Art(s) et littérature >> Vos compositions littéraires...
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Lundi 13 Juin 2011 - 22:30:43
Ça marche  !


Lundi 13 Juin 2011 - 22:44:34
Elvangar :Ton frere ou toi avez vous eu la chance d'étre déja publié ? .

Lundi 13 Juin 2011 - 23:41:00
Pour ça il faudrait déjà qu'on termine ce qu'on commence à écrire ...


Mardi 14 Juin 2011 - 03:12:40
Souffrance éternelle
Guide mes pas vers cette lumière que je n'atteins pas
Perdu dans le trou noir du désespoir,
Écorchant mon âme tels des couteaux lacérant ma peau

Légion noire légion du désespoir,
Ils écorchent notre âme,
Jettent nos corps aux flammes

La haine coule dans mes veines
Cette Rage contre la nature humaine ,
Je vomis de dégout face à un monde devenu fou
Tout nous sépare Seule la mort nous unit,
Nous sommes destinés à souffrir à l'infini


Légion noire légion du désespoir,
Ils écorchent notre âme,
Jettent nos corps aux flammes

Ces forces obscures nous poussant à la luxure
Cette vanité illimitée créée par la cupidité de l'humanité,
Apportera sa propre perte , Mort nous finirons tués par la...

Légion noire légion du désespoir,
Ils écorchent notre âme,
Jettent nos corps aux flammes

Tranche ma gorge et bois mon sang,
Transforme toi en la créature que je suis devenue,
Ressens la haine et la tristesse couler en tes veines
Porte le fardeau que sont ces mots
Traversant mon esprit et torturant mon âme
Me poussant à l'autodestruction
Écorche ta peau et laisse couler Ton sang telles les larmes du désespoir

Mercredi 22 Juin 2011 - 03:00:17
(Extrait d'un "roman" que j'ai écris et toujours pas fini... sinon je fais aussi pas mal de nouvelles dans un genre horreur/fantastique...)

Tout était noir autour, un voile d'une épaisseur presque palpable nous recouvrait elle et moi et son souffle presque surnaturel diluait un mélange glacial et brulant, me faisant frissonner et suer à la fois... Peut être était-ce seulement la morsure de la peur qui combattait la chaleur de cette nuit sans fin.

On avançait à travers un Silence lourd, me forçant à marteler le sol de mes pieds à chaque pas pour me rassurer, me dire que tout cela n'était pas un rêve, ou si c'était le cas, produire assez de bruit pour me réveiller... entendre que l'on était bien mobile malgré ce décor d'encre et sans obstacle qui restait fixe, narguant notre avancée illusoire. 
L'herbe lacérait mes jambes et je trébuchais plusieurs fois sur le sol abimé, les spectres du vent tournoyaient autour de mon visage comme pour observer cet intrus qui osait s'avancer dans leur territoire, un lieu ou Jadis aucun homme n'était assez fou pour s'aventurer aussi tard et sans source de lumière protectrice de leur coté.
La lumière nous avait fait faux bond jusqu'alors, comme la vie semblait fuir cet endroit maudis qu'aucun cauchemar ne pouvait dessiner.
Pourtant c'était bien cette lumière que nous chassions, comme du gibier... où était elle depuis cette fameuse catastrophe?
A coté de moi, ma douce luttait... elle avait du mal à me suivre, sa jambe toujours blessée, elle titubait en marmonnant quelques horreurs que la mort lui avait chuchoté pour accompagner sa folie...

Ce cadavre était là quelque part, je pouvais le sentir, elle le savait aussi et s'inventa un autre lieu, engageant des dialogues sans queue ni tête et se répondant à elle même... elle était ailleurs, son esprit n'était plus, il n'avait pas supporté et elle riait... j'étais Seul avec ce qu'il restait d'elle.
Je n'osais pas imaginer son visage, son sourire, ses yeux hallucinés... L'environnement actuel était déjà en train de scier dangereusement la faible corde qui maintenait encore ma raison en place.
Elle m'enfonça ses ongles dans l'épaule, j'ignorais la douleur... j'en avais besoin, pour me maintenir éveillé...
La trainant contre moi, j'avançais avec toujours plus de peine, je perdais mes forces... j'étais mentalement et physiquement exténué...

Ce je que je vis alors, n’améliora rien à mon état... les ténèbres s’écartèrent à plusieurs kilomètres devant moi pour faire apparaitre une sorte de chapiteau... comme un cirque. La lumière était là, juste au dessus et me permettait de le voir...
La lumière dansait, volait juste au dessus, prenant des formes de créatures fantastiques, des dragons, des serpents... Ils dégageaient une chaleur apaisante aux alentours et m'attirait toujours plus, oubliant que tout cela était insolite et impossible, il y avait quelque chose de vivant et c'était la seule chose qui m'importait...
Dans les environs du chapiteau, il n'y avait rien, il semblait flotter au milieu d'un ciel Nocturne sans étoile, les créatures ne permettaient de voir que ce bâtiment et rien de plus.
Cette impression de néant m'était encore plus insupportable et je me hâtais de m'y diriger pendant qu'une mélodie lugubre et désaccordée parcourait mes oreilles.
Un son qui semblait avoir été écrit uniquement dans le but de mettre au défi toute la beauté, les règles  et la cohérence même de la musique... La décrire est impossible, aucun être humain possédant toute sa tête ne pouvait composer une chose pareille... Mais sa déstructuration méthodique et cet acharnement pour rendre cet enchainement de notes Malsain et irréaliste prouvait malgré tout, le génie de la personne qui en était à l'origine.



Mercredi 22 Juin 2011 - 15:27:38

citation :
Pierre_Jourde dit : Souffrance éternelle
Guide mes pas vers cette lumière que je n'atteins pas
Perdu dans le trou noir du désespoir,
Écorchant mon âme tels des couteaux lacérant ma peau

Légion noire légion du désespoir,
Ils écorchent notre âme,
Jettent nos corps aux flammes

La haine coule dans mes veines
Cette Rage contre la nature humaine ,
Je vomis de dégout face à un monde devenu fou
Tout nous sépare Seule la mort nous unit,
Nous sommes destinés à souffrir à l'infini


Légion noire légion du désespoir,
Ils écorchent notre âme,
Jettent nos corps aux flammes

Ces forces obscures nous poussant à la luxure
Cette vanité illimitée créée par la cupidité de l'humanité,
Apportera sa propre perte , Mort nous finirons tués par la...

