Art(s) et littérature >> Vos compositions littéraires...
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Vendredi 20 Septembre 2013 - 10:17:36
Souvenir d'enfance largement romancé.



Ses cheveux tressés en deux lourdes nattes, pendaient de chaque côté de son visage. La nuque ainsi dégagée, elle parvenait à sentir un ersatz de fraîcheur lui lécher le cou lorsqu'elle se déplaçait mais malgré cela, des gouttes de sueurs s'accumulaient à leurs racines et venaient se perdre dans ses sourcils ou rouler le long de ses joues. Son épiderme semblaient exsuder de manière constante. Même à l'ombre et sans bouger, il se recouvrait d'une pellicule de chaleur qui rendait sa peau luisante comme si elle s'était enduite d'huile . Mais ici rien de telle, seule l'effet d'une canicule effroyable irisait sa peau de milliers de particules d'eau et de sodium qui reflétaient de manière ostentatoire la plus infime parcelle de lumière. En ce samedi matin, il lui semblait qu'à force de chaleur, le monde allait finir en une ridicule petite flaque d'eau boueuse.

Il n'y avait pas que ses cheveux qui lui tenaient chaud. Sa robe de coton lui pesait également. Elle était pourtant restée un temps infini devant son armoire afin de choisir le vêtement qui serait le plus susceptible de ne pas accentuer la sensation de chaleur. Elle avait fini par jeter son dévolu sur une petite robe légère avec des parties en crochet afin de réduire au maximum la surface de peau en contact avec du tissu. En faisant ce choix, elle avait imaginé que l'air s'y engouffrerait et lui apporterait un peu de fraîcheur. Mais là, à la frontière des deux mondes, elle se rendit compte qu'il n'en était rien, pour la simple et bonne raison que l'air avait disparu. Il n'existait plus, il avait été aspirée puis recrachée sous la forme d'une mélasse poisseuse et étouffante qui vous corsetait plus étroitement que n'importe quel fanon de baleine à lacet. Rien ne semblait pouvoir atténuer la fournaise qui régentait leur vie depuis quelques semaines. Tout était devenu plus compliqué, plus extrême. Le moindre geste était pénible et amplifiait cette impression désagréable de se liquéfier, de se regarder fondre. Inexorablement. La chaleur ne vous laissait aucun répit. Nuit et jour, elle vous crucifiait sans relâche, rien ni personne ne trouvait grâce à ses yeux. C'était devenu une entité à part entière. Une déesse monolithique, implacable et tyrannique, qui vous écrasait au sol, entravait vos mouvements, annihilait votre volonté. Elle avait réduit l'univers à deux concepts: Ombre et fraîcheur. Rien d'autre n'existait. Rien d'autre n'avait d'importance.

Planté sur le seuil de la cuisine, elle regardait la distance qui la séparait de son objectif. Elle devait traverser la cour sur toute sa longueur. A peine plus de 60 mètres, autant dire rien; en temps normal mais aujourd'hui ...

La configuration des lieux accentuait l'impression de brassier. La cour était coincée entre les murs de la maison et le pignon de la demeure voisine. Large de 6 mètres, elle était entièrement pavée sur les trois quarts de sa longueur. Au delà, des gravillons blancs prenaient le relais et les pignons étaient remplacés par de haut murs de pierres grises. Pas un pouce d'ombre, pas la moindre végétation. Au fond, une remise venait clore l'espace. Dans son prolongement, on pouvait deviner une porte en bois en partie cachée par un énorme tilleul, Seul élément végétal de cet univers minéral, mais, même lui, semblait accablé par ses centaines d'années d'existence. Ce n'était plus un arbre mais un vieillard prostré par le soleil. Une image trouble de plusieurs siècle inscrite dans son présent. Cependant là résidait la délivrance et non pas dans la vieille bâtisse qui tournait sa gueule noire dans sa direction. Elle était comme une promesse d'un monde d'ombre perdu au milieu de la clarté aveuglante des pavés surchauffés mais comme tout le reste, elle était à la solde de la tourmente. Traîtresse, elle vous invitait à venir vous protéger de l'ardeur du soleil mais entre ses murs la chaleur vous étouffait dans une odeur de foin et de poussière qui vous prenait à la gorge.

Son regard se porta de nouveau sur la cour. Ici, la chaleur semblait plus vivante que partout ailleurs. Elle avait l'impression d'entendre les rayons du soleil exploser sur les pavés avant de ricocher indéfiniment de pierres en pierres, de gravillons en gravillons jusqu'à créer un faisceau invisible de fils de chaleur emprisonnant tout sur leur passage.

