Art(s) et littérature >> Que lisez-vous en ce moment ? (4)
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Samedi 27 Mars 2010 - 18:16:42

citation :
Flint dit :

D'ailleurs je remarque que tu t'es contredit, et que tu as cité un aphorisme qui finalement sert mon argumentation :
"Le fait que la vie n'ait aucun sens est une raison de vivre, la seule du reste."


Je savais que tu allais rebondir précisément là-dessus. Ceci étant, je pense que la contradiction ne serait effectivement survenue que si j'avais tronqué la phrase... Cioran écrit bien "la seule du reste", et l'on peut voir là une incitation au "laisser vivre" : vivons parce qu'il le faut. Voilà comment je vois les choses, mais je peux me tromper...

Nonobstant, tout ce que tu expliques est très cohérent, comme d'habitude. Cioran n'était en effet pas si hostile à la vie, auquel cas il se serait suicidé sans se poser de question. Etait-il heureux ? Je ne sais pas. Toujours est-il qu'il ne le montre pas clairement... Je sais très bien que l'écriture peut servir d'exutoire ; cela justifierait les oeuvres hallucinées de certains, pourtant très lucides. Cioran est peut-être de ceux-là, je ne peux le dire. Le truc, c'est que je ne comprends pas l'intérêt de l'absurdité volontaire. C'est valable pour le sujet qui nous concerne, c'est valable aussi pour le courant du théâtre de l'absurde, de l'art pictural contemporain, etc.


Samedi 27 Mars 2010 - 21:50:55

citation :
Ce qu'on écrit reflète toujours son soi intime, soit en totalité... soit en partie. Pour ma part, je ne vois pas où est le binz. Ce sont souvent les êtres les plus désespérés, ceux qui pressentent à leur paroxysme toute l'horreur et le sordide de l'existence qui sont en fait les plus heureux, car les plus aptes à apprécier aussi les choses simples de la vie, et qui s'accrochent le plus à elle, et qui ont en elle le plus de foi. C'est toute une philosophie de l'absurdité que je partage et cela s'approche de la pensée grecque dont je parlais plus haut, pensée tragique par excellence. Et n'est-ce pas par l'art tragique, autrement dit par "l'esthétisation" de l'horrible que les Grecs ont réussi à vivre ? (> Un lien ici
[...] Les personnes les plus désespérées sont en fait les moins vulgaires et les plus joyeuses de vivre.

Je suis d'accord avec toi.

Samedi 27 Mars 2010 - 21:53:17

citation :
Je sais très bien que l'écriture peut servir d'exutoire ; cela justifierait les oeuvres hallucinées de certains, pourtant très lucides. Cioran est peut-être de ceux-là, je ne peux le dire.

Je vais te répondre avec une citation de Proust (même si elle n'est pas forcément une généralité):
"L'appétit d'écrire englobe un refus de vivre".

Samedi 27 Mars 2010 - 23:29:01
@Flint : tu as exactement compris ce qu'étais la philosophie de notre cher ami Cioran... et par là même tu as compris quelque chose de ma façon de voire les choses car lorsque j'ai découvert cet auteur il y a maintenant 10 ans ses mots m'ont de suite parlé... Comme s'il avait mis en mot ce que je pensais depuis tout jeune (4, 5 ans...)... Une espèce de pensée lucide et fatale de la vie qui ne peut être transcendée qu'à travers l'absurde du quotidien...

Quelques images de cet auteur... Cette logorrhée, cette gestuelle, ce regard enfantin, presque "innocent"...

http://video.google.com/videoplay?docid=1231982676025548025&hl=fr#


Samedi 27 Mars 2010 - 23:41:13
Perso je lis Le Pistolero de Stephen King (1er tome de la Tour Sombre )
http://www.stephen-king.fr/wp-content/uploads/2009/01/le-pistolero.gif



Dimanche 28 Mars 2010 - 00:39:14

citation :
Sephira dit :

citation :
Je sais très bien que l'écriture peut servir d'exutoire ; cela justifierait les oeuvres hallucinées de certains, pourtant très lucides. Cioran est peut-être de ceux-là, je ne peux le dire.