Légion noire légion du désespoir,
Ils écorchent notre âme,
Jettent nos corps aux flammes

Tranche ma gorge et bois mon sang,
Transforme toi en la créature que je suis devenue,
Ressens la haine et la tristesse couler en tes veines
Porte le fardeau que sont ces mots
Traversant mon esprit et torturant mon âme
Me poussant à l'autodestruction
Écorche ta peau et laisse couler Ton sang telles les larmes du désespoir

 
Il bute ce texte. 0

Admirez le mien: 
 
J'ai rêvé que j'étais quelque part sous terre. J'ignorai pourquoi j'étais là. J'emboîtai le pas à d'autres hommes dans ce qui me semblait être l'étroit couloir d'une cave. Nous étions totalement nus. Une terreur Intense nous étreignait tous. Il faisait chaud comme dans un sauna, et ma transpiration se mêlait à la sueur de ceux que je suivais ainsi que de ceux qui me suivaient. Le plafond était si bas que je devais avancer en penchant la tête. Les murs pavés de carreaux de marbre blanc étaient froids et humides d’un fin crachat de sueur, faisant frissonner ma peau à leur contact. La tuyauterie émergeait de manière chaotique sur le chemin; certaines conduites faisaient ainsi trébucher de temps à autre ceux qui étaient devant moi, engendrant alors une chute en chaîne où nous nous retrouvions amassés les uns sur les autres le temps de nous relever. Une panique folle nous forçait à nous pousser avec violence, chacun n'étant animé que par le Seul désir de s'échapper de ce long couloir. On eût dit que nous étions du bétail sur le chemin de l'abattoir. En proie à la claustrophobie, certains hurlaient d'angoisse. Parfois, je devais escalader le corps d'un mec épuisé qui s'était couché sur le sol souillé de sperme et d'urine. Il suffoquait sous la température brûlante de nos corps en se faisant piétiner sous nos pieds fébriles. Celui qui tombait était condamné à ne plus se relever. Je n'entendais seulement que des gémissement affolés ainsi que le claquement humide et continu des pénis sur les cuisses des hommes poussés par derrière. L'atmosphère était franchement glauque et étouffante.  Lors de cette course éperdue qui me semblait durer une éternité, je constatai au bout d'un moment que notre file rétrécissait progressivement. Par dessus l'épaule de mon voisin, j'aperçus une éblouissante lueur orangée vers laquelle nous nous dirigeâmes inexorablement. De même, la température augmenta subitement, devenant rapidement intolérable. De minces filets noirs à l'odeur de chair carbonisée émanaient depuis la lumière toujours plus proche. Devant moi, des cris d'agonie se firent de plus en plus pénétrants. Bientôt, lorsque toute cette partie du couloir fut enveloppée d’une couleur dorée, l'homme que je suivais fit violemment volte-face, se retournant ainsi pour la première fois face à moi. Il me lança des regards désespérés, s'agrippant avec force à mes épaules tout en griffant ma Poitrine, m'exhortant à reculer. Il désigna nerveusement du doigt des flammes qui léchaient le mur et le plafond. Je discernai alors la source d'émanation de la lumière. À cet instant, je compris. Au bout du couloir se trouvait une porte ouverte sur une immense fournaise où y brûlaient dans un brasier incandescent ceux de la file qui y étaient tombés un par un. Je fis un bond en arrière, heurtantle type derrière moi qui ne comprit pas la raison d'un tel changement dedirection. Animé par son instinct de survie, mon partenaire acculé au bord du gouffre de feu me poussa avec ardeur à contre-courant contre cette incommensurable file d'hommes, tous ignorants encore du destin funeste qui leur était promis. Je me précipitai avec toute l'énergie du désespoir vers cette colonne de viande humaine. Je glissai, puis tombai, m'agrippant aux jambes et mollets de cet inextricable tas de barbaque qui chutait sur mon corps écrasé. Le souffle saccadé de ces individus se mêlait au mien et les peaux collées de nos corps entrelacés ruisselaient de nos sueurs confondues. Impitoyablement, la portion de la file qui nous suivait nous poussa vers l'abîme en combustion, puis je me suis sentis tomber. Ma vue se brouilla lorsque le feu commença à me consumer.


Mercredi 22 Juin 2011 - 15:32:20
@Vertex : génial ! je suis à fond dedans ... et la suite ?


Mercredi 22 Juin 2011 - 15:46:03

citation :
Elvangar dit : @Vertex : génial ! je suis à fond dedans ... et la suite ?



Bah en fait, c'est même pas le début car il commence pas en étant forcément intéressant, j'ai pris un passage au pif... même avec la suite, on y comprendra pas grand chose
Je voulais mettre une nouvelle entière mais je savais pas trop quoi mettre non plus...
Sinon ca fait plaisir de voir que ça intéresse.


Mercredi 22 Juin 2011 - 15:48:04



Mercredi 22 Juin 2011 - 18:22:30
Si je puis me permettre de poster la mienne, De Profundis, de la darkfantasy :

Prologue : éveil

Vaalys entendit d’abord un craquement sec, rapidement suivi de nombreux autres bruits tout à fait inhabituels pour les sous-bois dans lesquels il se trouvait. Il s’approcha d’un tapis de feuilles mortes trempées par la rosée matinale et y déposa délicatement sa proie dessus. Il s'agissait d'un fados fraîchement capturé, une race d’antilope très caractéristique dont la robe était couleur sable.

Le jeune homme s'avança discrètement en direction d'un enchevêtrement de clairoyeurs, ces longs arbres aux fins troncs d’un Ton pâle et Grisâtre, qui étiraient habilement leurs longues et multiples branches entortillées vers un ciel d'un bleu pur dans cette fraîche et agréable matinée. Il glissa ensuite sa nuque entre deux troncs, et, en un instant, il reconnut les impudents qui avaient osé troubler la silencieuse tranquillité du bois Ovlin.

Trois hommes, vêtus d'amples manteaux aux tons poussiéreux ainsi que de larges capes recouvrant leurs épaules, se trouvaient à quelques dizaines de mètres de lui. Vaalys remarqua qu’ils portaient des ceintures de cuir bouilli d’où pendaient des haches forgées dans un métal de très mauvaise qualité. Leurs sobres habits étaient par endroits tachés d'une boue liquide brunâtre. Sur leur Poitrine étaient sanglées des dagues dissimulées dans des étuis de peau brune. Leurs visages barbus étaient noircis par la crasse et les trois hommes étaient coiffés de turbans sur lesquels était dessiné un maladroit motif étoilé à sept branches et d’où ressortaient leurs cheveux hirsutes. L'un d'eux, qui paraissait être le chef en raison des ordres qu'il crachait littéralement à ses compagnons, avait dans son dos une épée probablement volée à une de ses victimes. Sur son torse se répétait le motif étrange que le groupe avait sur ses capuches, et au centre des branches de l’étoile se trouvait un crâne noir surmonté de deux courtes cornes, indiquant clairement son statut privilégié.
  • Des soldats du Concile des Vents d’Ombre, songea Vaalys.
Cette étrange organisation était née il y avait vingt et une années, la même année durant laquelle s’était produite la Grande Déchirure, qui signa la fin du Divin Empire. Cet empire était composé des huit plus nombreuses et plus puissantes races du monde de Kel’Akran, les Norglas, les Renaohls, les Lakareds, les Humains, les Bifawis, les Darkalos, les Valkaryjs, ainsi que les Hanvilskars, chacun de ces peuples vénérant un panthéon différent. Le « peuple » soupçonnait le commandement politique de cet empire, nommé Chambre des Hauts, de leur mentir. Il n’avait aucune preuve malheureusement pour eux car c’était le cas.  La Grande Déchirure s’était produite durant un Conseil Arkan, durant lesquels les représentants de chaque race se réunissaient dans un endroit commun. Ce jour-là, alors qu’ils étaient réunis dans les plaines Baelea, la situation avait explosée. Tous les peuples se plaignaient de sanglantes escarmouches contre d'autres, comme la bataille du Col de Dar'Lnor. Cela devait cesser. Le Divin Empire s’était donc divisé. Il restait des alliances entre quelques peuples différents. Les bifawis et les humains, alliés, ne savaient rien des autres races.