Après un temps d'hésitation, elle prit son courage à deux mains et quitta la relative fraîcheur de la maison. Son pied nu s'appuya avec force sur le dallage de la cour. Elle laissa échapper un cri et le releva aussi vite que l'influx nerveux avait relié l'information jusqu'à son cerveau. Un pied sur le granit de la marche, un autre en suspend, elle fit demi tour et rentra chercher ses sandales. Les pieds sanglés dans ses chaussures, elle s'avança à travers la cour. Les fils de chaleur se ruèrent sur sa peau tendre. Ils remontèrent le long de ses mollets et de ses cuisses nus jusqu'à pénétrer sa bouche haletante. A chaque pas, ils resserraient leur étreinte, lui enserraient le ventre, écrasaient sa cage thoracique, serraient sa gorge. Chaque mouvement devenait plus harassant, son souffle plus pénible. Elle se sentit engloutir. Dans un excès d'exaspération infinie, elle se mit à courir, défiant cette vieille déesse immonde qui les clouait au sol depuis des jours. Instantanément l'eau se mit à couler le long de ses membres. Il pleuvait à l'intérieur de son corps. Pluie au goût de sel qui débordait par tous les pores de sa peau. Incapables de maintenir leur étau, les fils de chaleurs glissaient sur sa peau ruisselante. La sensation d'entravement disparu mais son organisme s'alarma face à cette débauche énergétique. Son sang se rua à travers ses veines dilatées. Submergé par cette déferlante, son coeur s'affola, pompant son sang par grande goulée pour l'envoyer se fracasser contre ses tempes. Ses poumons arides inspiraient et expiraient dans la douleur mais rien n'y fit. Elle baissa la tête, entra en elle même et poussa son corps en avant, vers ce point vert tout juste visible à travers la fente de ses yeux mi clos.

Le premier, son pieds droit brisa le cercle de feu. Du bout des orteils, il projeta le reste de son corps vers l'ombre et la fraîcheur. La sueur se glaça instantanément sur son dos et sur son ventre. Un frisson la parcouru. Petit moment d'extase. A l'abri du feuillage, elle respira cet air vert libérateur. Puis, elle attrapa l'ourlet de sa robe à pleine main et le remonta jusqu'à son visage. Elle en épongea la sueur qui lui ruisselait le long des joues sans le moindre état d'âme pour son vêtement propre. Une fois séchée, elle se retourna, un petit sourire sardonique au coin des lèvres. Fière de son acte de bravoure, elle regarda d'un air méprisant ce creuset du diable. Sa victoire n’était pourtant pas totale. La tête lui tournait et une vague nausée lui barbouillait l’estomac. Elle recula jusqu'à ce que son dos se posa contre le tronc d'arbre, plaqua ses mains à plat sur l'écorce, la tête légèrement en arrière et respira lentement. L'air chlorophyllé était un met de choix pour son sang en fusion. Elle le  dégusta par petites aspirations précieuses en regardant les feuilles immobiles au dessus de sa tête. L’oxygène frais remplaça dans ses globules celui saturé de chaleur. Une fois la sensation de mal être disparue, elle regarda autour d’elle. A sa gauche, la porte en bois menant au jardin et à sa droite, une table en fer forgé sur laquelle avait été déposés un bol de porcelaine et un plat en grès. A leurs côtés reposaient un couteau grand comme deux fois sa main et encore un peu plus loin une planche à découper et un hachoir. Une vieille gamelle, faisant office de poubelle, était également poussée sous la table. Les fesses calées contre le tronc, elle s'accroupit et attendit.

Rien ne bougeait, aucun sons ne lui parvenaient. L'air chaud avait fait fondre jusqu'aux bruits. A son contact ils se liquéfiaient à leur tour, se transformant en petit amas gluant avant d'être engloutis par la torpeur moite qui cristallisait son univers. Au pied du grand arbre, elle avait l'impression d'être seul au monde. Un no man's land de lumière la séparait du reste de sa famille. Elle savait sa mère et sa sœur dans la cuisine à quelques mètres d'elle mais à cet instant cela n'était plus qu'une pensée irréelle comme le souvenir d'une autre vie. La distance s'était étirée tel un long fil de guimauve poisseux et collant. Rien n'existait plus au delà de la lisière ombrageuse de son refuge. Deux concepts: Ombre et fraîcheur. Rien d'autre n'avait d'importance.