Je vais te répondre avec une citation de Proust (même si elle n'est pas forcément une généralité):
"L'appétit d'écrire englobe un refus de vivre".


Cette citation me fait immédiatement penser à un ouvrage autobiographique - empreint de philosophie, toutefois - de Jorge Semprún, L'écriture ou la vie, où l'on retrouve bien ce dilemme entre vivre et écrire. La raison est simple : l'auteur a connu l'horreur des camps de concentration nazis. Et en cela, l'écriture ne peut le ramener qu'à la mort ; mort déjà "vécue" d'une certaine façon...

Bref. Pour en revenir à nos moutons, il me semble que ta citation, bien qu'intéressante, offre encore de nouvelles perspectives d'exégèse. Elle ne corrobore donc pas totalement, à mon sens, la thèse de Flint. Flint et Walt nous disaient que Cioran, en dépit de ses écrits profondément pessimistes, était un bon vivant. Ne connaissant pas Cioran en tant que personne, je ne peux qu'accepter et respecter ce point de vue, surtout quand il est si bien argumenté. Pour ma part, j'expliquais que je ne voyais pas l'intérêt d'une telle démarche, absurde s'il en est. Pourquoi exprimer au travers des mots le contraire de ce que l'on est ? (S'il te plaît, Flint, ne me sors pas en réponse l'argument de la Catharsis dans la tragédie grecque. Ici, il ne s'agit pas d'une simple représentation tirée de l'imagination d'un dramaturge farfelu, mais d'une vie réelle ). Peut-être pour assainir son esprit, comme je le disais... Ta citation est, selon moi, au centre des deux paradigmes. On retrouve une part d'absurdité : si on choisit l'écriture, on s'éloigne de la vie. En effet, pourquoi ne pas envisager une écriture vivante ? Et pourtant, il y a une vraie cohérence : l'écriture prend du temps, elle est toujours un travail de soi, souvent un travail sur soi, qui s'avère consenti pour quiconque souhaite s'élever au-dessus de la vie. Les choses ainsi considérées, il apparaît que Cioran nous fait l'apologie de la mort comme pour sublimer sa vie. Intéressant. C'est une voie à explorer...


Dimanche 28 Mars 2010 - 01:25:25
Ce que je lis habituellement n'est pas de la grande littérature, par exemple, en ce moment : La trilogie d'Axis de Sara Douglas - Envoûteur (Tome 2).


Dimanche 28 Mars 2010 - 08:48:26
Tiens en parlant Lis tes ratures, attaqué le deuxième tome de la Malrune, ce coup ci c'est plus Grimbert mais Robert, si ça continue comme ça je vais pas aller au bout tant c'est mal écrit, ce mec aurait du se cantonner au Hand Ball.


Dimanche 28 Mars 2010 - 10:48:56

citation :
BadaOfBodom dit :  Pourquoi exprimer au travers des mots le contraire de ce que l'on est ? (S'il te plaît, Flint, ne me sors pas en réponse l'argument de la Catharsis dans la tragédie grecque. Ici, il ne s'agit pas d'une simple représentation tirée de l'imagination d'un dramaturge farfelu, mais d'une vie réelle )

Et pourtant... Je ne peux te répondre que par l'argument de la Catharsis car l'écriture a une fonction thérapeutique et "purgative".
Ce terme de Catharsis est d'ailleurs utilisé en psychanalyse, ça n'est donc pas "une représentation tirée de l'imagination d'un dramaturge farfelu", mais bien quelque chose de réel (même si ça n'est plus exprimé de la même manière que dans la Grèce antique) 

"Pourquoi écrire le contraire de ce qu'on est?"
Cioran étant un bon vivant d'aprés vos dires (je me base là-dessus, ne le connaissant pas en tant que personne), ça ne l'empêche pas d'avoir, sans aucun doute, pour écrire de telles choses, sa part de noirceur.
Tout le monde ne la laisse pas tranparaître, et je suppose que Cioran a choisit, justement, de la déverser dans ce qu'il écrit.
Je n'ai jamais pu croire que ce qu'écrit un auteur ne vient pas de lui, de son Moi Profond.

