| Flint dit : D'ailleurs je remarque que tu t'es contredit, et que tu as cité un aphorisme qui finalement sert mon argumentation : "Le fait que la vie n'ait aucun sens est une raison de vivre, la seule du reste." |
| Ce qu'on écrit reflète toujours son soi intime, soit en totalité... soit en partie. Pour ma part, je ne vois pas où est le binz. Ce sont souvent les êtres les plus désespérés, ceux qui pressentent à leur paroxysme toute l'horreur et le sordide de l'existence qui sont en fait les plus heureux, car les plus aptes à apprécier aussi les choses simples de la vie, et qui s'accrochent le plus à elle, et qui ont en elle le plus de foi. C'est toute une philosophie de l'absurdité que je partage et cela s'approche de la pensée grecque dont je parlais plus haut, pensée tragique par excellence. Et n'est-ce pas par l'art tragique, autrement dit par "l'esthétisation" de l'horrible que les Grecs ont réussi à vivre ? (> Un lien ici) [...] Les personnes les plus désespérées sont en fait les moins vulgaires et les plus joyeuses de vivre. |
| Je sais très bien que l'écriture peut servir d'exutoire ; cela justifierait les oeuvres hallucinées de certains, pourtant très lucides. Cioran est peut-être de ceux-là, je ne peux le dire. |
http://www.stephen-king.fr/wp-content/uploads/2009/01/le-pistolero.gif | Sephira dit : citation :
Je vais te répondre avec une citation de Proust (même si elle n'est pas forcément une généralité): "L'appétit d'écrire englobe un refus de vivre". |
). Peut-être pour assainir son esprit, comme je le disais... Ta citation est, selon moi, au centre des deux paradigmes. On retrouve une part d'absurdité : si on choisit l'écriture, on s'éloigne de la vie. En effet, pourquoi ne pas envisager une écriture vivante ? Et pourtant, il y a une vraie cohérence : l'écriture prend du temps, elle est toujours un travail de soi, souvent un travail sur soi, qui s'avère consenti pour quiconque souhaite s'élever au-dessus de la vie. Les choses ainsi considérées, il apparaît que Cioran nous fait l'apologie de la mort comme pour sublimer sa vie. Intéressant. C'est une voie à explorer...
BadaOfBodom dit : Pourquoi exprimer au travers des mots le contraire de ce que l'on est ? (S'il te plaît, Flint, ne me sors pas en réponse l'argument de la Catharsis dans la tragédie grecque. Ici, il ne s'agit pas d'une simple représentation tirée de l'imagination d'un dramaturge farfelu, mais d'une vie réelle ) |
| BadaOfBodom dit : citation :
Je savais que tu allais rebondir précisément là-dessus. Ceci étant, je pense que la contradiction ne serait effectivement survenue que si j'avais tronqué la phrase... Cioran écrit bien "la seule du reste", et l'on peut voir là une incitation au "laisser vivre" : vivons parce qu'il le faut. Voilà comment je vois les choses, mais je peux me tromper... Nonobstant, tout ce que tu expliques est très cohérent, comme d'habitude. Cioran n'était en effet pas si hostile à la vie, auquel cas il se serait suicidé sans se poser de question. Etait-il heureux ? Je ne sais pas. Toujours est-il qu'il ne le montre pas clairement... Je sais très bien que l'écriture peut servir d'exutoire ; cela justifierait les oeuvres hallucinées de certains, pourtant très lucides. Cioran est peut-être de ceux-là, je ne peux le dire. Le truc, c'est que je ne comprends pas l'intérêt de l'absurdité volontaire. C'est valable pour le sujet qui nous concerne, c'est valable aussi pour le courant du théâtre de l'absurde, de l'art pictural contemporain, etc. |
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