Dans une demi somnolence, elle entendit ses pas crisser sur les gravillons. Elle savait qu’il remontait encore l’allée du jardin n’ayant pas entendu la porte s’ouvrir. Les pas s’arrêtèrent, la poignée pivota jusqu'à l'horizontal. Rien. La porte résista, bloquée par la glycine qui la surplombait. Quelques coups de sécateur auraient suffit à la dégager mais pas maintenant, ce soir ou un autre jour, dans un autre temps quand le monde se déchirera dans un éclair et renaîtra de ses cendres sous les coups de boutoirs de pluies torrentielles mais pour le moment la nature avait reprit le pouvoir et elle n’irait pas la défier. Elle resta sous l’arbre et le laissa se débrouiller seul. Au pire il ferait demi tour et passerait par le fond de la grange. Elle entendit son coup d’épaule contre le bois. La porte s’ouvrit d'un coup obligeant la glycine à céder la politesse. Elle tourna la tête. Sa silhouette apparut dans l'encadrement. Il lui sembla petit. Avait t-il toujours été ainsi ou était ce elle qui avait grandi depuis leur dernière rencontre? Cela n'avait guère d'importance en soi mais c'était à ce genre de chose qu'elle se rendait compte que son monde commençait à changer et avec lui sa perception des êtres qui le peuplaient depuis sa naissance. C'était parfois des petits rien: une robe qui lui serrait la poitrine, une réflexion, des envies nouvelles et d'autre fois, comme aujourd'hui, l'impression de basculer dans une autre dimension. Afin d'évacuer cette sensation, elle le détailla. Son maillot de corps faisait ressortir les muscles ronds de ses bras et on pouvait apercevoir un début de bedaine que soulignait avec bonheur un pantalon de coutil beige tenu à la taille par une ceinture faite de ficelle jaune paille. Ses jambes légèrement arquées, sa démarche chaloupée, le tatouage sur son biceps gauche, sa casquette enfoncé sur son crane, lui donnaient l'impression de voir s'avancer vers elle un vieux loup de mer. Les retrouvailles avec ces détails familiers la rassérénèrent.

Bloquée par la glycine, la porte ne se referma pas complètement sous sa poussée. Il n'insista pas, encombré par la boule de poils qui s'agitait au bout de sa main. Pendu par les pattes arrières, tête en bas, prise de panique, elle alternait les coups de reins, s’arc-boutant dans de vaines tentatives pour s'échapper, et les phases d'abattement. A ce moment, son affolement se devinait à la rapidité avec laquelle son ventre palpitait. Il ne se dirigea pas tout de suite dans sa direction mais pivota vers la remise pour y disparaître. Une angoisse lui étreignit le coeur et si elle l'avalait. Il était vieux. Pourrait - il lutter contre elle? Elle s'imagina attendre, puis finir par se lever et se diriger, tremblante, vers l'entrée. Chercher du regard sa silhouette dans la pénombre. Le vide atroce au creux de son ventre lorsqu'elle apercevrait la masse sombre de ses vêtements sur le sol avec pour seul preuve de son (sa) (non-) existence, une tâche humide à la place du coeur. Au fur et à mesure que les images se formaient dans son cerveau fiévreux, elle se rendait compte de l'énormité de son délire. Las, elle posa son front sur ses bras repliés. Depuis quand de telles pensées s'agitaient en elle. Parfois elle avait l'impression que ça virevoltait à une vitesse folle sous son crane sans aucun moyen de stopper le flux incessant. Épuisant.

Tout à ses réflexions, elle ne le vit pas ressortir. Ce fut à nouveau le bruit des gravillons écrasés par ses croquenots qui lui révéla sa présence. Il tenait deux tabliers de grosse toile bleue à la main. Elle le regarda approcher. Aucune gouttes de sueur ne perlaient à son front. Le souffle un peu court à cause du mégot de sa gitane maïs qui menaçait fortement d'embraser sa moustache, il avançait tranquillement vers elle. Son pas était lourd, encombré par les ans mais la chaleur ne semblait avoir aucune prise sur lui. Il semblait bien moins accablé qu'elle par les températures extrêmes de ces derniers jours. Sa carcasse, toute vieille et usée qu'elle fut, n'était pas prête de rendre les armes. Maintenant qu'il était plus proche, elle pouvait voir ses yeux. Ils ressortaient comme deux épites sur son teint halé. Elle avait les mêmes. Des yeux plein d'eau de mer et de tempête, toujours en mouvement, toujours changeants en fonction de la luminosité et de ses humeurs, allant de la mer du nord à la côte d'émeraude en passant par les bleus glaciers et quand ils rencontraient l'océan et le soleil, ils devenaient translucides comme les mers du sud. Cette particularité faisait que peu de personne s'accordaient sur leur couleur. A vrai dire, elle était bien incapable de la définir elle même.

« Tiens.»

