citation :Defnael dit (à Modo666) : Je ne suis pas d'accord avec toi. Tu pars du postulat que l'homme a un comportement défini et immuable. Je pense plutôt que nous sommes en perpétuelle évolution. |
Exact. Nous naissons dans un état primitif. C'est alors à Autrui de nous civiliser. Sans Autrui pour nous poser des limites tout en nous donnant le droit à l'humanité et l'individuation, nous ne sommes rien. Rien, sinon des sauvages qui n'avons pas conscience de nos existences psychiques propres. C'est donc de la sauvagerie à la civilisation que nous évoluons, et devons évoluer. Mais seul, c'est impossible.
citation :| Nous avons des sociétés très archaïques, nous ne nous acceptons pas encore, nous ne maitrisons pas nos émotions (jalousie, egoïsme...) mais je pense que nous allons inévitablement évoluer pour atteindre de nouveaux états de conscience. Les étapes de l'évolution se font par bons. Actuellement, avec le développement des technologies et des communications, nous découvrons d'autres cultures et j'ai tendance à croire que notre espèce va s'unifier plutot que de se combattre perpetuellement. |
Pas d'accord.
À mon sens, il faut tout d'abord redéfinir le sens de "civilisation".
Or, la Civilisation telle qu'on la conçoit en opposition avec la sauvagerie primaire qu'il faut refouler est impossible actuellement. Pourquoi ? Tout simplement parce que la globalisation et l'uniformisation nous l'empêchent. Avec Internet, beaucoup de personnes se renferment sur elles-mêmes et ne s'ouvrent plus au monde (régression narcissique). Beaucoup ne vivent plus fantasmatiquement que dans cet espace réduit (jeux de rôle, par exemple). Les différentes civilisations, qui font la diversité du monde, semblent s'estomper avec la disparition des frontières. La culture s'uniformise et devient sous-culture. La surconsommation détruit même les limites psychiques de chacun (rappelons que les limites forment la civilisation) : nous régressons, inévitablement. La surconsommation entraîne la jouissance (pulsion). L'ennui guette. C'est une époque mortifère et nihiliste dans laquelle nous entrons.
L'unification dans toute cette bouillie de médiocrité est dangereuse.
citation :Dans cette mesure, une certaine forme d'anarchisme est envisageable. Un anarchisme ou l'on n'agit pas de manière autonome et égocentrique mais pour le bien de l'humanité. Un anarchisme ou tout le monde reconnait la valeur de chacun. |
Tu parles d'un anarchisme à visage humain (reconnaissance de la valeur de l'autre) : mais c'est bien là qu'est le nœud du problème !
Car l'anarchisme, c'est l'autonomie et la responsabilité individuelle, la tolérance, etc. Donc, d'emblée, l'anarchie telle que vous la définissez se pare d'elle-même d'un visage humain. Or, comme je l'ai dit, l'accès à la civilisation ne se fait pas sans Autrui. Il faudrait donc que chaque nouveau-né ait avec lui une ou des personnes civilisées pour l'amener vers l'humanité. Or, ces ascendants devraient avoir eu eux aussi des personnes du même acabit, et ainsi de suite. C'est une chaîne sans fin. Mais il faudrait avant tout se mettre d'accord pour instaurer le "modèle d'humanité" à enseigner à chacun : et pour cela, seul un État a la capacité de mettre tout le monde "d'accord". Comment peut-on imaginer une communication entre 6 milliards d'êtres humains éparpillés s'il n'y a pas de petits comités de coordinateurs ? Un État pour contenir et guider. Un État, ce n'est pas forcément opposé à la Raison, au
Logos, à la libre-pensée. Et d'ailleurs, un "vrai" État représente et instaure la civilisation. Passer par l'instauration d'un État est inévitable. L'anarchie n'y résisterait pas.
Donc, l'anarchie est impossible à mettre en place, voire incohérente.
Et d'ailleurs, je gage que l'anarchie (du grec "sans commandement") est là même où nous allons : sans commandement là-haut perché pour nous instaurer des limites, nous régressons, nous ne nous ouvrons plus au monde. Chacun fait comme il lui plait. Chacun se noit dans la jouissance que lui imposent de combler ses pulsions, et l'on n'accorde plus aucune importance à l'Autre. La globalisation en est le moteur.