Bonsoir,
Je mets en ligne un nouveau poème écrit cette fois-ci avec un copain il y a à peu près dix ans.
LE CIMETIÈRE
Miroir fascinant d’un lieu sans trucages
Où la Mort s’en vient dans un dernier cri !
Miroir sans teint du passé souvent flétri
Qui débarrasse notre corps de ses outrages !
Miroir trop parfait de nos regrets enfouis
Sous le marbre glacé qui nous surplombe ;
Que les feux-follets farceurs font la bombe,
Le soir, sous les yeux des tombeaux éblouis.
Miroir momifié d’un endroit si étrange
Où les défunts s’amusent de nos vains écrits !
Par ce miroir contrefait violant nos esprits
Nos souvenirs glacés d’un passé sans âge.
Les gisants au teint blafard sont partis
Faire la fête aux dancings d’outre-tombe ;
Les miroirs froids ont un reflet qui trompe ;
Sur le beffroi tous les greffiers sont gris.
Dans les couloirs du
Silence froissé,
Tu t’aperçois que
Ton passé s’estompe
Au loin dans un sillage trop glacé ;
Dans
Ton souvenir une lueur flambe.
Soudain la brume recouvre la lampe
Et la vie s’en va dans un cri glacé,
Apeurée par la Mort qui vient en trombe
Te rappeler que tout est consumé.
Tu voulais tant revoir ces doux rivages
Qui faisaient de
Ton passé une estampe !
Et trop souvent flirtait avec les nuages,
Que dans un accès de
Rage tu as détruit !
Sous le regard des tombeaux tu as maudit
Tes chers souvenirs tant de fois abusés ;
Dans le noir le marbre gris nous surplombe
Sous le miroir sans teint des temps usés
Si pâle et serein, un visage oublié
Vient me rappeler au cœur des nuits blêmes
Que sous le soleil j’avais dit : «Je t’aime»
Au
Spectre que la lune m’a volé.
Passe le jour et viennent les ténèbres,
Et passe le sang dans le corps fatigué
Demain le
Silence, ivre de pitié
Du plomb des années scellera nos lèvres.
A toi la nuit ! De nous montrer
Le vrai visage de la terre qui nous ment ;
Libérés (enfin) ! du corps pourrissant
Œil immatériel, voyons ce qui est !
Tout est faux dans la lumière diurne,
Le regard vivant est vite abusé
Tout est faux dans la lumière irisée
Nos cendres voient mieux du fond de leur urne.
Ici une vie qui jamais ne triche
Croît et se répand sur fumier de chair ;
Loin des illusions nées de la lumière,
Des pieux mensonges et des cœurs en friche.
Certes sous la terre il n’est point de ciel
À contempler pour s’y croire promis ;
Ici suintent les parfums alourdis
De la seule vie qui soit essentielle !
Sous ces croix, pas de Dieu qui nous attende,
D’enfer certes point ! juste le silence…. ,
Et peut-être pour une ultime danse,
Le grouillement des vers dans notre viande.
Mais pensez un peu ! la crainte, l’amour,
Les questions qui restent sans réponses
Qui pour l’esprit sont tortures absconses
Et meurent avant la lumière du jour !
Claude PENICAUD/Franck PERIGNY