Il lui tendit les deux tabliers. Elle les posa sur la table et en prit un. Son monde changeait mais pas au point de pouvoir enfiler un de ses tabliers sans être obliger de faire un noeud à la sangle en cuir de la bavette afin qu'elle ne lui tombe pas au milieu du ventre et d'en replier le haut pour qu'il ne traîne pas au sol. Elle avait encore un peu de temps devant elle avant de plonger définitivement.

Pendant qu'elle s'escrimait comme une diablesse sur son tablier trop grand, il posa l'animal sur la table. A son contact, les pattes s'agitèrent afin de prendre appui sur la surface plane dans une dernière tentative de fuite. Les griffes crissèrent sur la ferraille et y imprimèrent de petits sillons désordonnés. Son grand-père posa sa main libre sur l'arrière-train de l'animal et le plaqua sur le métal. Les pattes arrêtèrent de s'agiter, les pupilles dilatées, l'animal abandonna. La main remonta jusqu'au cou et déplaça le corps sur la droite. Une fois la tête de l'animal dans le vide, il sorti de sa poche de pantalon un petit gourdin en noyer. Avant de frapper, il réassura sa prise puis asséna un grand coup sur la nuque de la bête, juste derrière les oreilles. Un coup sec, précis, sans la moindre hésitation dans le geste. Un coup pour tuer proprement. La vie s'échappa de l'animal dans un craquement. La nuque brisée, son ventre cessa de s'agiter.

Il ramena la dépouille au milieu de la table et l'abandonna le temps d'enfiler son propre tablier. Une fois habillé, il extirpa de la poche ventrale un bout de ficelle identique à celui qui lui servait de ceinture. Elle suivi du regard ses mains expertes accomplirent leur besogne. Il noua un bout à chaque pattes arrières puis attacha l'autre extrémité à une branche d'arbre. Écartelé, son ventre blanc tourné vers eux, elle se rappela la chaleur de sa fourrure quand elle y passait ses doigts. Sa soeur leur avait donné des noms, pas elle. Même si elle prenait plaisir à les caresser, elle savait qu'elle était leur destiné. C'était peut être du sentimentalisme idiot mais l'idée de nommer ce qui allait finir dans son assiette la dégouttait. Nom d'un chien, elle ne se voyait pas se dire en mangeant « Hum excellent ce Caramel, bien meilleur que Pompon. » Quelle horreur. Alors pas de nom, pas d'attendrissement excessif, une caresse quand elle leur apportait du trèfle mais c'était tout. Elle ne savait pas comment sa soeur pouvait faire. Enfin si elle savait: on ne lui disait pas que c'était les mignons petits lapins qu'elle avait caressé quelques heures plus tôt. Voilà ce qu'elle ne savait pas: comment sa soeur pouvait être aussi naïve. Elle était plus jeune certes, mais quand même. Ne pas faire le rapprochement entre les clapiers du fond du jardin et l'animal dans son assiette relevait de la débilité profonde ou d'un acte de déni extraordinaire car il en fallait de la force de conviction pour refuser de voir la vérité en face. A ce niveau là, c'était du grand art.

« Couteau »

Elle sursauta. Et voilà encore perdu dans sa tête. Elle s'approcha de la table et referma sa main sur la garde en faisant bien attention de tenir la lame vers le bas comme il lui avait expliqué maintes fois. La corne du manche était fraîche dans sa paume. Elle le tourna vers lui, la lame toujours pointée vers le sol. Dès qu'il l'eut en main, elle retourna vers la table, prit le bol de porcelaine et se plaça à ses côtés.

Au moment où il planta la pointe de la lame dans l'orbite de l'animal, elle positionna le récipient de manière à récupérer le sang.

« Tu as le choix. Soit tu peux le saigner au niveau de la carotide soit au niveau de l'oeil. L'inconvénient de la carotide c'est que le sang coule sur les poils et comme on va s'en servir... Du coup je préfère l'oeil. »

Elle entendit ses paroles avant même qu'il ne les prononce. Elle connaissait le rituel par coeur: les gestes, les mots, les explications. Elle aurait pu le faire toute seule. Il ne lui avait jamais proposé. Pourquoi? Mystère. Parce que c'était une fille. Bof, l'explication lui semblait oiseuse. Elle avait déjà vu sa grand mère le faire et bien d'autres femmes. Son age peut être ou sa mère. Oui sa mère était certainement la piste la plus plausible. Des fois qu'elle se blesserait avec le couteau. Mon dieu, priez pour les mamans poules. En même temps, elle ne l'avait jamais sollicité. Ca ne l'emballait pas plus que ça et tant qu'elle pouvait y échapper cela ne la dérangeait guère.