Vaalys sortit de ses pensées lorsqu’il entendit du bruit à côté de lui. Il remarqua que les trois hommes s’étaient penchés vers un même point. Il se rendit compte aux expressions inquisitrices et graves de leurs visages qu'ils étaient fortement concentrés à exécuter quelque chose dont il ne voyait pas clairement ce dont il s’agissait de l’endroit où il se trouvait. En revanche il savait avec certitude que ces humains n'avaient rien à faire en ces lieux, selon les règles formulées par les Hauts. C'était son devoir de chasser tout importun, même s’il devait se trouver désarmé. Cette pensée le fit d’autant plus sourire qu'il était lui-même une arme vivante, même si son animal gardien n’était pas doué au combat d’usure. Les haches de ces inconnus étaient de médiocre qualité. Ses armes à lui, deux épées longues croisées dans son dos, étaient bien mieux forgées.

Vaalys commença alors sa métamorphose en arkhéocéros.
Son visage aux traits altiers s’élargit pour devenir une énorme face de rhinocéros surmontée d’une crête osseuse d’où jaillissaient plusieurs rangées de cornes larges et tranchantes. Ses yeux, deux cristaux indigos, devinrent de grands lacs de nuit. Ses lèvres se renfrognèrent en une gueule armée de rangées de minuscules crocs acérés, autant de témoignages des appétits pour la chair de la gigantesque bête. Deux longues défenses ornaient sa mâchoire inférieure.  Son corps bien bâti gagna considérablement en volume, s’emplissant de quintaux de muscles, et vint se poser entièrement au sol, tel le quadrupède qu’était l’arkhéocéros. Sa peau pâle et fine grossit et de résistantes écailles pourpres vinrent la recouvrir dans ses moindres recoins. Une carapace d’os apparut sur le dos musculeux du puissant animal. Ses bras fins et musclés et ses jambes adoptèrent tous deux une même apparence, celle de pattes larges comme des troncs d’arbres. L’arkhéocéros décida de charger le soldat le plus proche et n’attendit plus. Il recula pour prendre de l’élan, fit gratter ses ongles au sol et s’élança. La monstrueuse bête pulvérisa l’arbre qui le dissimulait des Gris. Ces derniers se tournèrent vers lui comme un seul homme. Le guerrier qu’il attaquait ne put esquiver la créature qui se ruait vers lui, et encaissa la course de plein fouet. Les quelques huit cents kilos de l’arkhéocéros broyèrent tous ses os en même temps, et l’homme vola sur une dizaine de mètres avant de s’écraser au sol pour ne plus bouger.  Le bifawi bestial se tourna vers les deux autres Gris. Ils avaient chacun dégainé leurs armes respectives. Connaissant les capacités guerrières des combattants du Concile des Vents d’Ombre, il décida de changer de forme. Il n’aurait pas autant de chance que la première fois. Alors qu’il reprenait forme humaine, le sbire du sergent avait décidé de tenter sa chance. Une lame fila vers sa gorge, et Vaalys eut à peine le temps d’effectuer une torsion du buste pour l’éviter. La hache rouillée écorcha son épaule, faisant couler un maigre filet de sang. Dans ce même mouvement d’esquive, il envoya sa jambe frapper le Gris. Le coup, dans lequel Vaalys avait mis toute sa force, étouffa son ennemi, lui donnant le temps de dégainer.
Ses bras se croisèrent dans son dos pour attraper chacun le manche d’une des épées qu’il dégaina violemment. Le sergent Gris vint porter de l’aide à son compagnon, dégainant lui-même son arme. Vaalys bondit à sa rencontre, l’épée brandie. Il l’abaissa en direction de la clavicule de l’officier. Ce dernier le repoussa de son épée avant de la saisir à deux mains. Il continua dans sa lancée en un coup circulaire. Vaalys bloqua l’attaque au dernier moment, et fit tournoyer son épée libre pour accumuler plus de puissance. Il attaqua le commandant avec ardeur. Vaalys frappait avec ses deux épées de tous les côtés, réduisant son adversaire à la défensive. Le bifawi entendit un sifflement dans son dos, et plongea au sol au dernier moment. Une hache apparut là où se trouvaient la gorge de l’homme-arkhéocéros un instant plus tôt. Vaalys roula sur le côté. Il se releva pour se retrouver face aux deux Gris en même temps.
 