Dimanche 28 Mars 2010 - 12:08:12

citation :
BadaOfBodom dit :

citation :
Flint dit :
D'ailleurs je remarque que tu t'es contredit, et que tu as cité un aphorisme qui finalement sert mon argumentation :
"Le fait que la vie n'ait aucun sens est une raison de vivre, la seule du reste."

Je savais que tu allais rebondir précisément là-dessus. Ceci étant, je pense que la contradiction ne serait effectivement survenue que si j'avais tronqué la phrase... Cioran écrit bien "la seule du reste", et l'on peut voir là une incitation au "laisser vivre" : vivons parce qu'il le faut. Voilà comment je vois les choses, mais je peux me tromper...

Nonobstant, tout ce que tu expliques est très cohérent, comme d'habitude. Cioran n'était en effet pas si hostile à la vie, auquel cas il se serait suicidé sans se poser de question. Etait-il heureux ? Je ne sais pas. Toujours est-il qu'il ne le montre pas clairement... Je sais très bien que l'écriture peut servir d'exutoire ; cela justifierait les oeuvres hallucinées de certains, pourtant très lucides. Cioran est peut-être de ceux-là, je ne peux le dire. Le truc, c'est que je ne comprends pas l'intérêt de l'absurdité volontaire. C'est valable pour le sujet qui nous concerne, c'est valable aussi pour le courant du théâtre de l'absurde, de l'art pictural contemporain, etc.

Vivre parce qu'il le faut... voilà la phrase clé du tragique. Puisque l'existence n'a aucun sens, il serait con de ne pas la vivre jusqu'au bout. Pour certains je comprends que ça soit difficile à comprendre, en tout cas pour moi c'est très clair et logique.

Je n'arrive pas à concevoir que la pensée tragique ne mène pas non plus à l'enfance. Le tragique est à la fois sage et cruel ; lumineux et obscur, il accepte les deux parts de son esprit (Apollon et Dionysos, donc on ne parle pas de contraire, mais bien de deux faces d'une même pièce !!!), les travaille tel un artiste, et fait de lui une œuvre d'art et de son existence un art de vivre. Le tragique est au-delà du bien et du mal, au-delà de toute considération morale idéologique, ce qui le différencie des gens du commun (différence noble/vulgaire décrite par Nietzsche).
Cioran devait être un homme extrêmement cohérent. Avoir peur du paradoxe de la personnalité, voilà le défaut de notre société, qui voudrait, pour se rassurer sur l'Autre, que chaque homme ait une "réputation fixe" (là encore, terme nietzschéen). De nos jours, la plupart des gens s'enferment dans une seule partie d'eux-mêmes et ne manifestent jamais plus que celle-là, par peur de l'autre partie et d'être rejetés de la communauté.
Le tragique, lui, accepte les deux parties et les travaille afin de n'en garder que le meilleur et de viser au meilleur. Au lieu de réprimer ses instincts comme le prône la morale idéologique de la société, il les satisfait mais pas de façon brute : il les sacralise, les esthétise. Et pour citer Oscar Wilde dans Dorian Gray : chacun de nous porte en soi et le ciel et l'enfer.

Voilà tout ce que je peux ajouter pour l'instant. J'ai pas la tête à faire mieux construit, je manque de motivation.

@ Walty :
Alors c'est que cette façon de voir est aussi la mienne .
Sinon merci pour la vidéo, je la regarderai quand j'aurai le temps.

Édith :
En fait je suis en train de la regarder, et c'est fichtrement intéressant et bien construit :D .