Doucement, le sang se mit à couler. Pas de gros bouillonnements impétueux, d'éclaboussures rageuses, un simple petit filet régulier remplissant un adorable petit bol blanc décoré d'un liseret en forme de damier blanc et bleu. Une mort sans heurt et silencieuse. Une mort sans cruauté. L'odeur métallique du sang frais, rendu plus prégnante par la chaleur, remonta jusqu'à elle. Ses narines palpitèrent sous le stimulus. Il avait la même odeur que son propre sang. Ca pourrait être son propre sang. Ailleurs, avant et même maintenant elle pourrait être gibier, crochetée, exsangue, nourriture ou trophée. Sur cette image, le débit commença à se tarir jusqu'à se transformer en goutte à goutte et avec lui son imagination. Première étape, première odeur. Encore deux à venir.

Elle attendit patiemment le signal de son grand-père avant de retirer le bol de dessous l'animal et le déposa avec délicatesse sur la table avant de sortir la vieille gamelle et de la poser à côté de lui.

Le couteau virevolta à nouveau.
Tchic, tchic, le fil de la lame parfaitement aiguisé, incisa avec précision et dextérité la peau au niveau des chevilles de chaque pattes arrières, puis la pointe se replaça à la naissance d'un des deux découpes. Deux autres mouvements, deux autres crissements de lame sur les poils pour deux autres incisions formant un « V » qui partait des chevilles jusqu'au bas ventre de l'animal. Pour le moment rien de plus que quelques coupures au milieu de la fourrure. Pour le moment, il ressemblait encore à un doux petit animal.

Après avoir reposé son couteau, son grand-père saisie la peau au niveau des chevilles incisées. Il tira sans efforts afin de dénuder le corps inerte. De temps à autre il s’aidait du couteau pour trancher le film translucide qui reliait la peau à la fourrure et qui entravait la bonne marche du dépeçage. D’un tour de main, l’animal était dépouillé de sa fourrure. La chair rosée et luisante remplaçait le pelage beige et duveteux. Au niveau de l'abdomen, où se devinait par transparence les viscères, elle prenait une teinte bleuté. Les dents et les yeux ressortaient de manière proéminente maintenant qu’il n’y avait plus rien pour les habiller. Totalement dénudée, hormis deux petits chaussons de poils parfaitement incongrus et presque comique au niveau des pattes arrières, la carcasse pendait, impudique, le long de l'arbre. Une nouvelle odeur flottait dans l’air. L’odeur de la chair mise à nue. Odeur tenace mais somme toute assez légère. Deuxième étape, deuxième odeur. Encore une à venir.

Pour la troisième et dernière fois, le couteau entra dans la danse. Il se planta dans le bas ventre et remonta jusqu'à la cage thoracique ouvrant l’animal en deux. Écartelé, émasculé, les tripes pendantes, le joli petit animal n’était plus qu’un tas de boyaux béants. L’odeur était plus forte. Troisième étape, troisième et dernière odeur. Odeur de viscères et d’excréments.

Elle prit le plat et le tendit. Les doigts de son grand-père fourragèrent à l'intérieur des entrailles. Les intestins, la vessie, l’oesophage furent extirpés du corps et jetés à la poubelle. Le foie, les rognons et le coeur furent déposés dans le plat en grès. Une fois l'opération achevée et l'animal parfaitement éviscéré, elle reposa le plat sur la table. Son rôle d'assistante s'arrêtait ici. A présent, il allait détacher l'animal et le découper. Quant à elle, elle allait devoir apporter le bol de sang jusqu'à la cuisine.

Elle posa ses doigts autour de la porcelaine et souleva doucement. Elle pivota sur elle même et se dirigea à la lisière de l'ombre. De nouveau, son regard évalua la distance qu'elle avait à parcourir. A peine plus de 60 mètres ... Cette fois-ci, elle ne pourrait avancer que pas à pas afin de ne pas renverser son précieux chargement. Pas d'acte de bravoure. Un lent et précautionneux cheminement jusqu'à l'autre extrémité de la fournaise. Dans un dernier regard vers la porte de la cuisine, elle crut apercevoir un visage grimaçant au milieu des mirages de la cour. Comme si la chaleur l'attendait, vindicative, sachant qu'il ne pourrait y avoir de course, qu'elle ne pourrait que subir. Comme si la vieille déesse s'était départie de son stoïcisme et se délectait de l'avoir à sa merci.

Le premier, son pieds droit brisa le cercle d'ombre et de fraîcheur. Du bout des orteils, il projeta le reste de son corps vers la tourmente...








Samedi 21 Septembre 2013 - 00:00:11
Pavé César, ceux qui n'ont pas lu te saluent.


(pardon je me suis trompé de forum...)


Dimanche 22 Septembre 2013 - 22:25:13

citation :
Error404 dit : Pavé César, ceux qui n'ont pas lu te saluent.