Vaalys décida de rester prudent. Il n’était armé que d’épées face à deux adversaire, dont l’un était équipé d’une hache. Les armes des Gris fouettaient l’air dans un but meurtrier. Vaalys esquiva une des deux armes alors qu’il déviait du bout de sa lame une hache s’approchant dangereusement de son flanc droit. L’assaut continua ainsi pendant plusieurs minutes, Vaalys perdant sans cesse peu à peu du terrain face aux deux Gris. Ce fut finalement Vaalys qui perça ses adversaires le premier. Alors que son épée droite passait à travers le thorax du subalterne du sergent, il ressentit une profonde douleur au flanc. L’officier avait profité de la mort de l’autre Gris pour donner un coup d’estoc au bifawi qui avait relâché sa garde.  Vaalys recula pour extirper l’épée ensanglantée de son corps. Il vit un sourire sadique s’étirer sur les lèvres du Gris triomphant. Vaalys décida de jouer le tout pour le tout. Il lança un regard glacial et ténébreux au sergent. Ce dernier fut déstabilisé, ne se doutant pas qu’un simple regard pouvait produire cet effet. Une lueur pâle et sanglante avait brillé un instant dans les yeux du bifawi. Vaalys se métamorphosa alors en arkhéocéros. Le guerrier ne s’attendait pas à cela, son visage témoignant sa surprise.
La bête lui asséna un violent coup de cornes, le jetant à terre. Elle se rua ensuite sur lui, le piétinant de ses puissantes pattes. Le squelette fragile fut intégralement broyé, et le Gris mourut dans d’atroces souffrances. Vaalys, redevenu bipède, rengaina ses épées. Il tremblait. Il tituba vers les volutes de fumées qui s’élevaient à l’orée du bois. Sa vision était brouillée. Alors que quelques mètres seulement le séparaient de son but, il s’écroula au sol. Vaalys sentit qu’il allait perdre connaissance. Il utilisa le reste de ses forces en un appel au secours, crié d’une voix éraillée. Les ténèbres l’engloutirent. Au loin, par l’intermédiaire des cadavres des soldats du Concile des Vents d’Ombre, une ombre s’éleva. Elle étendit sa main aux doigts griffus vers un minuscule objet au sol. L’Etherombre n’aurait jamais pensé qu’une Perle puisse se trouver là. Le rituel d'Éveil avait fatigué les Gris, les laissant à la merci du stupide bifawi qui les avait attaqués. Cela importait finalement peu. L’important est qu’une Perle allait revenir aux mains du grand maître du Concile des Vents d’Ombre, nommé Automne. L’ombre disparut, retournant aux pieds des lieutenants d’Automne, nommés Ragelune et Larmenuit. Vaalys se réveilla. Il vit que trois personnes, lui tournant le dos, discutaient entre elles. Il se redressa, et ses douloureux abdominaux lui arrachèrent une grimace. On lui avait ôté son haut pour panser sa plaie d’un bandage. Vaalys essaya de se lever quand il entendit une voix l’interpeller.
  • « Tu penses que ça va aller ? »
Vaalys comprit instantanément que Manyila s’était rendu compte de son réveil. Il regarda la jeune femme aux cheveux rouges coiffés en arrière comme un panache de flammes.
  • « Ouais, c’est bon…répondit Vaalys à la bifawi aux yeux d’un orange puissant. »
Relkan et Kameryt comprirent que Vaalys avait émergé de sa torpeur, et stoppèrent leur discussion pour se tourner vers lui.
  • « Je t’ai entendu quand tu t’es évanoui, l’informa Manyila, tu étais salement amoché. »
Vaalys avait toujours apprécié la lenrad, qui n’était pas belle mais pas laide non plus, avec ses lèvres pincées et son nez en bec d’aigle.
  • « Raconte-nous donc ce qui t’es arrivé, l’invita un homme aux yeux semblant être deux flocons de givre et qui approchait la trentaine. »
Vaalys pivota pour faire face l’homme calme et posé qu’était Kameryt. Le jeune général de l’alliance des bifawis et des humains était réputé autant pour son charisme que pour ses capacités de bretteur. Nombreux étaient ceux qui le disaient l’actuel meilleur épéiste du monde de Kel’Akran. Le légendaire bifawi possédait des très extrêmement durs, le vieillissant bien qu’il n’eût que vingt-huit printemps. Se dégageait de cet homme aux courts cheveux grisonnants déjà une incroyable aura de confiance et de force.  Kameryt le fit sortir de ses pensées. Vaalys se mit à lui raconter son périple. Le général l’écouta jusqu’au bout, et répondit par une négation lorsque Vaalys lui demanda s’ils avaient récupérés son fados.
  • « Je vais le chercher, dit l’homme-arkhéocéros au général. »
Alors qu’il retournait à l’endroit où il avait laissé sa proie, capturée à la main, il repensa à ses amis. Ils étaient la seule marque tangible de ce qu’il avait au monde. Ce même monde l’avait élevé à la dure, le forgeant sur l’enclume de la haine. Ses parents l’avaient abandonné dès sa naissance, le privant de l’amour dont tout être avait besoin durant le commencement de sa vie. Son tuteur l’avait traité comme un esclave. Vaalys avait tué cet homme alors qu’il n’avait que douze ans.  C’était alors la première fois qu’il tuait, et il avait adoré ça. À l’âge de quatorze printemps, Vaalys s’était juré qu’il retrouverait ses parents pour les faire souffrir. Ensuite, il les tuerait, eux qui n’avaient pas rempli leur rôle de géniteur. Vaalys aimait donc de tout cœur ses seuls amis. Il avait rencontré Kameryt il y avait voilà quatre lunes, et il avait vite beaucoup apprécié le général de trente-trois hivers. Relkan et Manyila étaient ses amis depuis des années, et l’étrangeté de Vaalys, avec ses cheveux mauves, ses pupilles verticales indigo, ses oreilles en pointe et ses lèvres violet rosé ne les dérangeaient pas. Vaalys sortit des ses pensées troublées par l’amour de la mort et des promesses sombres lorsqu’il arriva à l’endroit où se trouvait sa proie. Il la prit sur son épaule et retourna vers ses amis. Il regarda derrière lui les cadavres des trois Gris humains. Ils venaient tous trois de provinces différentes. L'un avait la peau très pâle caractéristique des hommes de l'Akhenor, le second avait les cheveux noirs comme la suie représentatifs des habitants d'Aras Doroth, et le dernier avait la peau bronzée des cavaliers des plaines du Gilghan, comme Relkan. Ce dernier, à l'instar de tous les hommes du Gilghan, avait appris à monter sur un cheval avant même de savoir marcher. Les Gilghans sont un peuple guerrier dont les armées sont composées uniquement de guerriers montés. Les charges de cavalerie du Gilghan sont réputés à travers tout Kel'Akran, car rares sont les ennemis à être capables de s'en relever. Parmi les cavaliers Gilghans on trouve un corps d'élite, les Hadarrins, commandés par Thaner le Porteur de Lance, Celui-Qui-Apporte-La-Tempête. Les Hadarrins sont toujours composés de cinq mille membres, car lorsque l'un d'entre eux meurt un Gilghan est désigné pour prendre sa place. Il revêt alors l'armure du défunt Hadarrin, et change ainsi d'identité : il abandonne la sienne pour faire perdurer la légende du premier Hadarrin qui a utilisé cette armure en adoptant son nom. Le Royaume du Gilghan était gouverné aujourd'hui par le Roi Thibaut, Lui-Qui-Fait-Trembler-Le-Sol, Sabots-d'Airain. Malgré sa relative jeunesse (et son nom très peu commun), Thibaut était un roi respecté de ses sujets. Il était notamment célèbre pour ses exploits militaires, particulièrement retentissants à propos de la frontière. Relkan était le fils d'un officier de deuxième classe des cavaliers Gilghans, Agin Alnor, et d'une prostituée bifawie des bordels de Khar Ernar. Sa mère l'ayant fui après l'accouchement, il fut élevé par son père et son écuyer. Ils lui enseignèrent la culture Gilghane, à tel point qu'il fut bientôt psychologiquement un humain à part entière. Sa vie prit un tournant lorsque son père mourut lors de la célèbre bataille du Col de Dar'Lnor, le poussant à fuir le Gilghan et à se réfugier en terre bifawie pour une raison qu'il n'a révélée à personne,. On raconte que, dans ce combat, les Gilghans se battaient à un contre mille mais qu'à aucun moment ils ne fléchirent. Alnor et cent de ses compagnons furent les seuls survivants lors du repli temporaire sur une colline...
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  • « Reformez la ligne ! »
Peu à peu les cavaliers se regroupèrent. Ils étaient disposés en cercle en haut d'une butte. Tout autour d'eux une mer d'acier avançait inexorablement, s'approchant dangereusement du point culminant de la colline,
  • « Ecoutez-moi ! beugla Alnor aux cavaliers Gilghans. Vous le savez tous, c'est la fin. Il n'y a plus aucun espoir, je ne vous mentirais pas. Regardez-les ! Nous sommes cent, ils sont trois cent mille. Mais que sont-ils ? Des bêtes sans fierté ! Ils ne sont rien ! Nous sommes les Gilghans ! Chacun d'entre vous doit prendre au moins cent de ces fils de chiennes ! Que dis-je ? Deux cents ! Vous en êtes tous capables ! Nous n'allons pas attendre qu'ils viennent nous faucher ! Nous n'allons pas implorer le pardon de ces porcs ! Car nous sommes les Gilghans ! Nous allons les charger, nous allons les détruire ! Alors maintenant, par la gloire royale d'Enoras, nous allons chevaucher ! Pour notre seigneur et pour notre terre !!! »
Alnor fit pivoter son cheval, et le sol trembla quand cent cavaliers beuglant leur cri de guerre s'élancèrent comme un seul homme, les sabots de leurs montures labourant le sol. Face à eux l'océan de lames hésita, et il était trop tard lorsqu'ils se reprirent. Les cavaliers des plaines percutèrent les rangs ennemis avec la puissance d'une météore. L'impact fit valser la première ligne d'infanterie des Renaohls, et des membres bleus volèrent dans tous les sens lorsque les Gilghans dégainèrent leurs épées. Bien peu de cavaliers furent désarçonnés, mais chaque perte humaine était un lourd tribut. Cinq d'entre eux moururent dans les premières secondes de combat alors que les Gilghans s'enfonçaient profondément dans les rangs adverses, les sabots de leurs chevaux labourant les corps des Renaohls et leurs corps massifs les repoussant loin d'eux. Les monstrueux chevaux de bataille, bien plus grands qu'un homme, projetaient et broyaient les corps pourtant massifs des innombrables Renaohls.

