S
uite de la nouvelle:
Lorsqu'elle avait pénétré dans la grotte principale, elle avait tout de suite compris son potentiel. De son centre partait un réseau de sources chaudes qui irriguaient toute la partie sud de la montagne. La température élevée, la hauteur de plafond et le puits de lumière naturelle qui l'éclairait en faisait une serre gigantesque. Elle avait fait déplanter les arbres et les plantes de son ancienne demeure pour en garnir son nouveau jardin. Il lui avait fallu beaucoup de temps et d'effort pour les transporter et les replanter. De nombreuses plantes ne supportèrent pas le voyage ou leur nouvel environnement mais au final le résultat était somptueux.
Sa chambre était relié à la serre par un étroit corridor. Une ouverture sur la partie gauche, donnait sur un promontoire. Lors des tempêtes et des blizzards, elle en condamnait l'accès par des panneaux de bois. Le reste du temps elle les laissait ouvert. La forme en entonnoir de la grotte et le ruisseau d'eau chaude qui en barrait l'entrée, empêchait le froid de pénétrer à l'intérieur. Dans un renflement de terrain, une petite Mare c'était formée et elle s'y baignait la nuit tombée. Enfermée dans une bulle de chaleur, elle écoutait le silence. Cela lui rappelait son séjour dans une ville du sud où des termes à ciel ouvert avait été aménagées. La différence étant qu'ici c'était le froid qui l'entourait et non pas la chaleur moite d'une nuit d'été. Plongée dans son livre, elle n'était pas sortie depuis plusieurs jours. Elle se déplia plus qu'elle ne se leva. Un bain dénouerait ses muscles ankylosés. Elle posa son livre et se dirigea vers la terrasse.
L'incrédulité l'a fit cligner des yeux. Un feu illuminait les abords de la plaine. Un feu. Un feu sur SES terres. A une encablure de SA grotte. Mais quelle était donc la bande de mécréant qui venait spolier son territoire en toute impunité. Un frisson de
Rage descendit le long de sa colonne vertébrale.
Ulcérée elle traversa sa chambre à grandes enjambées. Elle courrait presque en atteignant l'armurerie. Elle y saisie épée et arbalète. Sa colère et sa
Rage grandissaient à chaque pas. Elle arriva en courant aux écuries et sauta à cheval.
La vitesse et le froid lui permirent de retrouver son sang froid. Elle dirigea son cheval vers la droite afin de contourner le campement. Elle dissimula l'animal et continua à pieds. A proximité de son objectif, elle s'allongea dans la neige. Plusieurs dépouilles de loups et d'ours séchaient écartelées sur des cadres de bois. Les chasseurs étaient une petite dizaine. Tous dormaient regroupés autour du feu. Cette fois pas de finasserie.
Deux gardes surveillaient les abords du camps. Ils étaient à l'opposé l'un de l'autre et se tournaient le dos. Parfait. Elle se rapprocha encore un peu, arma son arbalète et tira. Les deux premiers carreaux furent pour eux. Ils s'écroulèrent sans un bruit. Elle enchaîna les tirs. Trois hommes de plus étaient mort quand elle sentie la pointe d'une épée sur sa gorge. Trop concentré sur ses tirs elle n'avait pas entendue l'homme s'approcher d'elle.
La première gifle lui fit perdre l'équilibre mais avant qu'elle ne touche terre, une deuxième la ramassa en plein vol. Ballottée de l'un à l'autre,elle ne parvenait pas à éviter les coups qui arrivaient de toute part. Un, plus violent que les autres la projeta en dehors du cercle de ses assaillants. Un des hommes s'écarta du groupe pour venir la chercher. Elle en profita pour saisir un tison et lui planter dans la carotide. Il s'écroula sur le feu. Les quelques secondes de flottement qui s'en suivirent lui permirent de se relever. Dans sa fuite, elle saisit un épieu. Se rendre n'était pas une option. Elle ne voulait même pas penser à ce qu'ils lui feraient s'ils la prenaient vivante.
Elle parvint à reculer jusqu'aux cadres de séchage. Les structures de bois les empêchaient de l'attaquer tous en même temps et lui permettait de garder un certain contrôle de la situation mais elle ne pourrait pas tenir longtemps. Ils frappaient chacun leur tour,se relayant dans une sarabande infernale. Les premiers signes de fatigue se firent rapidement sentir. Ses mouvements commençaient à être plus lents et plus douloureux. L'épieu était trop grand,trop lourd. Le soulever lui demandait deux fois plus d'effort qu'avec son épée. Il fallait qu'elle trouve une solution pour rompre le combat et fuir.
Elle donna un coup d'épaule dans un des cadres qui s'effondra sur ses assaillants. Tentant sa chance, elle partie en courant à travers les vallons.