(pardon je me suis trompé de forum...)


Feignasse


Jeudi 26 Septembre 2013 - 16:55:00
Pas encore lu Ton texte Deriv' (je me le charge pour le lire ce soir)

Par contre j'ai créé un sujet concernant ma nouvelle (maintenant que j'ai à priori supprimé toutes les fôtes)

http://www.spirit-of-metal.com/forum/lire_topic-id-44435-p-1-l-fr.html

Bonne lecture.


Vendredi 27 Septembre 2013 - 09:48:03
@Vinz: En même temps ce n'est pas un obligation. Regarde Error

J'ai lu ta nouvelle. Effectivement on sent bien bien l'influence de l'univers de Lovecraft et même Hitchcock

Pomme a disparu. Quelqu'un a une idée du pourquoi?


Vendredi 27 Septembre 2013 - 12:52:44
Je plaide coupable pour Lovecraft... Pour Hitchcock je suppose que les goélands belliqueux y sont pour quelque chose car à par un film de lui (Psychose) je n'ai pas de source de ce côté là.

Sinon j'ai lu Ton texte...

Bien ficelé, comme d'hab. Par contre une petite relecture aurait fait disparaître quelques fautes un peu voyantes.

Sinon j'en ai une petite assez.... Comment dire.... Sale. Atroce.

La voici (âmes sensibles....) :