Au milieu de la mêlée, Alnor se battait comme un lion. Il tenait une épée dans une main et sa lance dans l'autre. Il perfora le torse d'un de ses ennemis qui essayait d'abattre son cheval, trancha le bras d'un autre. Il vit à sa droite Erus tomber, une pique surgissant de son dos. C'était un bon guerrier. Il se souvenait encore de la fois où un  Erus  à peine adoubé l'avait sauvé d'une flèche dans la gorge en projetant son javelot dans l'abdomen de l'archer. Une pique frôla sa hanche, le ramenant à la réalité. Il enfonça sa lame dans le crâne de son assaillant. Les minutes s'écoulèrent lentement, alors qu'Alnor abattait toujours plus de Renaohls , autour de lui peu à peu les Gilghans tombaient. Peu à peu la mort prenait son dû. Bientôt Alnor se retrouva seul.
  Autour de lui, la horde fit une pause. Alnor descendit de son cheval et jeta sa lance au sol.
  • « Les cavaliers Ranarims de Agin Alnor est mon unité, dit-il en se mettant lentement en garde. Maintenant, dites-moi... qui veut être le premier ? »
Nombreux furent les ennemis qui tombèrent sous la lame d'Alnor, mais l'Agin finit par tomber. Les Renaohls ramassèrent son corps et l'attachèrent de façon à ce qu'il ne puisse tomber sur son massif cheval de guerre qui se laissa miraculeusement faire. La bête offrait à son maître sa dernière chevauchée. Les créatures bleutées lièrent l'épée d'Alnor dans ses mains, lui permettant d'accéder à l'Éden. Ils laissèrent ensuite son cheval s'en aller, le guerrier Gilghan sur son dos.  Ils ne le surent jamais, mais l'action héroïque des cavaliers humains et d'Alnor permit aux renforts d'arriver à temps et d'enfoncer les lignes des Renaohls.
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Quelques heures plus tard, Vaalys se trouvait sur une immense place occupée par des dizaines de bretteurs. De tous les côtés, les armes des soldats fendaient l’air, le bruit des fers entrechoqués résonnaient à travers l’aire d’entraînement. Vaalys avait été enrôlé quelques mois plus tôt dans l’infanterie bifawie, comme des milliers d’hommes-animaux, sous la demande des humains. En effet, une horde massive d’ennemis (selon les Hauts humains) avait surgi du Nord et avait déjà commencé à raser les avant-postes du lointain Massif de l’Erk-Lâgh. D’après leurs informations, les assaillants (dont on ne savait rien de leur apparence ou quoi que ce soit d’autre) avaient aussi submergé les citadelles septentrionales appartenant aux autres races. Ainsi, il avait été recruté pour servir dans l’armée régulière, et ce sort lui plaisait énormément. Il sortit de sa rêverie lorsqu’il entendit la voix de Kameryt derrière lui.
  • Alors, es-tu prêt pour l’entraînement ?
            (il se retourna) Plutôt deux fois qu’une… Général.

