Caviidae La porte de la cage était grande ouverte. A moitié rongée, l'attache pendouillait le long des barreaux. L'écuelle d'eau était renversée et des traces humides s'éloignaient vers les soubassements de la pièce.
Elle resta sur le pas de la porte. Ses pieds refusaient de franchir la barre de seuil. A croire que tant qu'ils resteraient dans le couloir, rien de tout ceci n'aurait de poids dans la réalité. Franchir s'était accepter et être obligé d'agir. Elle pouvait encore faire demi tour, refermer la porte, attendre que quelqu'un d'autre s'en aperçoit. Elle saisit la poignée et recula.
Elle entendit des pas dans les pièces voisines. On la verrait sortir et puis à quoi bon. Peu importe qui s'en apercevrait, c'est elle qu'on viendrait chercher. C'était de sa responsabilité.
Elle rouvrit la porte. Son pied droit se souleva, son genou se déplia et la propulsa dans un monde de terreur.
Elle transpirait d'une sueur glacée au goût de peur. Son estomac gargouillait d'angoisse. Elle arriva devant la cage et suivi du regard les traces de pattes. Elles se dirigeaient vers la chaudière. Un plan de travail entourait cette dernière et pour pouvoir fouiller, elle allait devoir se mettre à genou. Être en position de faiblesse. Avoir le visage à hauteur du sol.
Son coeur accélérait et ralentissait à la fois. Les boites étaient lourdes, la position rendrait son exploration difficile. Elle se cognerait la tête au dessous du plan de travail. Pousserait un cri chaque fois que ses doigts lui sembleraient effleurer des poiles.
Une fois bien enfoncée derrière la chaudière, la bête pourrait surgir de sa cachette et se ruer vers elle sans qu'elle puisse fuir. Elle imaginait ses yeux rouges, l'épiant depuis un coin d'ombre, attendant le moment propice pour venir lui planter ses dents aiguisées dans le corps. Le bruit de ses pattes griffues se précipitant vers elle sur le dallage, le couinement immonde qui accompagnerait l'attaque. Elle sentait déjà la douleur, voyait le sang, entendait ses cris et ses pleurs.
Elle se recula et s'assit au milieu de la pièce. Elle regrettait sa robe, laissant ses bras et ses jambes nus. Elle aurait aimé un pantalon d'hiver bien épais. Elle resserra ses jambes contre elle et les emprisonna dans le tissu. Le menton appuyé sur ses genoux, les bras entourant ses mollets. Elle attendit. Elle regardait la pièce. Tous ces barils, tous ces recoins, toutes ces cachettes potentielles. La peur lui serrait le cœur et les côtes.
Sort de
Ton trou.
Son regard s'arrêta sur la porte du fond. Elle donnait sur le jardin. Et si …
Et si, elle l'ouvrait.
Et si, elle ne disait rien.
Et si, elle attendait patiemment qu'elle se sauve.
Elle serait à jamais débarrassé de cet
Animal du diable.
« Sarah, Sarah. »
Au loin, elle entendit crier son prénom.
Elle se leva d'un bond, se précipita vers la porte du jardin, l'ouvrit, sorti en courant et referma derrière elle celle donnant dans le couloir. Le cœur battant, elle se dirigea vers la cuisine.
Toute la soirée, elle pria pour que personne ne s’aperçoive de rien.
Le lendemain matin, personne ne fit cas de quelque chose d'anormal. Elle n'osa pas aller vérifier si la porte était toujours ouverte.
Lorsqu'elle rentra en fin d'après midi, sa mère était dans la cuisine.
« Sarah»
« Oui Maman ».
« Tu as été donner à manger à Pompon ».
« J'y vais Maman ».
« Tiens des morceaux de pomme, il va adorer ».
« Merci »
Elle prit les morceaux de pomme et se dirigea vers la buanderie. Elle se demandait s'il avait filé pendant la nuit. Elle pensa au chat de la voisine. Si seulement …
Elle rentra dans la pièce, laissa tomber les morceaux de pomme, se concentra de toutes ses forces jusqu'à ce que de grosses larmes se mirent à couler sur ses joues et se mit à crier.
« Maman, maman, Pompon, maman, Pompon …. »
Elle entendit les pas précipités de sa mère dans le couloir.
« Qu'est ce qui se passe ma chérie »
« Pompon, il est pu dans sa cage et la porte du jardin est ouverte »
« Oh mon dieu. Ma pauvre puce, j'ai du oublié de la fermer. Je suis désolé. Peut être est il toujours dans la pièce »
Sa mère retourna la buanderie, affligée.
Elle la regarda faire, reniflant à qui mieux mieux, s'enfermant dans son rôle de pauvre petite chérie. Elle avait toujours détesté ce cochon d'Inde. Il était tout blanc avec des yeux rouge. Elle en avait voulu un car sa copine Fanie en avait un tout drôle et qui lui faisait des câlins. Le sien ne faisait que mordre, puait et en plus il fallait le nourrir et le changer. Elle détestait l'entendre glousser, voir son nez remuer.
Sa mère, la prit dans ses bras et la câlina.
« Désolé ma chérie, je suis vraiment désolé. Si tu veux on ira en chercher un autre »
A cette idée son cœur se crispa. « NON »
Sa mère prit ce « non » pour un cri de désespoir.
« Bien sure ma puce, rien ne remplacera Pompon ».
Oui voilà, on ne remplace pas la sale bête, pitié. Par contre …
« Un chat »
« Un Chat ? »
« Oui maman, je voudrais un chat s'il te plaît »
« Je ne sais pas si ton père ... »
« Pour mes 4 ans ... »
Elle fixa sa mère avec ses grands yeux pleins de larmes et de tristesse.
« Va pour un chat.»
Sa mère quitta la pièce. Elle la suivit.
Avant de fermer la porte, elle jeta un dernier coup d’œil en arrière.
Oui un chat, on ne sait jamais ...