Terminus




Tellement absorbés par leurs IPhones, tablettes numériques, lecteurs MP3 ou journaux gratuits ils ne remarquèrent pas tout de suite que l’espace entre les deux stations de métro s’était passablement rallongé. La rame continuait d’avancer dans ses crissements caractéristiques des roues de métal frottant contre les rails. D’abord se fût une dame qui regarda par la fenêtre. Et vis les parois du tunnel défiler avec ses câbles Semblant serpenter le long des murs, les petits néons perçant tant bien que mal les ténèbres de leur chiche lumière. Puis une autre personne sembla se rendre compte que quelque chose d’inhabituel se produisait. Et, comme une trainée de poudre, une vague de Tension traversa le wagon, et celui d’après.  Les gens se regardèrent, nerveux. Puis un choc ébranla      les voitures. Puis encore un autre. Les gens commencèrent à s’agiter. Les visages devenaient inquiets, angoissés. Une personne tenta en vain d’activer le signal de détresse. Un homme demanda aux gens de s’écarter des vitres et se mit au labeur d’en briser une. Il fallait absolument s’échapper. Tous le sentaient. Mais comment sortir de ce piège ? Il fallait d’abord stopper cette machine infernale. Dans les autres wagons régnait la même agitation. Le métro continuait d’avancer dans une pente assez marquée. Il descendait, descendait, descendait. Inexorablement. Dans le wagon de tête les gens tentaient de défoncer la porte qui sépare la cabine du reste du wagon. Quand ils arrivèrent enfin à l’arracher ils s’aperçurent avec effroi qu’il n’y avait personne aux commandes. Et pire que cela. Rien n’était allumé. Comment stopper une machine qui fonctionne sans commande ? Pendant ce temps les portes qui séparent chaque voiture furent forcées pour permettre aux gens de communiquer. Les cris de peur des uns se mêlant aux  tentatives des autres de calmer tout le monde. Puis un violent choc secoua toute la rame. Un Silence de mort suivit. Bientôt brisé par un homme d’une cinquantaine d’années qui déclara qu’il faudrait sauter du métro en marche en passant par l’arrière. Aussitôt les gens se ruèrent vers l’arrière. Certains furent bousculé, une vieille dame glissa et se retrouva piétinée par une armada de chaussures et de talons. Lorsqu’on la releva, elle avait cessé de vivre. Cela jeta un froid cinglant et glacial dans toute la rame. Dehors, les parois de béton avaient depuis longtemps fait place à de la roche nue dépourvue de tout signe distinctif. La chaleur semblait augmenter doucement. Sûrement due au manque d’air frais.
A l’arrière, trois personnes s’acharnaient à faire sauter la porte de la cabine. Étrangement celle-ci semblait ne pas vouloir céder. Les autres personnes commencèrent à s’impatienter et les exhortaient à se dépêcher. A l’extérieur la roche défilait sens cesse.
D’autres personnes remplacèrent celles qui s’affairaient sur la porte. Puis un nouveau choc ébranla derechef la rame. Subitement l’angle de descente s’accentua. Le train fou accéléra emporté par son élan… En queue les gens essayaient frénétiquement d’ôter la porte. Certains y laissèrent leurs ongles. L’on arracha un siège avec lequel on tapa violemment mais rien n’y fit. La porte et la paroi de la cabine semblaient invincibles.
C’est alors qu’un changement se fit. Les parois jusque là en roche nue s’étaient teintées d’une couleur rougeâtre. Une odeur de chair pourrie se fit sentir. Une personne tenta de sauter par une des vitres brisées sur le côté, mais son corps n’avait pas encore franchit entièrement l’orifice que celui-ci retomba lourdement dans la rame, amputé d’une épaule et de la tête, déversant des flots de sang sur les sièges et les occupants horrifiés. Il était clair qu’il était impossible de sortir par là. Seul le passage à l’arrière était viable, mais diaboliquement celé et infranchissable. Un autre choc. Les néons clignotèrent. Puis certains claquèrent. Les wagons se retrouvaient ainsi dans la pénombre. Puis une vague indescriptible de peur et de mal balaya la rame provoquant une frénésie de la part de ses occupants. Les gens se mirent à hurler, d’autres perdirent le contrôle de leur raison et se mirent à s’agiter dangereusement. S’attaquant à leur semblables. Le chaos explosa comme une bombe. Un homme attrapa un autre avec la ferme intention de l’étrangler serrant comme un diable la gorge, les yeux dilatés par la folie meurtrière qui venait de prendre possession de lui. Sa victime tenta en vain de se libérer, ils tombèrent au sol. Immédiatement une femme se mit à les assener de coups de pieds allant jusqu’à taper avec ses talons aiguilles dans le flanc de l’agressé. Elle finit par planter ce dernier dans l’abdomen, le sang se répandit. A côté d’elle un homme s’étranglait tout seul avec sa cravate. Plus loin deux hommes s’empoignaient violemment, la folie leur déformant le visage. Dans un autre wagon une femme était agressée par trois hommes qui la violèrent tour à tour avant de s’en prendre à une autre. Dans cet affreux chaos des hommes et des femmes restaient prostrés devant l’horreur qui se déroulait devant eux.
Dans la rame de tête une femme sorti son briquet et alluma son 20 minutes puis l’aspergea de parfum avant d’attraper d’autres journaux gratuits et de mettre le feu aux sièges, un sourire pernicieux aux lèvres. Une fumée âcre se répandit asphyxiant les passagers. Certains reculèrent pour aller dans le wagon suivant d’autre dans leur aliénation se jetèrent dans les flammes. Dans le wagon de queue deux hommes tentaient toujours d’ouvrir la cabine. Mais avec le crâne d’un adolescent cette fois. Sa tête heurtant la parois avec un son écœurant, sa figure déjà méconnaissable sous les assaut répétés de ses bourreaux. Dans le wagon du milieu un homme, resté jusque là calme, sorti de son imper un flingue et se mit en devoir de vider son chargeur sur tout ce qui bougeait, tirant à tout va. Tuant ici une femme, là un homme, puis un autre homme d’âge avancé. Il riait comme un forcené puis il retourna l’arme vers lui et tira expulsant sa cervelle vers le plafond avant de tomber lourdement comme un quartier de viande. Dans un coin un homme d’une quarantaine d’années s’automutilait avec une paire de ciseaux, son abdomen éventré laissant couler ses intestins sur le strapontin. Une fois son ventre crevé il y plongea la main, farfouillant ses entrailles, le regard vide et hagard. Puis il ressorti sa main avec laquelle il tenait son foie. Il n’eut pas le temps de contempler son œuvre macabre qu’une femme lui arracha des mains avant de mordre dedans puis s’attela à dévorer l’homme. Ailleurs c’était cette fois un homme qui se retrouvait abusé par un couple dégénéré avant d’être forcé par la fenêtre où sa tête râpa sur les parois disparaissant peu à peu limée par les murs. Puis comme si cela ne suffisait pas un nuage bleuâtre se répandit dans tout le métro. Une émanation lugubre relent direct de l’enfer qui arracha les dernières barrières qui retenait l’ignominie de se déchaîner pleinement. Les survivants devinrent hystériques hurlant à la mort tout en finissant de se déchirer les uns les autres.
Et lorsque le métro revint sur les rails à toute vitesse, emplit de cadavres méconnaissables et se fracassa contre une autre rame à l’arrêt, personne ne su ce qu’il s’était passé. Les deux rames ayant fusionnées dans un amas de tôles froissées, broyant les corps meurtris ainsi que ceux de la rame saine, les enquêteurs ne purent jamais imaginer ce qui avait tué tous les passagers. Même si des traces suspectes avait été repéré par ces derniers, ils ne prirent pas la peine d’étudier les indices. La preuve d’une défaillance technique ayant été apporté pour justifier le drame.