Il l’invita à choisir une arme pour l’entraînement. Selon le règlement bifawi, il était interdit d’utiliser des armes prévues pour les batailles durant un entraînement. Vaalys saisit une épée longue et large, au manche entouré de tissu et à la garde carrée et faite en acier lourd. Kameryt, lui, s’empara d’un sabre kelnéïen à la lame fine et extrêmement longue. La garde formait deux éclairs s’éloignant de l’arme.
Vaalys fit tournoyer quelques fois son épée dans les airs, se familiarisant avec sa forme et son poids. Kameryt bondit, faisant siffler son sabre vers la main de l’homme-arkhéocéros. Le fer frappa proprement et puissamment le manche de son épée et l’envoya valser dans les airs. Vaalys possédait des réflexes hors-norme, mais le Général de la Légion du Griffon de Bronze était extrêmement rapide, si bien que Vaalys ne vit même pas le guerrier se mouvoir.  Sans un mot, il alla chercher son arme, vint reprendre sa position et se mit en garde. D’un bref coup d’œil, il évalua que huit pieds le séparait de Kameryt et adapta sa stratégie en conséquence. Il leva la tête. Le Général était sur lui. En une fraction de seconde, il avait parcouru la distance qui les séparait. Son sabre était tenu uniquement dans sa main droite, le bras en arrière, prêt à frapper.  Kameryt abattit son arme, Vaalys la para avec difficulté. L’officier bifawi était rapide et puissant, Vaalys peina à parer son coup. Kameryt saisit son arme à deux mains, la dressa au dessus de son corps et s’apprêta à attaquer. Vaalys en profita pour faire filer son épée vers son torse.  Kameryt tournoya en l’air et envoya son pied frapper les côtes de Vaalys. Ce dernier fut déstabilisé, et Kameryt en profita pour frapper. Sa lame descendit vers Vaalys avec force. Le bifawi se jeta au sol, et la lame de Kameryt fouetta l’air au-dessus de Vaalys.
Il se releva et s’appuya sur ses mains pour se relever. Il avait la lame du Général de Bronze pressée contre la nuque. Pendant des heures et des heures, Vaalys et Kameryt croisèrent le fer. Pendant des heures et des heures, Vaalys fut mis en échec par le Général, à la vitesse et à la force extraordinaires. Lorsque le crépuscule vint, Vaalys n’avait plus la moindre force, sa fierté était détruite, mais il était heureux. Il avait combattu face au meilleur épéiste de Kel’Akran, et obtenu son respect.
Ils étaient tous deux assis en cercle autour d’une flamme s’élevant majestueusement vers le ciel étoilé, sa couleur mystique illuminant l’étendue stellaire ; un homme situé à plusieurs mètres les regardait, un autre avançait derrière eux. Une sombre litanie, mélopée d’espoir et de renouveau s’échappant de leurs gorges et de celle de l’homme tournant autour d’eux, un couteau en os de Reiykènas dans sa main.
L’ode s’élevait vers l’immensité du firmament, conjurant des entités à la puissance inimaginable, les Neuf Dieux du Second Panthéon. L’homme s’occupant du rituel était sous sa forme semi-animale, nécessaire à l’accomplissement de l’enchantement de l’Aktar des Lunes. Soudain, le chant autrefois élevé par les trois bifawis s’éteignit. Le Conjurateur, tel que l’homme gérant l’Aktar était nommé ainsi par les antiques récits bifawis, leva sa lame à l’apparence baroque pour que chacune des Neuf Lunes l’illumine de sa splendeur éthérée.  Après le Versement Lunaire, le Conjurateur s’approcha du premier homme-animal, une femme-aigle, nommée Azgryys en Pur Parler. Ce dernier lui tendit sa paume, et le couteau sacré lacéra les veines de l’Azgryys. Pas un cri ne retentit, pas un son, même pas le bruit de la peau déchirée. Seul le chant des étoiles régnait sur le silence, gouvernant toutes choses à jamais. Il répéta le même geste sur l'autre bifawi. Une fois de plus, le tranchant brûla la chair du bifawi.  Le Conjurateur s’approcha ensuite du feu fantomatique, et tendit la dague vers les flammes. À l’instant même où ces dernières léchaient le couteau, les deux bifawis rentrèrent dans une transe inarrêtable. Plusieurs heures s’écoulèrent ainsi avant que les spasmes et les secousses s’achèvent. Levée aux côtés des flammes, une créature trapue et extrêmement large, à la musculature inhumaine et ayant deux longues défenses situés sur la mâchoire inférieure de la colossale tête surmontée d’une grande crête en os de laquelle jaillissaient d’immenses cornes, un visage bestial ressemblant trait pour trait à celui d’un arkhéocéros mais en plus humain. Elle était recouverte d’une imposante armure de plaques de métal très résistant, dans sa main gauche elle tenait un bouclier faisant plus d’un mètre, soit la moitié de la taille de homme-arkhéocéros, dans la droite Vaalys tenait un marteau titanesque recouvert de runes de puissance, et sur chaque côté de la masse une énorme pointe se dressait.
Il découvrit peu à peu toute la puissance de sa nouvelle forme, tandis que Maniyla faisaient de même. Kameryt les observait en souriant, se souvenant de lui-même quand il avait découvert sa forme Lenronine. Il s’agissait là de l’accomplissement de tout bifawi, le passage à l’âge adulte. Ce dernier était marqué par l’Aktar des Lunes et non pas par un âge. Ainsi, Vaalys avait vingt-deux ans et Manyila vingt-quatre.
Vaalys se mit à repenser à la bifawie et à Relkan qui les regardait toujours de loin. Manyila était jeune et impétueuse, mais possédait une certaine maturité dont Relkan ne jouissait pas. Vaalys était assez impénétrable sur ce point-là, ne laissant paraître que bien peu de choses de son for intérieur. Relkan était dévoué et généreux, compréhensif mais pas très compatissant. Ce dont on se souvenait surtout lorsqu’on le connaissait bien était son penchant pour la débauche. En effet, le jeune homme-animal possédait un physique très avantageux, aux cheveux bruns assez courts contrastant avec la chevelure pourpre descendant jusqu'aux reins de Vaalys.
Relkan avait un visage digne des anges des légendes les plus enfouies des nombreux mythes de l’immense culture de leur monde, même si ils étaient tous féminins, sauf un Archonte banni nommé Lucifer.  Vaalys possédait une apparence dure, son visage semblait être du granit taillé. Rien ne s’échappait de lui si ce n’était une sombre aura dans laquelle ressortaient haine et tristesse. Son esprit était impénétrable, ses ambitions ténébreuses. Seule une pâle clarté lointaine éclairait le tableau de noirceur qu’était Vaalys.  Le lendemain, ils apprirent de Kameryt que les humains avaient convoqué un Conseil Arkan pour traiter du problème posé par la menace nordique. Un tel concile ne se demandait pas à la légère, mais le problème était crucial : les Hauts comptaient demander l’aide des autres races dans la guerre qui avait commencé. Ils avaient sans doute eux aussi eux quelques problèmes suites à la destruction de leurs avant-postes se situant dans l’immense et lointaine chaîne de montagnes qui se dressait au nord, le Massif de l’Erk-Lâgh. L’ennemi n’avait pas encore atteint la proche Chaîne de Tal. Trois massifs séparaient les royaumes du Sud du Nord, mais la plus proche de cette contrée gelée n’était pas occupée par eux.
Un tel conseil se déroulait dans une salle extrêmement vaste accessible uniquement par un artefact mythique détenu par chaque race : le Heila Kunera. Seul les légendes contaient l’origine de cet objet presque divin. Vaalys faisait partie des trois personnes que Kameryt avait pu faire venir dans l’Arène des Célestes, le lieu accueillant les très rares Conseils Arkans.  Vaalys pensait que le Conseil était très fermé, mais en réalité des milliers d’êtres y prenaient part à chacune des réunions. Le peuple venait en effet pour voter, mais seul les nobles, les bourgeois ou les invités royaux (comme Vaalys, Relkan et Manyila) y étaient conviés.  Kameryt repensa aux raisons qui l’avaient poussé à emmener les jeunes Kelnéïens à un évènement si important. Ces trois-là étaient prometteurs sur de nombreux points, mais le Général voulait garder ses espérances pour lui, du moins pour le moment, notamment parce qu'ils y avaient des points moins positifs sur ces personnes...
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  • « Akas'Reeeeeeeeeeeeeeeeeeeel !!! »
Sa lance en bois explosa en entrant en contact avec son adversaire, la puissance acquise grâce à la vitesse de sa monture projetant ce dernier en arrière. Akas'Rel serra les dents alors qu'il encaissait l'impact dans son bras, mais exulta lorsqu'il vit le Darkalos face à lui être désarçonné de son cheval, vidant par ailleurs les étriers. Un hurlement de triomphe explosa dans les tribunes, et le coeur d'Akas'Rel fut gonflé de fierté. Le Darkalos descendit de son cheval et alla aider son opposant à se relever. Ils se serrèrent les poignets en signe de respect, puis Akas'Rel vint se poster devant son roi, levant au passage son poing vers le ciel ce qui fit crier le public de plus belle,
  • « Mon bon Akas'Rel, j'ai bien peur qu'une fois de plus vous n'ayez gagné, lui dit-il d'une voix noble. L'amertume de la défaite vous a pourtant frôlé : vous étiez menés deux drapeaux à zéro. Toutefois, je vais devoir encore vous décerner la victoire. Vous êtes sans doute le meilleur jouteur et cavalier de tout Kel'Akran. Même les soi-disant célèbres cavaliers Gilghans ne vous arrivent pas à la cheville. Tout cela alors que vous avez à peine vingt-et-un hivers !

  • Sire Akaland, c'est trop. Cette victoire était, je le crains, un coup de chance de ma part. Je pense que Œil-de-Givre était meilleur que moi. Ce sera néanmoins avec honneur que je recevrais votre divine bénédiction. Puisse la gloire des Darkalos durer à jamais !

  • Je crains que le fléau venu du Nord ne l'entache. Heureusement, les humains ont, sous l'impulsion du roi... Thibaut, je crois ? convoqué un Conseil Arkan. À ce propos, j'aimerais que vous m'y accompagniez.

  • Sire, je...

  • Ce n'était pas une question. J'aimerais aussi que, libre à vous d'accepter ou non, que vous rejoigniez ma Garde d'Honneur.

  • Ce sera avec plaisir, mon Seigneur.

  • Si vous le souhaitez, j'accepterais volontiers que vous m'ameniez vos proches ou votre compagne.

  • Certes... (après une rapide réflexion, Akas'Rel se rendit compte qu'il n'avait personne de cet acabit) Je vous remercie, mais cela ne sera pas nécessaire : je sais déjà que vous avez invité Havren-Kliss.

  • Bien, à votre guise. Cependant je crois qu'il n'est pas le bon moment pour parler de cela. Nous avons votre victoire à fêter ! »
Le Roi Akaland se dirigea ainsi vers le château, flanqué de Akas'Rel d'un côté et de la Reine Suena de l'autre. Un immense banquet fut donné pour fêter la victoire de Akas'Rel. Tous les chevaliers du royaume y étaient présents, et ce jour-là l'alcool coula à flot et la nourriture était présente en abondance.  Akas'Rel ne participa pas au festin. Il s'éclipsa avec l'autorisation de son roi et se dirigea rapidement vers l'aile ouest du château, celle des chevaliers royaux. Il fut une fois de plus émerveillé par la splendeur du corridor. Les murs étaient recouverts d'une fine couche de verre réfléchissant, la lumière des torches brillant dessus de mille feux. De colossales fresques contant les plus grandes victoires de son peuple sculptées dans la roche s'étendaient sur plusieurs dizaines de mètres. Des meubles de bois de rougeoyeur et de marbre étaient clairsemés le long du couloir. Il s'arrêta devant une porte de ce même bois et l'ouvrit rapidement. Il pénétra dans ses appartements. La pièce était assez spacieuse mais meublée spartiatement. Les murs vétustes étaient recouverts d'une peinture pourpre contrastant avec les rideaux or. Les seuls meubles étaient une petite armoire, une couche et une cuvette d'acier à côté de laquelle était disposé un long miroir. Il retira ses vêtements et contempla son reflet. Devant lui se dressait un jeune Darkalos à la musculature fine et puissante. Sa peau vermeille et dense était couverte par endroit de petites écailles sombres. Son visage était plutôt beau, et deux courtes cornes dépassaient de son front, cachant les courts cheveux noirs qui poussaient derrière. Une queue légèrement longue et fine dépassait de ses reins et pointait vers le sol sans le toucher. Akas'Rel tolérait son apparence sans l'apprécier pour autant. Ses pensées retombèrent sur la raison qui l'avait poussé à être ici plutôt qu'à fêter sa victoire. Akas'Rel était seul. Il n'avait pas de famille connue. Il n'avait qu'un seul ami, pas de compagne. Un seul ami. Il repensa à Havren-Kliss, son compagnon d'armes. Il s'agissait tout de même d'un ami fidèle, et il l'appréciait beaucoup. C'était aussi un des chevaliers du roi, et un de ses favoris.  Il entendit un poing cogner la porte. La poignée s'affaissa, et un Darkalos de grande taille entra dans son appartement.
  • « Ta victoire a été belle, chevalier, mais sache que la prochaine fois je t'aurais !

