citation :BEERGRINDER dit :
citation :SPRUE dit : Traité d'athéologie. Michel Onfray |
Paradoxal qu'un mec qui se prétend sioniste écrivent sur "l'athéologie". La base du sionisme c'est quand même de considérer que dieu a promis une terre à un peuple d'une religion particulière. http://www.youtube.com/watch?v=osaNf2LqULE |
Salut, effectivement entendu comme cela, j'ai pas pu écouter encore
Ton lien,je poste directement la réponse d'Onfray à ta question.
SIONISTE ET PRO-PALESTINIEN -
Je n’ai écrit nulle part que j’étais sioniste – mais je l’ai dit une fois sur les ondes d’une radio. Internet fit le reste qui transforma ce mot en bombe lancée au visage de millions de gens qui font les frais de la politique agressive israélienne. Mon nom fut donc copieusement insulté, mais j’ai l’habitude. Des menaces de mort ont évidemment suivi – et de cela, j’ai aussi l’habitude…
Je voudrais pouvoir expliquer ici que je me contente de parler français, d’utiliser un mot qui existe dans le dictionnaire et signifie une chose très précise. Je cite la définition donnée par Alain Rey dans
Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française : « Sionisme. n.m. (attesté en 1897) est un mot international créé en allemand (
Zionismus, 1886) par N. Birnbaum, à partir de Sion, nom d’une des montagnes de Jérusalem et, par extension, de la ville même. Le mot désigne un mouvement religieux et politique visant à l’établissement puis à la consolidation d’un Etat juif, la Nouvelle Sion, en Palestine ».
Sur
l’établissement de l’Etat d’Israël, je n’ai pas à être pour ou contre,
il est, c’est un fait historique. Peut-on être contre la Révolution française ou contre Waterloo ? A moins de vouloir la fin d’Israël, c’est-à-dire sa
Destruction, ce que je ne souhaite évidemment pas, on ne peut être contre l’être de cet établissement.
Sur sa
consolidation : que veut dire consolidation ? Sûrement pas colonisation – il faut une sévère extrapolation pour penser que la consolidation suppose et exige la colonisation. Je m’oppose aux colonisations en dehors des limites de l’instauration de l’Etat d’Israël initial. La consolidation est ce qu’en philosophie on appelle persévérer dans son être. Je suis pour cette persévérance dans l’être d’Israël.
Vouloir l’être d’Israël et la persévérance dans son être de cet Etat, voilà ce que je nomme être sioniste, rien de plus, rien de moins. Ce qui ne signifie pas que je justifie tous les moyens pour réaliser ces deux fins, loin de là… Je ne pense pas à partir d’idées, de concepts, d’abstractions, mais de faits. Je ne crois pas juste et bon de faire couler le sang de part et d’autre.
Par ailleurs, je ne suis pas sans songer à ce qu’a supposé cette colonisation : la somme de douleurs, de misères, de sang versé, de souffrances infligées, les villages vidés, les maisons volées, les terres expropriées, les fermes confisquées ou détruites, les populations humiliées, le peuple palestinien privé de dignité. Certes, il eut mieux valu que tout cela n’ait pas eu lieu, évidemment. Mais que faire de ce qui fut, sinon éviter qu’il se répète ? Or, ce qui fut, et fut déplorable, continue, et l’on doit s’opposer à cela.
Dès lors, il faut compter avec deux vérités inséparables, avers et revers d’une même feuille : d’une part, un Etat d’Israël qui est, et souhaite persévérer dans son être – ce que je soutiens, ce que j’appelle être sioniste ; d’autre part, un peuple humilié, privé d’existence, de dignité, d’humanité, qui souhaite être et persévérer dans son être lui aussi – et je souscris à ce programme également. Je suis donc un sioniste pro palestinien.
Je viens de terminer un gros livre sur Camus. Ce qu’il dit pour sortir de cette guerre civile que fut la Guerre d’Algérie m’a fait songer bien souvent à cette guerre civile entre ces deux peuples sémites que sont Juifs et Palestiniens.
Nous avons le tort de penser en héritiers de la Révolution française dans sa version gagnante : celle du jacobinisme centralisé et de l’Etat monolithique fort. Dans sa version perdante, celle des Girondins fédéralistes, il y a moins d’idéalisme et plus de pragmatisme, moins de théorie politique et plus de politique viable. Camus souhaitait moins deux Etats forts qu’un Etat faible, autrement dit, un Etat réduit au rôle de garantie morale et juridique de l’existence de deux peuples dans une même fédération contractuelle.
Une confédération, voilà qui permet, de partager une géographie commune sur une même terre et de vivre une même histoire côte à côte et non face à face. Cette formule issue du socialisme libertaire est la seule viable pour qui se veut, comme moi, sioniste pro palestinien.
A vouloir deux Etats jacobins, on ne fera que monter deux peuples les uns contre les autres et justifier que le sang coule encore parce que la raison du plus fort sera toujours la meilleure du point de vue des résultats. Or la raison du plus faible est souvent la plus forte d’un point de vue éthique – le plus faible n’ayant rien à perdre, fors l’honneur.
Michel Onfray