Ouais, ça serait trop beau... Mais la technique de l'écrasement contre le mur est pour le moment la meilleure
Tout chaud, et pas du tout fini :
"D’abord, c’est l’odeur ; la peur, la transpiration, l’inquiétude, tout cela flotte dans l’air tout en nuances grisâtres mêlées de fumée de cigarette.
Ensuite, le toucher : sous tes pieds, un sol froid, bétonné, désespérément lisse. Gris, comme tu l’imagines. Le béton a toujours été gris. Sous tes doigts, une table froide elle aussi, en une espèce de plastique de table qu’on met dehors, facile à nettoyer. Facile à briser.
Puis, le goût : ta bouche est sèche. Tes lèvres ont un goût amer et relevé ; elles saignent. Qu’as-tu fait pour en arriver là ? Tu passes plusieurs fois ta langue sur les lèvres de
Ton épreuve et de ta folie.
L’ouïe : un bourdonnement discret au premier abord, mais insistant à la longue. Plus qu’exaspérant. Tes nerfs craqueront. Tu chercheras à te
Suicider, avec n’importe quoi. Et tu mourras étouffé par
Ton propre sang, sans même avoir pu goûter la vie.
Mais tu allais oublier le meilleur, ce à quoi nous sommes tous soumis sauf accidents ou problème de naissance : la vue. Le sens qui nous sert le plus. Celui qui nous sert à nous repérer. A connaître notre apparence. A critiquer. A foudroyer. A aimer. A désirer.
Celui qui vas te permettre de savoir, non pas où tu es, mais dans quel genre d’endroit tu te trouves. Allez. Ouvre, ouvre-les.
Devant toi, un mur gris. A ta gauche, un mur gris. A ta droite… Derrière… Dessous… Dessus… La même chose. Tu ne vois pas de porte. Comment ai-je pu atterrir ici, te demandes-tu. Mais tu sais que c’est vain. Tu dois attendre. Pas de fenêtre, pas de grillage. Pas de nourriture ni de boisson, tu n’en auras pas besoin.
Sous tes mains, devant tes genoux, se dresse une table d’un vert indéfini, crasse. Ta chaise est en bois, d’un bois… tu ne trouves pas le mot. Sur cette table ; de quoi écrire. Des feuilles, des feuilles blanches partout. Des stylos, des crayons, des gommes.
Mais d’où vient l’odeur de cette satanée clope, résonne une voix, en toi. Tu te mets à paniquer. Tu veux te lever. Mais seule ta tête peut tourner. Personne. Il n’y a que toi. Que toi, ces pages et cette odeur de tabac en train de se consumer, toujours, et encore.
Pourquoi ne peux-tu pas te lever ? Ah, c’est une bonne question.
Accepte.
Allez, fais un effort.
Tu sais, en toi, que la panique ne te servira de rien. Elle pourrait peut-être te donner assez de force pour te redresser. Peut-être. Mais non. Il te faut quelque chose d’autre.
Oui, pleure. Fais-moi entendre tes gémissements pitoyables. Ils sont pourtant le début de ta délivrance. Tu acceptes d’être vidé.
Ah, ces pleurs déchirants ! Ah, ces petits cris hoquetés ! Nous sommes tous passés par là. Tu sais. Tu sais mais tu ne l’as pas réalisé. Cinq minutes ? Dix minutes ? Prends tout
Ton Temps. Libère
Ton ventre et ta gorge de cette grosse boule dure qui te torturait.
Maintenant, tu es prostré sur cette chaise raide. Tu la hais. Tu hais cette salle, cette table, ces pages, cette odeur. Tu te hais, toi-même. Tu voudrais te frapper, te mutiler. Te tuer pour échapper à ça. A
Ton Existence creuse, vide, faite de… Non. Tu dois l’apprendre toi-même."