  • Écoute... je ne vais pas y aller par quatre chemins. Je te connais, Havren-Kliss Nelvr, fils de Fhurt Nelvr, et tu sais aussi bien que moi qu'il ne s'agit pas de ma première victoire sur toi, n'est-ce pas ? Tu n'es donc pas là uniquement pour me féliciter de ma victoire. Qu'est-ce qui te préoccupes donc ?

  • Je pourrais te retourner la question. Pourquoi n'es-tu donc pas en train de fêter ta victoire avec les autres chevaliers ?

  • Mais qui sont-ils ?

  • Eh bien... (il hésita un instant) Tes compagnons d'armes. Tes frères. Tes amis même.

  • Mes amis ? Tu parles là pour toi, Havro. Contrairement à toi, je ne connais que peu d'entre eux. Tu es mon seul ami. Regarde-toi : tu as une compagne, des rejetons, de nombreux amis. Mais moi ?

  • Toi ? Tu oses dire cela à moi, alors que tu es de toutes ces personnes celle dont je suis la plus proche. Tu as l'amour de ta patrie, l'amour de ton peuple, l'amour de ton roi, le respect de tes compagnons d'armes. Et même, pourquoi te languis-tu d'avoir des amis ? Est-ce que tu les veux ? Je te connais assez bien pour pouvoir dire que non. Pourquoi m'envies-tu si ces personnes ne sont pas chères à tes yeux ? Sache que la quantité ne compte pas, seule la qualité importe. »
Un long silence suivit la déclaration d'Havren-Kliss. Finalement Akas'Rel brisa le silence.
  • « Tu as raison, mon ami. Une fois de plus, ta sagesse aura su m'éclairer. Je t'en remercie grandement.

  • Maintenant, Akas'Rel, nous n'allons pas rester ici à nous morfondre ou parler de choses trop sérieuses, à mon goût du moins, et tu me faire le plaisir d'aller te saouler avec le sage ! lança Havren-Kliss en arborant un sourire franc.

  • Tu as raison. Je t'ai déjà vaincu une lance à la main, voyons si je rééditerai cet exploit avec une bouteille pleine !

  • Cela j'en doute fort ! Il te faudrait un miracle pour arriver à boire plus d'alcool que je ne le puis, et si c'était le cas je ne voudrais pas être dans ton état ! »

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La nuit était tombée sur le Château de l'Hiver. Dans l'immense salle de banquet, les chevaliers étaient tous déjà partis ou presque, alors que des piles de vaisselle s'étaient formées sur la grande table. Akas'Rel regarda l'intérieur de sa chope. Vide. Comme les dix-sept autres. Il la posa délicatement pour ne pas réveiller un Havren-Kliss qui s'était endormi, une chope plus qu'à moitié pleine. À côté de lui, treize chopes s'entassaient de façon aléatoire. Il se leva sans le réveiller, et se dirigea vers l'aile ouest. La véritable beauté de cette dernière se révélait la nuit, lorsque la splendeur éthérée de la Lune se reflétait sur les murs réfléchissant sa lumière un millier de fois. Il se dirigea silencieusement vers ses appartements, se déplaçant furtivement. Il ne faisait aucun bruit. Il se déshabilla après être entré dans la pièce qui lui était réservée. Il se rinça rapidement le visage avec l'eau de la cuvette dorée, et dormit. Il rêva une fois de plus à la légende d'Afren.
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Un frisson parcourut l'échine du jeune Darkalos alors que la terreur soufflait sur les rangs de ses soldats. Devant eux, aussi silencieux qu'une tombe, tel une incarnation de la mort en marche, la Faux avançait. Dix mille fantassins d'élite n'ayant jamais connu la défaite, chacun de ses membres étant un boucher inéluctable. Ils étaient venus de la côte est du continent. Les draavos, des guerriers à la peau d'un noire, nés pour se battre. Seule la présence de lui, Khah Afren, empêchait ses hommes de fuir. Lui, ne ressentait pas cette crainte. Afren l'Impavide, c'est ainsi que les Darkalos le nommaient. Même la vue de la forêt de lances et de l'océan d'armure de plates ne l'émoustillait. Mais le désespoir s'était emparé de ses hommes.
La Faux continuaient d'avancer inexorablement dans l'étroit col montagneux. Le Corridor de Varg serait leur tombeau. Un désespoir encore plus grand s'empara des combattants derrière le Darkalos de plus de deux mètres lorsque dix mille voix scandèrent un chant guerrier,
Portant les instruments de mort
Les draavos sont fiers et forts
Créant les guerriers de cette sorte
Draavo est fière et forte
Le silence sépulcral du couloir pierreux n'était brisé que par les voix graves des draavos. Les milles soldats d'Afren avaient perdu toute combativité, leur espoir envolé depuis longtemps. Ils attendaient maintenant que les lames draavos arrivent pour leur ôter la vie.  Un rugissement inhumain retentit, plus fort encore que le chant des draavos. Le hurlement ne sortait que d'une seule gorge. Afren courait vers les lignes ennemies, la hache à la main, poussant son terrible cri de guerre. Alors qu'il approchait des draavos, onze mille êtres contemplèrent un spectacle qui instaura une légende. Afren ne courait pas. Il volait. Il marchait sur les vents. Il était porté par eux. Il ne les maîtrisait pas, il vivait en eux. Pour la première fois, la Faux connut la peur. Afren percuta leur rang, son cri ne s'était pas arrêté. Sa hache fauchait les draavos en grand nombre. Les vents suivaient son sillage. Afren transperça les rangs draavos, tuant toujours plus de guerriers venu de l'est. Devant la sainte colère du dieu vengeur qui les massacrait, la Faux recula. Puis s'enfuit. Le cyclone qui suivait Afren les en empêcha, et le Darkalos les tua tous. Seulement alors il s'arrêta d'hurler. Les vents le déposèrent face à ses soldats. D'un coup, un millier d'épées se levèrent, alors que tous les soldats scandaient son nom. Ainsi naquit la légende d'Afren le Cavalier du Vent. La nuit qui suivit la victoire d'Afren, ce dernier reçut un messager divin dans son esprit. Une femme ailée d'une incroyable beauté lui rendit visite. L'Ange lui expliqua que le Dieu Premier l'avait élu, et qu'il devait maintenant entrer dans le Premier Panthéon, celui des humains. Cette légende s'est déroulée huit mille ans avant le temps où vivait Akas'Rel, en un temps où les races et les Dieux naquirent par la volonté du Dieu Premier, qui était parti lorsque son monde fut à ses yeux prêts à commencer son histoire.  Huit millénaires. Huit millénaires d'histoire formant une grande fresque sombre, sanglante et où règne la Discorde. Il n'y a jamais de paix. Il n'y a que la guerre. En huit mille ans, jamais la paix n'a été présente. Elle n'existe que pour les utopistes. Le monde d'Hytr-Esh avait été forgé dans le sang. Chaque continent, comme Kel'Akran, n'avait que peu de contacts avec les autres, car une étrange barrière brumeuse couvrait les océans. Ceux qui avaient essayé de l'approcher s'étaient rapidement dissuadé de la traverser. Le peuple des draavos et des salazs, venus de Volsoria, étaient les seuls à avoir eu des contacts avec Kel'Akran.
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Akas'Rel se coula sous la lame qui filait vers sa gorge, passa sous la garde de son adversaire et remonta brusquement son épée. Elle s'envola telle une flèche et allait tout droit éventrer sa cible. Mais le guerrier esquiva l'arme et balança son poing dans l'abdomen d'Akas'Rel. La puissance du choc souffla l'air de ses poumons, et Havren-Kliss tenta d'ouvrir le ventre de son opposant. Un genou percuta son menton, le projetant en arrière et l'empêchant de finir son geste. Il vit le sabre d'Akas'Rel se diriger son plexus solaire. Havro tournoya et dévia la lame d'Akas'Rel. Dans le même mouvement, il agrippa son épée à deux mains et tenta un puissant coup de taille à gauche. Akas'Rel échangea son sabre de main, para le coup, et effectue un enchaînement d'attaques en changeant à chaque fois son arme de main. Havro fut déstabilisé et resta incapable de riposter. Akel, tel qu'il était surnommé, feinta à droite et asséna un puissant coup de pied dans les côtes de son adversaire. Havren-Kliss s'écroula. Ce dernier sentit la lame d'Akel appuyer sur sa gorge. Il tenta de se relever. Un maigre filet de sang coula le long de sa nuque lorsqu'une lame s'y enfonça.
  • « J'admets ma défaite, lança Havro. Mais avoue que j'ai failli t'avoir !