Après s'être assuré de les avoir semé, elle s'arrêta et repris son souffle. Elle ne pouvait pas les laisser quitter la péninsule. Ils reviendraient plus nombreux pour une chasse aux sorcières. Elle devait les éliminer mais pour l'instant elle en était physiquement incapable. Fatiguée et endolorie de toute part, elle récupéra son cheval et rentra soigner ses plaies. Elle espérait que leur esprit de vengeance et leur orgueil, les inciteraient à rester pour la traquer. Persuadé d'être les chasseurs, ils n'imagineraient pas une seconde qu'ils jouaient son jeu et que de chasseur ils deviendraient gibier.
Pour chasser courbatures, plaies et ecchymoses, elle pris un bain et se pommada de la tête au pied mais l'heure du repos n'avait pas sonné. Elle devait retourner là bas afin de connaître leurs intentions et déterminer un plan d'action. Avant de partir, elle prit une petite pincée
d'une vieille compagne de route. Efficace mais mortelle, elle ne s'en servait que dans des cas extrêmes et à très petite dose. Elle lui permettrait de rester vigilante et alerte malgré le manque de sommeil. Petit plus non négligeable,vu les circonstances, elle avait toujours exacerbé sa perversité.
Elle mis à profit les quelques heures qui restaient avant l'aube pour aller espionner son gibier. Ils étaient cinq dont un blessé. Les cadavres étaient entassés à l'extérieur du camp et semblaient tenir conseil. Elle sortie son arbalète et tira. Un des hommes s'écroula en avant. Les autres sautèrent sur leur pieds et éteignirent le feu. Ils n'oseraient plus le rallumer. Quelques heures dans le noir et le froid, à sursauter au moindre bruit, devrait entamer leur moral et leur force.
Elle maintint la pression toute la nuit.Elle avait repris des forces et tout cela l'amusait follement. Même s'ils décidaient de fuir, le temps de charger leur bardas et d'atteindre l'une des passes, cela lui laissait plusieurs heures de répit. Elle décida d'aller dormir un peu.
En milieu de matinée, elle retourna les observer. Ils avaient brûlé les cadavres et plié bagages. Elle les laissa lever le camp et les suivit à distance afin de voir quelle direction ils prenaient. Au bout de quelques kilomètres leur itinéraire ne faisait plus aucun doute. Elle les devança et commença son travail de sape. Elle bloqua certain accès pour les amener à prendre le chemin le plus long et le plus chaotique. Ils ne devaient pas atteindre la forêt avant la nuit. Elle voulait les garder chez elle, sur son territoire.
S'ils avaient abandonné leur chasse, ils seraient restés en vie. Leur montures auraient pu couper à travers les vallons. Pas des chariots. A la nuit tombée, ils n'avaient toujours pas atteint la lisière de la forêt. Épuisés par la difficulté de la route, ils montèrent leur campement au milieu d'un vallon. Dans leurs mouvements et le timbre de leur voix, elle pouvait sentir la peur et la fébrilité qui les animait.
Elle cibla ses victimes avec des petites billes contenant une peinture phosphorescente. Tranquillement elle attendit la nuit .
De nouveau elle arma son arbalète et tira. Le premier garde tomba raide mort.
Le deuxième réveilla ses compagnons dans un cri et comme la veille éteignit le feu. Elle lança une grenade fumigène au milieu du campement. Dans un bruit assourdissant une fumée rouge se répandit dans le camps. Effrayés, ils s'enfuirent chacun de leur coté. La chasse était ouverte. Les villageois avaient créé une légende. Elle allait lui donner corps. Grands méchants loups, prenez garde, ce soir le petit chaperon rouge a les dents et les griffes bien plus longues que les vôtres.
L'aube se leva et elle avait faim. Malgré la fatigue, elle décida de s'arrêter pêcher. Elle remonta un petit sentier jusqu'à un bosquet d'arbre. Après y avoir attaché son cheval, elle redescendit vers la rivière. Une douleur foudroyante lui scia le cerveau. Elle s'effondra en hurlant. Lorsqu'elle finit par intégrer la douleur, elle se redressa. Un piège à loup lui dévorait la cheville.
Comme une idiote, elle avait laissé son épée attachée à sa selle. Prise de panique, elle chercha de quoi desserrer les mâchoires de métal. Elle devait faire vite. A n'importe quel moment un loup ou un ours pouvaient arriver et elle finirait en panier repas.Elle ramassa une branche, la glissa entre les dents et poussa. Elle réussit à les écarter de quelques centimètres avant que le bois ne rompt. La violence de la douleur l'a fit vomir.
Après avoir hurlé de douleur, elle hurla de rage. Elle allait mourir, prisonnière d'un des pièges posé par les hommes qu'elle venait de tuer. Elle pleura. Vidée, elle resta inerte de longues minutes.
Elle passa le reste de la journée à tenter de trouver une solution, tirant, secouant, sursautant au moindre bruit. La nuit commençait à tomber. Elle avait faim, elle avait peur et la température chutait mortellement. Le point positif était que le froid avait endormie son membre endolorie et évité qu'elle perde trop de sang. Le point négatif était que ce même froid la tuerait plus sûrement que le piège à loup. En même temps, à choisir entre mourir de faim ou dévoré vive, ne plus se réveiller n'était pas la pire des solutions.