade de France pour AC/DC, on a l’impression d’en faire partie, et depuis qu’on est gamins. Ça représente à peu près tout ce qu’on est.
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Interview done by Julien & Geoffrey

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