  • Tu plaisantes ? Tu es lent, gauche et pataud, rétorqua Akel. Tu commences à te faire vieux. Tu as trente-deux années derrière toi. Un ancêtre.

  • Tu exagères. Je suis toujours svelte, rapide et adroit. Ce n'est pas toi, morveux, qui va me dépasser. Tu manies ton épée comme un balai. Laisse-ça à ceux qui ont des couilles, gamine !

  • Silence, vieux fou. Bats-toi et prouve moi que tu es digne d'être un Chevalier Hivernal. »
Pendant des heures et des heures, de l'aube jusqu'au zénith, les deux compagnons croisèrent le fer. Ils comptabilisèrent les victoires avec des drapeaux. Lorsque les guerriers darkalos stoppèrent le combat, Akas'Rel avait un drapeau de moins qu'Havren-Kliss.
  • « Ce n'est pas étonnant. Je suis un chevalier, mon code me dit qu'il faut respecter les vieillards.

  • Toi, un chevalier ? Ne nous insulte pas, et apprends à tenir correctement une lame.

  • Au lieu d'essayer de discuter avec toi, vieil homme sénile, je vais enseigner à nos jeunes pousses l'art de tenir une lame. Tu devrais en faire de même, lui lança Akas'Rel avant de s'en aller, laissant son ami aller de son côté. »

Akas'Rel traversa le terrain d'entraînement, ses bottes ne produisant aucun bruit sur la terre au sol. Il se dirigea vers la Cour de l'Aube, là où il était chargé de donner de dispenser des leçons d'escrime aux Aspirants Chevaliers Automnaux. Havro, lui, enseignait aux Guerriers du Froid, l'infanterie régulière des Darkalos, les Chevaliers Hivernaux étant en effet l'élite du peuple à la peau rouge. Son rôle n'était pas plus prestigieux que celui qui incombait à son frère de coeur. Akas'Rel arriva dans la Cour de l'Aube. Les enfants présents, ayant seize ou dix-sept années, s'inclinèrent à son arrivée.
  • « Salutations, jeunes apprentis. Comme vous le savez, votre enseignement touche à sa fin. Il ne me reste qu'un quart de lune d'enseignement, commença Akas'Rel, ses élèves buvant ses paroles comme un divin nectar. Ce que nous allons travailler n'est plus la technique. En théorie, chacun de vous peut me battre. En pratique, aucun n'a la moindre chance. Je vais vous apprendre à dominer votre peur, à comment mener un combat aussi physiquement que mentalement. À quoi est liée votre peur, votre angoisse ? Oui, élève Nalinn ?

  • À l'issue du combat ? hésita-t-il.

  • Non. Pallayo ?

  • Je pense qu'il s'agit simplement de ce qu'entraînera notre mort. Nous ne tenons pas forcément à nous, bien que cela soit aussi ce qui nous terrorrise, mais surtout à ceux qui nous sont chers. En devenant combattants, nous sommes prêts face à la mort, mais pas celle de nos proches. Laissez un fils orphelin, une femme veuve, est pire que la mort. Surtout qu'eux aussi tiennent à nous, notre mort entraîne leur chagrin.

  • Excellent. Il faut donc faire abstraction de cela. Je ne vais pas vous conseiller sur ce point, chacun a sa propre façon. Vous avez des questions ?

  • Maître Akas'Rel ? bégaya un géant à la tignasse blonde.

  • Oui, Situs ?

  • Quelle est votre technique personnelle ?

  • Je n'en ai aucune. Personne ne tient à moi et je ne tiens à personne, voilà tout. »
Un long silence suivit cette phrase avant que le guerrier reprenne.
  • « La peur n'est pas le seul point psychologique d'un combat. Une fois que vous aurez appris à dominer votre peur, il faudra aussi vous assurer que vous ne pensez à rien d'autre. Ne soyez concentrés que sur votre adversaire. Ne vous laissez pas entraîner dans vos pensées. Ne laissez pas vos émotions interférer dans le combat. »
Le Darkalos passa l'après-midi à enseigner des leçons mentales sur le combat, comme toutes celles du quart de lune qui suivit. Au cours des cinq années d'apprentissage, Akas'Rel avait été particulièrement proche d'un certain Grigorii, qui l'avait pris comme mentor. Lorsque vint l'adoubement, chaque Aspirant Chevalier Automnal fit ses vœux devant un Maître. Akas'Rel sélectionna Grigorii, et il fut chargé de l'adouber. Grigorii serait son écuyer, qui combattrait avec lui sur le champ de bataille. Après l'adoubement, une seconde couche fut installée dans ses appartements, celle de Dagon. Lorsque le souffle d'Akel éteignit la chandelle, il se souvint que Grigorii était le seul qui avait marqué un point lors du duel qu'ils s'étaient livrés. Le seul, sur une centaine.
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  • « Purifier par le feu !

  • Domine-toi, Arkhaon. Je comprends ton impatience de surgir des abîmes dans lesquelles tu es tout comme moi confiné, mais le moment n'est pas encore venu. Une lune. Après, tu pourras semer la mort, Main-des-Enfers, Boucher-aux-Mille-Flammes.

  • Je sais cela, Lucifer, Archonte déchu. Mais tu n'es pas comme moi enfermé d