Paris
Avril/septembre 2013



Vendredi 27 Septembre 2013 - 12:58:13

citation :
DerivationTNB dit :
Pomme a disparu. Quelqu'un a une idée du pourquoi?



C'est la saison où elles tombent des arbres, les pommes... Non ?
Ou alors un ver de trop....

Plus sérieusement : pas la moindre idée.


Vendredi 27 Septembre 2013 - 13:31:51

citation :
VinzWallbreaker dit :  Par contre une petite relecture aurait fait disparaître quelques fautes un peu voyantes.


Si tu savais ...
Je relis mais mon cerveau ne suit pas et ne les voit pas. Pour lui rien d'anormal ... dyslexie.
Il faudrait que j'imprime, lire sur du papier m'aide à mieux les repérer Je ne sais pas pourquoi. Trop de facteurs aggravants avec l'ordi peut être: la distanciation écran, la luminosité, le manque d'aération du texte ... Et plus je vieillis, pire c'est.

Je lirais le sale, atroce, âme sensible plus tard.


Vendredi 27 Septembre 2013 - 14:25:25
T'inquiètes, pour mon texte "Fomoirés" je l'ai relu plusieurs fois sur écran et sur papier, je l'ai passé au correcteur de Word et même comme ça j'ai quelques doutes encore.
Et puis c'est connu on voit mieux les fautes chez les autres.


Sinon v'là la "couv" de ma nouvelle




Dimanche 29 Septembre 2013 - 18:51:04
Petit écrit fait après un vernissage chez un excellent ami, alors que sa fille et l'un des amis de cette dernière nous jouait la "Danse Macabre" :

"Les gens s'étaient progressivement tus au profit de la musique qui démarrait
timidement et qui avait, peu à peu, gagné ce combat insolite contre le bruit de
fond, sans que personne ne le remarque. Les pianos avaient gagné dans cette
bataille inégale.
Ils étaient deux à jouer, mais je ne voyais pas celui de gauche. Seule celle de
droite m'était visible : plus particulièrement son dos et sa main gauche. Aussi
étonnant que cela puisse paraître, ce me fut amplement suffisant pour que je
sois étrangement transporté par la musique. Certes j'appréciais ces suites de
notes, mais sans ce corps visible, jamais je n'aurais été à ce point bouleversé
car, il faut l'avouer, c'était une scène vraiment étrange qui se déroulait sous
mes yeux.
Imaginez, la musique avait ici deux corps, deux âmes ! et elle imprégnait les lieux avec autant de vivant que ne pouvaient l'être tous ces gens qui, comme moi, le verre à la main, s'attendaient à quelque distraction qui les occuperait le temps qu'elle durerait. Pourtant je compris rapidement que quelque chose d'autre naissait.
Je saisis donc mon téléphone pour rédiger des lambeaux que j'avais perdus depuis plusieurs semaines déjà : de l'inspiration ! J'attrapais au vol ce que je
voyais et l'imprégnais de ce ressenti si étrange, si effarant et si discret que
je respirais avec les notes tendres et sèches des pianos.
Je m'attardai sur les mouvements de la jeune fille : tout son corps remuait et se
balançait étrangement, comme s'il ne lui appartenait plus, comme si une entité
s'en était emparée et la déplaçait grâce à des fils invisibles. Elle dansait
assise ; elle bougeait immobile, comme un paradoxe parfait et commun.
Quant à son visage, il était reflété dans le piano verni, marqué par une
indescriptible absence d'expression dans laquelle la concentration, fort
naturelle, semblait toutefois une douce anomalie. Ces traits n'exprimaient rien
et tout à la fois ; ils suggéraient adroitement que la musique était ici seule
maîtresse mais avec une politesse presque timide.
C'était tout simplement beau, au sens le plus pur et le plus sacré du terme, et d'une douceur, d'une joie étrange que faisaient vivre ces petits doigts qui caressaient plus les touches qu'ils n'appuyaient dessus. La réalité sonore était suggérée et vivace, et les deux pianos chantaient en chœur, se parlaient et se répondaient sans utiliser plus de mots que nécessaire ; c'étaient deux bons amis qui se racontaient une histoire comme les personnages d'une pièce de théâtre.
À côté, nous n'étions que des anomalies, des amas d'imperfection désireux de
ressentir quelque chose à défaut d'y comprendre un traître mot.
Mais cette musique, cette image, cette ivresse bouleversante étaient pourtant
éphémères, car elles se turent bien vite après une ultime envolée, comme les
derniers battements d'un cœur avant l'éternité.
Les musiciens se levèrent et l'entité disparut aussi vite qu'elle était venue,
discrètement, sur la pointe des pieds. Ils sourirent et saluèrent le public de
néophytes ravi... mais la pureté s'en était allée."