Je me permets de poster un tout dernier passage de mon écrit (je ne pense pas en poster d'autres, donc inutile de faire un nouveau topic) relativement frais et plus long que la normale, j'espère que cela plaira autant que le reste. Pour remettre dans le bain, le narrateur est en prison et se remet en question.
"Avais-je jamais été heureux ? Cette question s'imposa à moi au fil de mon voyage
Mental, et j'opérai une remise en question de l'intégralité de mon existence. J'étais né par inadvertance, j'avais grandi parmi de véritables inconnus dont je n'avais partagé que le sang, j'avais été à l'école avec des élèves méprisables... je m'arrêtai ici. En dévisageant mes ténèbres, je revis précisément ce jour où,
Seul assis sur une marche de la cour de récréation, je regardais les autres s'amuser, jouer et rire comme ils riraient rarement au cours de leur vie. Ils jouaient à la marelle, au loup, attroupés selon leurs affinités claniques. Je les regardais avec envie :
ils s'amusaient. Leur bonheur éphémère restait
Intense et heureux, et ils m'en excluaient. Me voici spectateur du bonheur des autres ! `A cet instant précis, j'aurais dû comprendre que ma vie allait être ainsi : je resterai comme un con sur le bord de la route à regarder la joie me passer sous le nez. La fin de la récréation sonna, et nous retournâmes tous, enfants idiots, devant nos tables de bois.
Soudain, je fus extirpé de mon enfance par ce début de
Rage et d'injustice, l'introspection -- la tempête sous mon crâne -- se poursuivit : j'étais jeune, à présent, et plus à même de multiplier les erreurs à cause de mon ignorance, de ma lâcheté et de ma cruauté. Je retrouvai les femmes qui avaient faites l'erreur de m'aimer et, pendant un court instant, laissai battre mon cœur au rythme de ce jeune idiot qui avait partagé mon nom et mon vécu : je constatai qu'il était non seulement cruel mais aussi sans-cœur, souffrant et se repentant pour le
Seul plaisir de se repentir de ses erreurs, de sa paresse, de ses choix. Comment... comment ai-je pu être ainsi ?
Je me revois, lâchant un horrible "va te faire voir" à une jeune fille amoureuse, je me revois l'insultant et me délectant du mal que je crée. Je me nourrissais des immondices que je semais pour mieux me plaindre par la suite -- monstrueux personnage ! --, brisais ceux sur qui j'avais la moindre once de pouvoir comme un gamin jette son jouet par terre. Regarde ! Me siffla mon esprit sentencieux, regarde ce que tu étais ! Juge tes actes avec le poids des années ! Et je ne pouvais m'empêcher, toujours baigné par le calme de ma respiration, de vouloir pleurer, de subir un
Cyclone Infernal qui déterrait tout ce que ma lâcheté avait perfidement dissimulé à mes souvenirs pour mieux me les faire vivre. Des larmes, des pleurs, des soupirs, de l'ennui, de la nullité, de la paresse... je ne parvenais pas à extirper quoi que ce soit de positif de mon adolescence.
Mon introspection se poursuivit -- ultime tempête sous un crâne -- : j'étais jeune, et plus à même de multiplier les erreurs à cause de mon ignorance. Je retrouvais les femmes que j'avais fait l'erreur d'aimer et, pendant un court instant, mon cœur battit aussi fort sinon plus que cet idiot dont j'avais gardé le nom.
Ma vie professionnelle reparut à son tour et me révéla une multitude de choix par défaut, de hasards, de coïncidences et d'adaptation... mais jamais le moindre choix conscient, désiré et définitif. Ma vie entière n'avait été qu'une succession d'événements fortuits et incontrôlés. Donc, s'il en fallait croire mon point de vue -- que je voulais le plus neutre possible -- : non, je n'avais jamais été heureux au sens où les gens l'entendent.
Continuellement, ma nature avait semé d'une main le chaos et cherché à le réparer de l'autre. Nombreux doivent être les heureux à me savoir croupissant dans une geôle, tous ces gens que j'ai brisés dans la demie-conscience d'une vie. "Une vie"... à cette idée vieille comme monde s'apposa, pour la première fois, une couleur nouvelle, un sentiment étranger et atroce, qui avait pour objet mon ancien travail, accompli avec toute l'assiduité d'une machine bien huilée. Je me rappelais mon étage, mon bureau, et les piles d'autorisations de natalité qui m'attendaient tous les matins sur mon bureau, et sur lesquels j'apposais si souvent le tampon "REFUS", sauf cas exceptionnel -- enfant de noble, erreur de dirigeants à couvrir, etc. A combien de couples aimants avais-je imposé un refus justifié par ma lâcheté et mon aveuglement devant des lois injustes ? Combien, précisément, avais-je condamné à vivre sans le bonheur qu'apporte un enfant ? Tous ces rejetons n'existeraient jamais ; tous ces futurs hommes et femmes ne seraient jamais sur Terre, ne respireraient jamais notre air, ne vivront jamais nos joies.
Mais alors où sont-ils ? Ont-ils conscience de ce que je leur ai fait ? Oh ! Dire que je ne me souciais pas d'eux, qu'ils n'étaient et ne seront jamais rien ! C'est ma faute. Je... je ne parvenais pas à réfléchir plus loin, il semblait qu'une brume s'était appesantie dans ma démarche mentale et me dissimulait un chemin terrifiant, que je pouvais qualifier de "non-existence" ou de "non-conscience". Une idée me brûlait les lèvres sans que je parvienne à la saisir, à moins qu'il ne se fut agi du remords qui me rendait misérable et incapable de penser ; imaginez, je suis un monstre ! comme toutes ces machines humaines dénuées de conscience, qui justifient leur macabre passivité à cause de petitesses salariales, d'avantages ridicules, d'un confort de vivre superflu. Ils refusaient aux autres ce que, pour la plupart, ils possédaient ; et jamais, jamais leur conscience ne les écraserait !
Je souris presque. J'étais dans un état horrible, démuni, malade, ostracisé et déprimé, mais je commençais à me réveiller. Je n'avais plus à accomplir ces tâches répugnantes, ni à cohabiter avec ces hommes vides qui peuplaient le monde civilisé. J'étais seul et malgré tout plus heureux que jamais ; j'étais seul et, enfin, je commençais à regarder dans le miroir de ma vie les erreurs que je n'avais jamais pu accepter. Pour la première fois, je me pardonnais."